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Une inconnue à Fontanellata

Des fois, même quand je suis bien tranquille quelque part, les histoires viennent jusqu’à moi. Avant de reprendre le chemin de l’école lundi, laissez-moi vous raconter une aventure plutôt extraordinaire.

La semaine dernière, j’étais en mission de catsitting dans le magnifique Val Bavona dont je vous ai souvent parlé. Sans ordinateur et avec une connexion seulement sous le cerisier près du rustico, c’est l’endroit idéal pour l’écriture, la lecture, les balades en montagne ou le bain dans une rivière à 15°.

Lorsque j’ai demandé à ma voisine Maria combien il y avait d’habitants dans le paisible hameau de Fontanellata, elle m’a répondu qu’ils en avaient compté 23 quelques jours auparavant. Dimanche, après une excursion en montagne en belle compagnie, je reposais mes gambettes en lisant sur la terrasse quand ladite Maria m’appelle avec quelque chose dans sa voix qui semblait urgent :

  • Toi, qui parles plusieurs langues, est-ce que tu parlerais par hasard le russe ?
  • Seulement un petit peu mais pas du tout couramment. Pourquoi ?
  • Alors viens avec moi, il y a un problème.

Je m’abrite sous son parapluie car il vient de commencer à pleuvoir assez fort et elle m’emmène de l’autre côté de la route, à 100 mètres en m’expliquant ce qui se passe. Une vieille femme est descendue du bus de 16h34. La conductrice a dit à la propriétaire habitant à côté de l’arrêt que cette passagère n’arrêtait pas de dire « Fontanella », raison pour laquelle elle la laissait là. La dame a eu beau dire que c’était Fontanellata et pas Fontanella, le bus est reparti, laissant la voyageuse avec son déambulateur au bord de la route. À cause de la pluie, très vite toutes les personnes présentes dans le hameau se sont retrouvées sur la terrasse de la maison à côté de l’arrêt du bus. Chacun a essayé de questionner la vieille dame, elle ne parlait ni italien, ni anglais, ni allemand, ni français, ni espagnol… et ils ont compris qu’elle ne parlait que le russe.

Quand j’arrive, elle est assise sur le banc et semble fatiguée. Rien qu’en la regardant, on voit qu’elle vient d’ailleurs. Son foulard sur la tête me rappelle mes voyages vers l’Est. N’ayant pas parlé le russe depuis l’Ouzbékistan, je suis très vite déçue de mes compétences et bien loin de la traduction simultanée pour expliquer comment cette babouchka est arrivée à Fontanellata. Elle a l’air complètement désorientée. Le numéro qu’elle devait appeler ne répond pas. Elle répète sans cesse Fontanella. Je lui dis qu’elle est arrivée à Fontanellata en Suisse, que Fontanella est en Italie. D’où vient-elle ? D’Ukraine, me répond-elle. Peut-être est-ce pour cela que je la comprends si mal. Comme on parle italien, elle semble croire qu’elle est en Italie. Elle me demande pourquoi il n’y a pas d’enfants ou d’écoles et où sont les magasins. Ici, c’est très petit, ce n’est pas une ville. Qu’est-ce qu’il y a après ici ? Je lui explique tant bien que mal que la route de la vallée s’arrête à San Carlo, qu’elle est en montagne pas en ville. Elle me montre une lettre en cyrillique qui s’adresse à une certaine Nadia, mais de ce que j’arrive à déchiffrer, il n’y aucun indice ou adresse expliquant quelle est sa destination ou son histoire. Elle parle d’un certain Vitali. Chacun se questionne autour de moi, mais personne ne connait de Vitali. Voyant tous ces gens qui l’encerclent et la regardent, je ne sais pas ce qu’elle pense. Elle répète plusieurs fois qu’elle n’a pas étudié pour justifier le fait de ne pas nous comprendre. Après nous avoir tous regardés, comme si elle était surprise qu’on s’intéresse à son problème, elle me demande si nous sommes chrétiens. Quand je dis oui, elle paraît rassurée. Elle veut recharger son téléphone. Comment elle s’appelle ? Vera, mais on peut aussi dire Veronika, précise-t-elle. J’essaie d’appeler mon amie russe, malheureusement elle est sur répondeur. Quelqu’un a contacté la police se disant que ce serait sûrement le seul moyen de l’aider à résoudre son problème. Comment et où elle a acheté son billet ? À Locarno peut-être. C’est difficile d’imaginer qu’on lui ait vendu un billet pour un lieu aussi isolé sans la comprendre. Non, elle n’a pas d’argent. Quand elle me montre le papier sur lequel figure l’itinéraire de son voyage, je suis abasourdie. Elle est partie du nord de l’Allemagne à 4h.16 (près de Hambourg) le matin-même pour arriver à 16h.34 à Fontanellata. Et dire que certains pensaient qu’elle avait peut-être perdu le sens de l’orientation ! Quelqu’un a écrit en cyrillique tous les noms des villes et les indications de changement à côté des mots imprimés. Elle n’a loupé aucune correspondance. Elle a fait tout juste. J’ai envie de l’applaudir pour ce sans faute ! Sauf que quelqu’un en Allemagne a certainement fait une erreur monumentale en choisissant l’horaire pour Fontanellata au lieu de Fontanella.

