Senza categoria

Moment de verdure

Verdure, parce que le vert est signe d’espoir, parce que l’espoir est ce qui empêche de tomber dans le désespoir. Je vous avoue cependant que c’est difficile de focaliser l’esprit sur cette couleur quand on nous annonce que depuis aujourd’hui le gouvernement a imposé un nouveau confinement total, comme au début…

Alors, moi qui déteste les statistiques, je prends tout de même le temps de faire une petite étude comparative :

Nombre d’habitants dans mon pays : 8,57 millions – Népal : 28,09 millions

Cas de Covid déclarés dans mon pays : 38’449 – Népal : 28’257

Nombre de décès dûs au Covid dans mon pays : 1’717 – Népal : 114

Dans mon pays, les gens passent des vacances tranquilles, certes les habitudes sont un peu différentes des années précédentes, mais on vit… Dites-moi donc pourquoi le gouvernement népalais prend de telles mesures ! Même si les cas augmentent, la situation n’a jamais été dramatique sur le plan sanitaire, mais bien sur d’autres points que l’on évite de mentionner…

Ma joyeuse voisine a éclaté de rire hier soir quand j’ai hurlé à l’intention d’un avion qui passait au-dessus de notre tête :

  • Mais y’a qui dans cet avion ?

Puisque tous les vols sont suspendus… les Népalais qui attendent encore d’être rapatriés depuis le mois de mars n’ont de nouveau plus le droit de rentrer. Interrompus également les vols de rapatriement pour les étrangers qui, comme moi, désirent quitter le Népal.

Et c’est sans compter sur les tracasseries et le problème insoluble de la vente de mon scooter. Il ne suffit pas d’avoir un acheteur et un vendeur dans ce pays, il faut traverser toutes les étapes administratives, avoir l’ami de l’ami qui puisse intervenir, remplir un nombre incalculable de paperasse… et l’incertitude reste malgré tout présente.

Alors voilà pourquoi ce matin j’ai besoin de me replonger dans ce moment de verdure, pour ne pas perdre l’équilibre, pour me donner de l’espace, pour essayer de prendre du recul devant tous ces problèmes… C’est un appel à la liberté.

Moment verdure

Senza categoria

Moment spirituel

Pour saluer le lever du soleil, les moines de Namobuddha commencent la journée par une classe de danse… et rendent l’aube encore plus précieuse.

Quel privilège d’avoir pu y assister et vivre quelques jours près de ce monastère. Cela a aussi dû être un moment historique pour Scooty (qu’on aperçoit sur la gauche). Normalement, je crois que c’est durant les fêtes de Dashain, il est d’usage pour tout nouveau propriétaire de faire bénir son véhicule. Comme j’avais acheté le mien peu après, j’étais heureuse de cette première sortie, loin du chaos de la grande ville, car c’est probablement dans ce lieu sacré qu’il a été béni par les Dieux.

Senza categoria

Moment de célébration

En entendant les chants ce matin, je me souviens d’il y a exactement une année : le festival de Matya. J’avais vu défiler un nombre incalculable de marcheurs. Ils sillonnaient la ville de Patan, se déplaçant comme un long serpent entre les nombreux sanctuaires bouddhistes. Si toutes ces célébrations grandioses me manquent, imaginez un peu combien elles doivent manquer à la communauté. Alors ils en profitent pour tout rénover autour du stupa. Les artisans s’activent, dépavent, ensablent, puis repavent, ensablent à nouveau… et moi j’ai du temps pour observer les travaux ou calmer ma joyeuse voisine, qui râle parce qu’elle ne sait plus ou stationner sa moto. Bien que je sois curieuse, j’espère ne pas voir la fin du chantier, puisqu’il devrait durer deux mois… Pourtant j’imagine déjà quand tout pourra enfin recommencer : les enfants en uniformes qui sortent par la porte du monastère vers le chemin de l’école, les joueurs de badminton sur leur nouveau terrain, toute la place recouverte par les invités d’un mariage, les fêtes joyeuses sans se soucier d’être trop nombreux ou masqués…

Senza categoria

Moment de singeries

Non, ils ne vont pas me manquer ces sacrés singes ! Ils ont dû dormir sur les toits près de chez nous, ils étaient déjà là à la tombée de la nuit et ce matin en buvant mon café, j’avais à nouveau le spectacle de leurs singeries. Si je confesse être un peu lâche et me barricader à l’intérieur dès qu’ils mettent un pied sur notre terrasse, observer à distance me procure quelques distractions et amusements. Il m’est arrivé d’envier leur liberté pendant ces longs mois d’enfermement, même si je ne comprends toujours pas pourquoi ils préfèrent la ville à la campagne. Vu le nombre de petits que compte la tribu cette année, je doute qu’ils aient été affectés par ce que nous continuons d’appeler la crise.

