Quelques heures à l’hôtel Sandals de Nassau

Quelques heures à l’hôtel Sandals de Nassau

Eh bien non, je n’ai toujours pas mon lit… Ce sera peut-être pour lundi… Alors, j’ai fait ce que je sais bien faire, je me suis envolée pour profiter des vacances scolaires. Je suis partie dormir dans un autre lit, trop tentée d’aller rendre visite à ma fille qui travaille aux Bahamas pour quelques mois.
Destination surprenante qui fait beaucoup penser au sud des États-Unis pour le style de vie. Parfois, on se croirait à la Jamaïque quand on monte dans certains bus et que le volume de la musique reggae oblige à répéter plusieurs fois la destination au chauffeur rasta. Dans un autre bus, tout aussi bruyant, c’est l’écran qui couvre la moitié du champ de vision du conducteur qui me laisse ébahie tout le long du trajet, surtout parce qu’il y regarde, avec les passagers, un film d’action. Cela donne plus la sensation d’être au cinéma que sur la route. Je me sens soulagée d’arriver entière à destination, notamment parce qu’à chaque fois que je le vois boire à sa gourde, je ne peux m’empêcher de me demander si c’est du punch local. Je sais que ce n’est pas bien de juger les gens, mais il n’avait pas la tête de quelqu’un qui boit autant d’eau. Les piétons y sont rares en dehors de la ville, donc il vaut mieux être prudent vu qu’il n’y a pas de trottoir et que les voitures roulent du même côté que les Anglais. C’est d’ailleurs le seul vestige visible de ce que fut la colonisation. Et puis il suffit d’un air de cumbia sur les quais de Nassau pour me transporter en Colombie, ou d’un ceviche dans un bar local pour me rappeler le Pérou. C’est également un ancien repaire de pirates, où sont peut-être encore cachés des trésors, donc on y croise quelques sosies du célèbre Jacques Sparrow. Tous les jours s’arrêtent dans la capitale d’immenses bateaux de croisière, qui déversent une marée de touristes pour la journée. On voit aussi passer au large de luxueux yachts qui rappellent que les richesses de cette planète ne sont pas réparties de manière égalitaire. Une particularité ? Tout y est beaucoup plus cher qu’ailleurs. L’argument qui dit que c’est à cause du fait qu’il faut tout transporter jusque vers les îles ne m’a pas tout à fait convaincue, je me dis que c’est peut-être un bon moyen pour n’y attirer que des riches…
Et le hasard m’a remise dans le ciel du retour au même moment que l’ouragan Milton se dirigeait dangereusement vers la Floride, mais heureusement les Bahamas n’étaient pas sur sa trajectoire, cela a juste bien arrosé ces magnifiques eaux turquoise pour mon départ.

Allez, soyons honnête, rentrer au pays ne signifie pas ne plus avoir de problèmes à résoudre. Il faut continuer à s’entraîner. Ainsi, ce soir je tente de me calmer en me disant qu’il y a tout de même une bonne nouvelle puisqu’après cinq jours sans, j’ai de nouveau de l’eau chaude dans mon appartement. Ce qui change peut-être avec la gestion des problèmes entre ici et ailleurs c’est peut-être cet immense sentiment de solitude qui nous envahit quand on vit dans un monde où tout est sensé fonctionner comme sur des roulettes.
Voilà presque un mois que j’ai mon nouveau « chez moi » et le 11 septembre, pensant avoir assez campé dans mes nouveaux locaux vides, je me suis décidée à commander des meubles pour manger à une table de cuisine, m’asseoir sur un canapé et surtout dormir dans un vrai lit. Même si je ne suis pas fan, je me suis laissé convaincre que la solution idéale serait cette célèbre maison suédoise qui commence par un IK et que beaucoup trouve si fantastique. N’ayant ni voiture ni talent pour le bricolage, mais un ordinateur, j’ai succombé à la tentation en quelques clics pour choisir le mobilier nécessaire en ligne. Commandé, payé, il n’y avait plus qu’à se faire livrer un lundi. Sauf qu’il a fallu attendre plusieurs lundis, et que malgré mes instructions ils sont venus un jour où j’étais au travail (un vendredi) pour livrer une partie des meubles. Vu que je n’étais pas là, ils ont dû repartir j’imagine. C’est là où je déteste la modernité car tout est fait pour qu’on ne puisse pas les appeler. Et quand on trouve enfin un numéro de téléphone, il faut s’armer de patience pour résister à la musique si désagréable et aux messages répétitifs « Nous vous remercions pour votre appel, un collaborateur va vous répondre aussi vite que possible ». Par conséquent, ce n’est qu’hier que les meubles devaient arriver. J’ai attendu les livreurs annoncés vers midi jusqu’à presque 17 heures. Certes ils ont été très rapides au montage… Le seul problème c’est qu’il manquait le matelas et le sommier. Et quand on a sommeil c’est tout de même embêtant.
Résultat des courses, ce soir en rentrant du travail, il a fallu rappeler la boîte suédoise pour savoir quand j’aurai enfin mon lit. Heureusement, j’ai attendu moins longtemps au téléphone que la dernière fois. Pourtant, j’ai enragé quand l’employée m’a dit que le livreur n’avait pas signalé qu’il manquait des articles. Puis, alors que je m’évertuais à faire valoir mes droits, la communication a soudain été coupée. J’ai essayé de rappeler, et, montre en main, j’ai supporté trente minutes de leur « Nous vous remercions pour votre appel, un collaborateur va vous répondre aussi vite que possible », avant de raccrocher avec colère.
Je ne sais pas comment l’histoire va se terminer, mais en attendant de pouvoir compter les moutons dans un vrai lit, partons les compter dans la verte campagne pour se calmer…