Quand la police arrive, notre babouchka leur fait un grand sourire, persuadée qu’ils vont résoudre son problème ou que l’un des deux policiers parle sa langue. Très vite, ils trouvent quelqu’un au téléphone pour converser avec elle en ukrainien et voir plus clair dans son histoire. Effectivement, elle n’est pas arrivée là où on l’attend et quand elle comprend enfin, elle semble en colère. La traductrice explique au policier qu’elle ne veut pas reprendre le bus ou le train, qu’elle est trop fatiguée. Qui ne le serait pas après un tel voyage ? Ils contrôlent ses documents d’identité sans vraiment nous donner de détails, si ce n’est qu’elle a 83 ans. Wow quelle aventure à son âge !

Finalement, Veronika redescend en voiture de police vers Locarno. Très discrets, les deux policiers expliquent qu’elle passera la nuit dans un centre pour se reposer avant de continuer son voyage.

C’est un tout petit bout de son histoire, je ne connaîtrai pas les détails du début ou de  la fin de son voyage, mais cela m’a bouleversée de voir arriver cette babouchka dans la quiétude de Fontanellata. Et cela m’a ramenée à la dure réalité des conflits qui continuent de déchirer le destin de tant de familles à travers le monde.

Certains disent avoir compris qu’elle ne va pas à Fontanella mais à Fontanelli… Sauf que Fontanelli n’existe pas si j’en crois mes recherches sur internet…

Fontanelle : Une commune de la province de Trévise en Vénétie.

Fontanella : Une commune de la province de Bergame en Lombardie.

Contrada Fontanelle (parfois appelée Contrada Fontanelli) : Un lieu-dit ou une zone rurale près de Messine en Sicile.

Via Fontanelli : Une rue que l’on trouve dans plusieurs villes italiennes, notamment à Reggio Emilia

Alors il ne me reste qu’à espérer qu’il n’y a pas eu d’autres erreurs et que Veronika a fini par retrouver ceux qui l’attendaient.

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La magie de l’ailleurs

Ce qui m’étonne toujours dans le voyage, c’est la capacité qu’a notre esprit à le prolonger. Le corps rentre et il faut souvent un peu de temps pour le suivre avec la tête… c’est la magie de l’ailleurs.

Mais allez, cette fois il faut rentrer, je dois me concentrer vers d’autres horizons. L’histoire de l’île volée reste dans ma tête, une partie est déjà sur le papier, je sens qu’elle est promesse d’aventures et que son potentiel n’a pas fini de me surprendre…

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Châtouiller le Guilliguy

C’est debout sur la pointe du Guilliguy, appuyé sur un dolmen et les yeux fixés sur la mer, qu’il faut aller méditer quand la vie étroite du monde vous blesse, on devient fort à cet air de l’océan qui vous coule dans la poitrine. On se sent retrempé et vivace.

