Ce qui m’étonne toujours dans le voyage, c’est la capacité qu’a notre esprit à le prolonger. Le corps rentre et il faut souvent un peu de temps pour le suivre avec la tête… c’est la magie de l’ailleurs.
Mais allez, cette fois il faut rentrer, je dois me concentrer vers d’autres horizons. L’histoire de l’île volée reste dans ma tête, une partie est déjà sur le papier, je sens qu’elle est promesse d’aventures et que son potentiel n’a pas fini de me surprendre…
C’est debout sur la pointe du Guilliguy, appuyé sur un dolmen et les yeux fixés sur la mer, qu’il faut aller méditer quand la vie étroite du monde vous blesse, on devient fort à cet air de l’océan qui vous coule dans la poitrine. On se sent retrempé et vivace.
Émile Souvestre – écrivain et conteur breton du XIXème siècle
Pas étonnant que durant mon séjour à Portsall cet endroit soit mon préféré pour commencer la journée, l’énergie y est bienfaisante. En voici une photo pour que je puisse continuer à chatouiller le Guilliguy en pensées. Il abrite des vestiges mégalithiques, dont un menhir et une allée couverte classée aux monuments historiques. Tous les éléments sont réunis – la Terre : un promontoire en granit bien enraciné – l’Eau : une vue plongeante sur l’océan Atlantique (mer d’Iroise à cet endroit) – l’Air : les vents constants balaient la pointe. Selon les druides cela permettrait un nettoyage mental et le renouvellement des pensées – Le Feu : le soleil couchant embrase la roche. Je préférais y aller le matin, c’est plus solitaire, le soir il y a foule pour admirer.
Et je crois bien que c’est grâce à ce lieu que mon imaginaire est parti très loin pour cueillir une histoire à l’autre bout du monde…
Ma routine matinale dans la demeure Océane me manque déjà. C’est si bon d’écrire en groupe, d’écouter les mots d’autres imaginaires en créant le film, de savoir que mon paysage intérieur va se projeter dans la boîte crânienne des participants, de rencontrer des personnages qui s’éveillent devant leur narrateur… Allez, on va faire comme si j’y étais encore, commençons par raconter le voyage du retour pour ramener le bienfait de cette escapade vers l’écriture :
Ligne TGV Brest Paris : – Nous nous excusons pour les 30 minutes de retard dû à un passage à niveau défaillant près de Rennes. Paris, gare Montparnasse, vers la ligne du Métro 4 au pas de course : – Désolé Madame, vous ne pouvez pas passer, la ligne vient d’être fermée, il faut prendre le RER A…. Petit jeu de piste pour trouver le RER A qui n’est pas dans mes habitudes. – Désolé madame c’est de l’autre côté… Je remonte et redescends deux fois avant de trouver celui qui va vers la Gare de Lyon…. Je pousse un peu dans la foule et suis finalement la dernière qui réussit à monter dans le wagon. – Madame, déplacez-vous j’ai ma valise qui va tomber. – Impossible y’a pas un centimètre. – Elle aussi a une valise, lui répond un monsieur. – Madame, ne vous appuyez pas sur ma valise. – Je ne m’appuie pas, je tangue, connasse ! (Juste pensé le connasse, pas osé le verbaliser – ce n’était pas le moment de chercher d’autres ennuis). Suis-je bien à la gare de Lyon ? Reescalator en multiplication… Le train est toujours indiqué sur le panneau d’affichage. Course pour trouver la plate-forme 11. À la voilà ! Osons rêver et allons voir quand même si mon train est encore là, même s’il devrait être parti depuis 12 minutes… Coup de chance, il n’est pas encore parti. – Il faut que je passe monsieur. – Madame, il faut votre ticket… – Désolé monsieur mais je n’ai pas internet pour vous montrer mon billet électronique. (je n’essaie même pas de lui dire que tout ce stress m’a fait perdre mon billet papier) – Votre nom de famille – RAVEY – Et votre date de naissance ? – … – Allez-y Madame. Le portail s’ouvre…sauvée ! – Merci ! – Voiture 17 madame. Les contrôleurs sont devant les portes. Je cours. – Ne courez pas madame ! Ouf j’y suis ! Je monte dans la voiture 17. Le temps de me connecter à l’internet de la gare de Lyon, je retrouve mon billet électronique et le numéro de mon siège. Je m’assieds en soupirant au moment où le train démarre. – Nous nous excusons pour ce retard de 15 minutes dû à un colis abandonné. Finalement ce n’est pas si mal tous ces retards… mais c’est vraiment démotivant d’avoir des envies de Bretagne en sachant qu’il faut passer par Paris…
Je suis à Portsall en Bretagne pour un atelier d’écriture « écrire un récit d’aventure ». En observant le rythme des marées toujours aussi fascinant et les magnifiques couchers de soleil, je me souviens de mon dernier passage en Bretagne et de ses bienfaits puisqu’il fait même partie de mon récit « les vagues de l’échec »…
…Parmi des dizaines de touristes, je guette le moment idéal pour immortaliser la disparition de l’astre sacré. J’observe les visages émerveillés, les couples enlacés, le bonheur simple illuminé par cette chaude lumière… Comment expliquer autant de fascination devant les couchers de soleil ? J’y vois aujourd’hui la fin de quelque chose et la promesse d’un renouveau.