Balade dominicale sur les bords du lac de Sihl, chez moi désormais… Le banc m’appelle, pas de rosée sur le bois, je m’y installe. La plume me chatouille, j’écris quelques mots. À droite, le son des cloches dans le pâturage complète la rondeur du paysage. À gauche, le clapotis des vagues adoucit le cadre de cette carte postale. Des promeneurs profitent de cette quiétude matinale et admirent comme moi l’arrière-plan des sommets enneigés. Eh oui, l’été s’en est allé. Encore cinq jours sur le calendrier, mais le ciel lui s’en balance de nos catalogages, ainsi semblent croasser les corbeaux tout là-haut, se moquant de ceux qui se croient les maîtres du monde. Hier on annonçait, comme si c’était une victoire, les premiers touristes dans l’espace… Encore une fois, on préfère aller souiller l’ailleurs plutôt que de balayer devant sa porte. Alors que les plaies du colonialisme ne sont pas refermées, comment ne pas s’inquiéter que des milliardaires puissent tout à coup avoir le pouvoir de s’acheter des étoiles ? Bien que l’on reste impuissant pour stopper le réchauffement, on se croit intelligent et puissant d’aller polluer au-delà de notre terre en lâchant dans l’espace des déchets qui ne se détruiront jamais.
Allez, revenons sur terre, admirons ces brins d’herbe bousculés par le vent, écoutons Éole s’engouffrer dans les arbres derrière moi. Un voilier gonfle sa toile sur le lac et glisse en silence. Les cloches du monastère n’en finissent plus de sonner. Un dernier regard vers ces deux belles vaches brunes… et dire que ce sont elles que l’on accuse d’être la cause de bien des malheurs… C’est comme si on ne connaissait plus la direction du bon sens. Une pie dans l’herbe verte me rappelle mon tableau préféré de Monet.

Après l’Asie centrale, la Suisse centrale, me voici à Einsiedeln depuis presque dix jours. Vert et rond est mon paysage… Vous pouvez imaginer combien c’est reposant après avoir vécu cinq ans dans des capitales hyperactives…
Cette charmante petite ville d’un peu plus de 16’000 habitants (située à 882 mètres d’altitude) m’était complètement inconnue il y a deux mois. Pourtant, quand j’y suis arrivée, j’ai eu l’étrange intuition que c’était là où j’allais habiter. Est-ce à cause des montagnes ? du lac de Sihl juste à côté ? du petit téléski qui laisse imaginer des hivers blancs ? de la tranquillité de la petite ville très fréquentée par les touristes et les pèlerins ? ou alors est-ce à cause de l’immense monastère, de son Abbaye bénédictine et de sa Vierge Noire qui donnent envie de s’arrêter pour écouter l’histoire ? C’est probablement un cocktail de tout cela… On verra…