Émile Souvestre – écrivain et conteur breton du XIXème siècle

Pas étonnant que durant mon séjour à Portsall cet endroit soit mon préféré pour commencer la journée, l’énergie y est bienfaisante. En voici une photo pour que je puisse continuer à chatouiller le Guilliguy en pensées. Il abrite des vestiges mégalithiques, dont un menhir et une allée couverte classée aux monuments historiques. Tous les éléments sont réunis – la Terre : un promontoire en granit bien enraciné – l’Eau : une vue plongeante sur l’océan Atlantique (mer d’Iroise à cet endroit) – l’Air : les vents constants balaient la pointe. Selon les druides cela permettrait un nettoyage mental et le renouvellement des pensées – Le Feu : le soleil couchant embrase la roche. Je préférais y aller le matin, c’est plus solitaire, le soir il y a foule pour admirer.

Et je crois bien que c’est grâce à ce lieu que mon imaginaire est parti très loin pour cueillir une histoire à l’autre bout du monde…

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Demeure Océane

Ma routine matinale dans la demeure Océane me manque déjà. C’est si bon d’écrire en groupe, d’écouter les mots d’autres imaginaires en créant le film, de savoir que mon paysage intérieur va se projeter dans la boîte crânienne des participants, de rencontrer des personnages qui s’éveillent devant leur narrateur… Allez, on va faire comme si j’y étais encore, commençons par raconter le voyage du retour pour ramener le bienfait de cette escapade vers l’écriture :



Ligne TGV Brest Paris :
– Nous nous excusons pour les 30 minutes de retard dû à un passage à niveau défaillant près de Rennes.
Paris, gare Montparnasse, vers la ligne du Métro 4 au pas de course :
– Désolé Madame, vous ne pouvez pas passer, la ligne vient d’être fermée, il faut prendre le RER A….
Petit jeu de piste pour trouver le RER A qui n’est pas dans mes habitudes.
– Désolé madame c’est de l’autre côté…
Je remonte et redescends deux fois avant de trouver celui qui va vers la Gare de Lyon…. Je pousse un peu dans la foule et suis finalement la dernière qui réussit à monter dans le wagon.
– Madame, déplacez-vous j’ai ma valise qui va tomber.
– Impossible y’a pas un centimètre.
– Elle aussi a une valise, lui répond un monsieur.
– Madame, ne vous appuyez pas sur ma valise.
– Je ne m’appuie pas, je tangue, connasse ! (Juste pensé le connasse, pas osé le verbaliser – ce n’était pas le moment de chercher d’autres ennuis).
Suis-je bien à la gare de Lyon ? Reescalator en multiplication… Le train est toujours indiqué sur le panneau d’affichage. Course pour trouver la plate-forme 11.
À la voilà ! Osons rêver et allons voir quand même si mon train est encore là, même s’il devrait être parti depuis 12 minutes… Coup de chance, il n’est pas encore parti.
– Il faut que je passe monsieur.
– Madame, il faut votre ticket…
– Désolé monsieur mais je n’ai pas internet pour vous montrer mon billet électronique. (je n’essaie même pas de lui dire que tout ce stress m’a fait perdre mon billet papier)
– Votre nom de famille
– RAVEY
– Et votre date de naissance ?
– …
– Allez-y Madame.
Le portail s’ouvre…sauvée !
– Merci !
– Voiture 17 madame.
Les contrôleurs sont devant les portes. Je cours.
– Ne courez pas madame !
Ouf j’y suis ! Je monte dans la voiture 17.
Le temps de me connecter à l’internet de la gare de Lyon, je retrouve mon billet électronique et le numéro de mon siège. Je m’assieds en soupirant au moment où le train démarre.
– Nous nous excusons pour ce retard de 15 minutes dû à un colis abandonné.
Finalement ce n’est pas si mal tous ces retards… mais c’est vraiment démotivant d’avoir des envies de Bretagne en sachant qu’il faut passer par Paris…

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Vive les Bretons !

Je suis à Portsall en Bretagne pour un atelier d’écriture « écrire un récit d’aventure ». En observant le rythme des marées toujours aussi fascinant et les magnifiques couchers de soleil, je me souviens de mon dernier passage en Bretagne et de ses bienfaits puisqu’il fait même partie de mon récit « les vagues de l’échec »…

Parmi des dizaines de touristes, je guette le moment idéal pour immortaliser la disparition de l’astre sacré. J’observe les visages émerveillés, les couples enlacés, le bonheur simple illuminé par cette chaude lumière… Comment expliquer autant de fascination devant les couchers de soleil ? J’y vois aujourd’hui la fin de quelque chose et la promesse d’un renouveau.