Senza categoria

Moment lunaire

Au Maroc, j’ai vu une fois le désert accoucher de la lune. Sans vous mentir, on aurait dit que ce bel oeuf rond sortait tout droit de la dune. Cela m’a tellement marqué que je crois bien vous l’avoir déjà raconté. J’avais eu la sagesse de ne pas photographier cet étrange phénomène car ceux qui l’ont fait ont été bien déçus de voir que ce n’était pas aussi réel sur la photo que dans leur vécu.

Un peu moins sage peut-être, j’ai tenté à Nagarkot de filmer cette grosse boule qui surgissait derrière la chaîne de l’Himalaya.

C’est une célèbre illusion d’optique, parait-il. J’ai donc cherché une explication sur pourquoi elle nous apparaît plus grosse que dans la réalité. Nos yeux nous disent qu’elle paraît beaucoup plus grande lorsqu’elle est sur la ligne d’horizon. Voici les explications que j’ai trouvées :

La Lune et notre cerveau

D’abord, lorsque nous regardons les choses présentes sur l’horizon (des bâtiments, des arbres, etc.), nous savons qu’elles ne sont pas si éloignées de nous. Elles ne se trouvent qu’à quelques kilomètres. Et, lorsque nous regardons la Lune sur ce même horizon, le cerveau suppose que la Lune se situe elle aussi sur cette même échelle de distances, donc, elle lui apparaît de taille supérieure.

De plus, l’expérience montre que les choses se passant au-dessus de nos têtes nous semblent plus proches et donc, nous apparaissent plus grosses. Ce n’est pas ce qui se produit pour la Lune qui, lorsqu’elle se trouve haute dans le ciel, parait toujours à la même distance. Le cerveau compense en la faisant paraître plus petite. Chose curieuse d’ailleurs, si vous essayez de prendre cette pleine Lune en photo, vous risquez plus tard de la trouver plus petite que l’image qu’il vous en reste dans votre souvenir…

Effectivement, sur la vidéo (et les photos), elle est beaucoup plus petite que dans mon souvenir (peut-être aussi parce que j’avais déjà bu une partie de la grosse bière que vous avez vue sur la photo il y a quelques jours). Ce n’est pas grave, je garderai ce moment lunaire en mémoire, aussi à cause du fond sonore. Écoutez ce bruit de cigales népalaises, encore plus assourdissant que celui des cigales du sud de la France. Si quelqu’un pouvait me dire comment on les appelle, je serais très curieuse de le savoir car je n’ai jamais eu la réponse que j’attendais, bien que j’aie autant insisté que le Petit prince pour qu’on réponde à ma question…

Senza categoria

Le moment du jeudi

C’est dire combien j’ai l’esprit en vacances… je réalise ce matin que jeudi c’était hier. Tant pis, mettons-nous en marche avec ce que je préférais à l’école où j’enseignais. Tous les jeudis matins, à l’issue de l’assemblée, les élèves regroupés par maison (comme dans Harry Potter) défilaient derrière leur drapeau autour du jardin de l’école. Après la parade, on annonçait le nom du meilleur groupe, faisant la fierté du capitaine de l’équipe et de tous ses membres.

Si j’en parle au passé, c’est parce qu’il y a si longtemps que les musiciens de l’école n’ont pas été entendus près du jardin. Ces moments-là m’ont vraiment manqué ces derniers mois. Je peux donc imaginer combien cette réunion du jeudi manque à chacun, mais surtout le danger que l’on court en isolant des enfants depuis si longtemps. Loin des jeux dans la cour de l’école, loin des confidences des copains, loin des bêtises, loin des regards bienveillants (ou réprobateurs) des enseignants, loin des sports d’équipe, loin des fous-rires des amis… on leur demande d’attendre encore un peu… et je ne peux que soupirer à leurs côtés.

Alors aujourd’hui, même si ce n’est pas jeudi, voici la marche du jeudi pour attendre encore un peu jusqu’à ce qu’on les laisse enfin retourner rire dans la cour de l’école…

Senza categoria

Jour J – x

Pratiquer la patience est la manière la plus efficace de préserver la paix de l’esprit.