Demain dès l’aube je repartirai… Je hisserai la grosse valise rouge jusqu’à Einsiedeln. J’irai sur les chemins (de fer) schwytzois pour démarrer une nouvelle aventure.
Voilà, alors que le 77ème festival du film de Locarno démarre (sans moi), il est temps de quitter le camp de base et de remercier tous mes hôtes pour l’accueil et les lits prêtés à Ballaigues, Bosco Gurin, la Tour-de-Peilz et tout particulièrement celui de Mondacce où je laisse mon paquetage à chaque étape depuis cinq ans.
Cette fois, même si la nervosité est toujours pareille à l’aube d’une nouvelle histoire, les formalités sont plus simples, je suis en pays connu. Pas de visa nécessaire ou de service d’immigration à convaincre, pas nécessaire d’aller visiter une nouvelle ambassade de suisse, pas de billet d’avion ni de file d’attente pour ouvrir un compte bancaire, pas d’application Pathao, Uber, Grab ou Yandex à apprivoiser, je gère mieux que personne les transports publics helvétiques…
La plus grande inconnue reste cet étrange idiome qu’est le schwytzertütsch. Cela garantit certainement quelques futures incompréhensions. Heureusement qu’à l’école où je prendrai mes fonctions lundi j’ai plus entendu l’anglais, voire l’allemand, que le dialecte local.
On verra bien de quoi je suis capable. Alors pour l’instant, j’ai abandonné mes exercices quotidiens de russe et je me replonge dans une langue étudiée il y a si longtemps, mais qui me semble soudain plus facile comparée aux caractères cyrilliques.
Finalement, ce que j’ai appris de plus important durant ces cinq dernières années c’est à solutionner des problèmes. C’est donc riche de solutions que je continue mon chemin et le plus agréable c’est qu’en Suisse je suis capable de résoudre plusieurs problèmes en une seule journée, en italien, en français ou en allemand (qui finit encore souvent en anglais quand mon interlocuteur invente des mots que mon cerveau ne connaît pas)… Si chaque nouveau départ est difficile c’est parce que l’on sait ce que l’on quitte et que l’on ignore encore tout de ce que seront les nouvelles habitudes.
L’appartement je l’aurai en septembre à Einsiedeln. Pour le mois d’août je m’accommoderai d’une chambre au milieu des pèlerins qui sont sur le chemin de Saint Jacques de Compostelle. Comme au Népal, j’habiterai pas très loin d’un monastère, dans lequel vivent des moines depuis 1000 ans…

Comme mon chapeau n’avait pas supporté l’humidité du Vietnam et que j’ai perdu ma casquette ouzbèke le long du bisse du Torrent Neuf, je suis partie à Genève acheter un nouveau chapeau…
L’envie d’écouter craquer le glacier m’est venue, alors je suis montée vers Saas Fee y manger une glace…
L’idée était d’aller à Montreux profiter du calme revenu après la folie du festival, mais voilà que c’est dans le train du MOB que je suis installée pour aller boire une eau minérale bien fraîche du côté de Zweisimmen…
En sortant du restaurant à Clarens, l’appel du large s’est fait entendre et j’ai sauté sur un bateau pour aller acheter quelques livres à Lausanne…
Et je ne vous conterai pas les cinq voyages du côté du canton de Schwytz pour y trouver un travail puis un logement…
Oui, on peut aussi vivre l’aventure en Suisse et répondre par « Je ne sais pas » à la question « Qu’est-ce que tu vas faire demain ? »
Ça doit être ça des « Vacances » (= Va quand tu veux et danse…)
Si j’aime autant me promener en train, c’est aussi parce que c’est un merveilleux salon de lecture (bien frais) et que je suis trop contente de pouvoir à nouveau me désoiffer de littérature avec les piles de livres trouvés sur mon chemin de SDF de luxe.






Qui reconnaît ce petit lac ?


Heureusement que c’est mon lieu de travail qui déterminera l’endroit où je vais habiter, car mon nomadisme helvétique de ces dernières semaines me rappelle combien il y a d’endroits où je me sens chez moi et où je poserais volontiers mes valises. Que ce soient les vallées tessinoises (surtout Bosco Gurin depuis qui vit un petit trésor), la région de Locarno, Ascona, voire même celle de Lugano, le nord Vaudois… ou près de ce grand lac où se reflètent si bien les montagnes, les vignes et des villes chères à mon cœur… c’est vraiment une chance de ne pas avoir à choisir… Et c’est un autre coup de veine que la partition de ma vie m’emmène dans un endroit où tout est encore à découvrir.
Le seul problème va être de trouver un petit nid dans une région qui me semble pas mal convoitée. Allez, dès demain je me lance dans cette nouvelle mission…

Moi, qui habituellement n’aime pas le lundi, je vous promets de changer car celui-ci est un lundi historique.
Ce matin, j’avais rendez-vous à 8 h. 30 à Wollerau. Alors comme je suis toujours fan des transports publics, je suis allée dormir le dimanche soir à Hurden (un petit village sur la bande de terre qui sépare le lac de Zurich et le Wollensee). Mais voilà que le train avait un peu de retard et l’arrêt du bus avait été déplacé, donc je l’ai loupé et j’ai décidé de monter à pied sur la colline. Malgré ma crainte de ne pas arriver à l’heure, en chemin, j’ai pris le temps de capturer l’instant présent, parce que cette prairie me souriait.
Après trois voyages dans cette région inconnue, aussi verte que mon espoir, j’ai signé ce matin le contrat pour ma prochaine aventure professionnelle dans une école du canton de Schwytz. Wollerau ne ressemble en rien aux immenses capitales qui ont été le décor de ma vie durant ces dernières années mais je me réjouis de cette nouvelle exploration dans le berceau de la Suisse.
Tout cela est bien la preuve qu’il ne faut jamais abandonner… et toujours continuer d’y croire…