Pourquoi ai-je autant besoin d’une victoire ? On ne suscite aucune admiration suite à un échec. Au contraire, on a envie de se cacher. Que se passe-t-il quand on ne réussit pas, quand on n’obtient pas le succès escompté au sein d’une société où tout repose sur la réussite ? À l’école, on met les mauvais élèves sur des voies de garage. On les laisse se débrouiller seuls pour récupérer la valise d’auto-estime perdue dans le wagon qui continue sans eux.

Ici la marée va et vient. Il vaut mieux connaître les horaires pour ne pas se laisser encercler par les eaux. À marée haute, le Grand Bé redevient île. Dans son tombeau, selon ses désirs, Chateaubriand se retrouve seul face à la mer. Lui, qui se décrivait comme un homme lucide assis sur les débris d’un naufrage, peut-être qu’il pourrait m’inspirer par son travail littéraire autour de ses échecs personnels et politique.

Demain, j’embarquerai vers les îles de la reconstruction. J’aime ce moment qui précède le départ, où l’horizon s’ouvre et suggère quelque promesse...

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Un grand détour

Hier, je suis partie à 8 h. 09 avec le petit bus de la colline. J’ai changé pour un plus grand bus dans un village dont j’ai déjà oublié le nom en direction de l’Alpe di Neggia. Direction le sommet pour voir l’étendue du lac Majeur. Une fois à la croix, je vois la cabane du Gambarogno. J’y monte pour un Schorle et admire encore plus loin vers l’Italie. Si vous cherchez un balcon qui se mérite, montez-y sans hésiter ! Vu que sur le chemin, j’ai vu un écriteau qui indiquait « Gerra », mon petit village, en trois heures de marche, je change le mode de transport pour le retour (l’avantage de ne pas avoir de voiture stationnée à l’Alpe di Neggia) – Pedibus Gambus. Heureusement, quelques points d’eau me permettent de remplir ma bouteille dans la longue descente. Arrivée devant l’Alpe Cedullo, je me retrouve devant un choix à faire : à gauche Dirinella, à droite San Nazzaro. J’hésite car Gerra est justement au milieu des deux. Pas de connexion ni âme dans les environs pour me renseigner… de toute façon j’aime bien avancer à l’instinct.

Le sentier choisi me ramène en face du barrage de la Verzasca, je comprends donc vite que j’ai choisi la mauvaise direction, en tout cas la plus longue. Quand je vois un panneau « Hôtel-Restaurant » au milieu de nulle part, c’est comme une oasis dans le désert… parce que oui c’est bien d’être spontané et de décider son programme à la minute, mais à part ma bouteille d’eau je n’avais rien dans mon sac pour me restaurer. Peu avant 14 heures, me voici donc installée sur une charmante terrasse à Sass da Grüm (= rocher de la colline), où je déguste une surprenante soupe froide de melon citronnelle qui a elle seule valait bien le détour, tout comme le sorbet myrtille lavande. En bavardant avec la serveuse, je découvre que mon erreur m’a conduite tout droit dans cet endroit que j’évoquais récemment, un lieu dégageant une énergie positive, sur les hauts de Vairano. Pas étonnant donc que ce soit d’ici que parte le sentier du yoga. Les hôtes arrivent à pied jusqu’ici. Apercevant des valises à roulettes dans le hall de l’hôtel, alors qu’il n’y a pas de route, je suis surprise… En continuant ma descente bien restaurée, je ne vois ni sherpa, ni mule, ni âne chargé de bagages, mais je passe sous un fil qui se met à faire du bruit… avant qu’une lourde caisse soit hissée vers le sommet sous mes yeux… chargée probablement de valises à roulettes.

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Un colis plein de livres

Hier j’ai reçu un colis plein de livres. C’est toujours une émotion particulière de toucher toutes ces heures d’écriture réunies dans un objet. Si vous pensez comme moi qu’il vaut mieux enrichir les libraires plutôt qu’Amazon, vous comprendrez ma difficulté à assurer une bonne campagne de publicité. Je ne suis pas libraire mais si vous le désirez (à condition que vous habitiez en Suisse), je peux vous envoyer le livre « Les vagues de l’échec » (ou un autre) pour Fr. 25.- (frais de port compris). Envoyez-moi un message privé si cela vous intéresse.