Dalaï Lama

Bien que j’étais plutôt douée en algèbre, je m’avoue incapable de calculer la valeur de x dans l’équation Jour J – x.

Hier, j’étais en colère en apprenant que l’aéroport de Katmandou ne rouvrirait pas le 17 août comme prévu. Cette fois, j’étais tellement convaincue que  l’heure du départ allait sonner tout bientôt. Et bien non, c’était sans compter sur les décisions des politiciens népalais… Bien que les fortes pluies de la mousson aient créé plus de victimes que celui que je ne nommerai pas, il faut encore attendre.

Ma colère ne sert à rien, puisqu’elle n’a point d’ailes. Alors, j’attendrai et continuerai d’apprendre la patience. Je ferai comme le papillon, je ne compterai plus les jours mais les moments. Tant pis si je ne réussis pas à résoudre l’équation, l’important c’est de savoir que, comme toujours ici, à la fin tout s’arrange… la seule véritable inconnue est la distance entre le moment présent et la fin.

oznorTO

 

Senza categoria

Jour J – 9

L’instrument qui a joué le rôle le plus important pour conquérir ma liberté dans ce pays si différent du mien est bien sûr ce cher Scooty, dont il va falloir se séparer. Si j’avais eu le courage et l’inconscience de la jeunesse, j’aurais peut-être tenté un retour par monts et par vaux sur mon beau destrier rouge, mais j’ai la sagesse de mon âge, alors j’ai décidé de le vendre.

C’est à cause de cela que j’ai découvert que j’étais hors-la-loi depuis octobre, car je n’ai jamais eu de livret bleu (la carte grise locale) attestant que j’étais propriétaire. C’est en discutant avec mon voisin népalais, qui m’a demandé le petit livret pour voir les détails du véhicule, que j’ai compris que je ne l’avais jamais reçu. Alors hier matin, j’étais chez Honda dès l’ouverture, le petit livret bleu m’attendait depuis octobre… ouf je ne suis plus hors-la-loi (mais n’en dites rien à la police locale). C’est vrai qu’ils m’avaient appelé plusieurs fois depuis le garage, et moi je croyais à chaque fois que c’était pour aller faire le service. Comme toujours ici, tout finit par s’arranger et hier soir j’avais le sourire, Scooty aura une nouvelle cavalière qui, j’en sûre, l’emmènera vers de nouvelles aventures et, je l’espère, me donnera de ses nouvelles.

Oubliés ces longs mois d’enfermement quand je songe aux découvertes vers lesquelles il m’a menée (en me perdant assez souvent), depuis les routes cabossées et poussiéreuses en direction du monastère de Namobuddha, jusqu’aux ornières boueuses menant à Nagarkot.

Quand j’ai la chance d’être quelque part ailleurs, loin de ma routine quotidienne pour regarder l’aube se lever, j’ai l’impression de recevoir un cadeau des Dieux au moment où le Soleil s’apprête à illuminer une nouvelle journée. Même si on l’a déjà vu pointer ses premiers rayons sur un paysage, l’émerveillement est chaque fois nouveau, comme si la lumière arrivait directement sur notre âme. Voici un autre moment magique de Nagarkot.

Nagarkot4

Senza categoria

Jour J – 10

Et si c’était vraiment la fin de cette aventure népalaise ? Alors vient le moment de réfléchir à ce que je vais emporter dans mes bagages… mais aussi à songer aux habitudes qui me manqueront de cette tranche de vie asiatique. J’ai encore dix jours pour y penser, mais la première qui me vient à l’esprit c’est cette tradition d’allumer des lampes à huile autour des stupas les soirs de pleine lune. J’aime ces flammes d’espoir dans le cercle de la vie. Un ancien proverbe dit

Le soleil voit votre corps. La lune voit votre âme. 

Cette énergie cosmique n’est plus guère vénérée dans nos traditions occidentales et je trouve cela dommage, on ne devrait pas allumer des bougies que pour commémorer des victimes de quelque catastrophe… Ici, on sait prendre le temps et se souvenir que nous sommes fait d’ombre et de lumière. Alors, voici le moment magique de ma dernière pleine lune dans les montagnes, avec une assiette de momos, mon plat préféré au Népal. La saveur de ces petits ravioli en forme de demi lune me manquera aussi.

Lune