Pourquoi ai-je autant besoin d’une victoire ? On ne suscite aucune admiration suite à un échec. Au contraire, on a envie de se cacher. Que se passe-t-il quand on ne réussit pas, quand on n’obtient pas le succès escompté au sein d’une société où tout repose sur la réussite ? À l’école, on met les mauvais élèves sur des voies de garage. On les laisse se débrouiller seuls pour récupérer la valise d’auto-estime perdue dans le wagon qui continue sans eux.
Ici la marée va et vient. Il vaut mieux connaître les horaires pour ne pas se laisser encercler par les eaux. À marée haute, le Grand Bé redevient île. Dans son tombeau, selon ses désirs, Chateaubriand se retrouve seul face à la mer. Lui, qui se décrivait comme un homme lucide assis sur les débris d’un naufrage, peut-être qu’il pourrait m’inspirer par son travail littéraire autour de ses échecs personnels et politique.
Demain, j’embarquerai vers les îles de la reconstruction. J’aime ce moment qui précède le départ, où l’horizon s’ouvre et suggère quelque promesse...
Hier, je suis partie à 8 h. 09 avec le petit bus de la colline. J’ai changé pour un plus grand bus dans un village dont j’ai déjà oublié le nom en direction de l’Alpe di Neggia. Direction le sommet pour voir l’étendue du lac Majeur. Une fois à la croix, je vois la cabane du Gambarogno. J’y monte pour un Schorle et admire encore plus loin vers l’Italie. Si vous cherchez un balcon qui se mérite, montez-y sans hésiter ! Vu que sur le chemin, j’ai vu un écriteau qui indiquait « Gerra », mon petit village, en trois heures de marche, je change le mode de transport pour le retour (l’avantage de ne pas avoir de voiture stationnée à l’Alpe di Neggia) – Pedibus Gambus. Heureusement, quelques points d’eau me permettent de remplir ma bouteille dans la longue descente. Arrivée devant l’Alpe Cedullo, je me retrouve devant un choix à faire : à gauche Dirinella, à droite San Nazzaro. J’hésite car Gerra est justement au milieu des deux. Pas de connexion ni âme dans les environs pour me renseigner… de toute façon j’aime bien avancer à l’instinct.
Le sentier choisi me ramène en face du barrage de la Verzasca, je comprends donc vite que j’ai choisi la mauvaise direction, en tout cas la plus longue. Quand je vois un panneau « Hôtel-Restaurant » au milieu de nulle part, c’est comme une oasis dans le désert… parce que oui c’est bien d’être spontané et de décider son programme à la minute, mais à part ma bouteille d’eau je n’avais rien dans mon sac pour me restaurer. Peu avant 14 heures, me voici donc installée sur une charmante terrasse à Sass da Grüm (= rocher de la colline), où je déguste une surprenante soupe froide de melon citronnelle qui a elle seule valait bien le détour, tout comme le sorbet myrtille lavande. En bavardant avec la serveuse, je découvre que mon erreur m’a conduite tout droit dans cet endroit que j’évoquais récemment, un lieu dégageant une énergie positive, sur les hauts de Vairano. Pas étonnant donc que ce soit d’ici que parte le sentier du yoga. Les hôtes arrivent à pied jusqu’ici. Apercevant des valises à roulettes dans le hall de l’hôtel, alors qu’il n’y a pas de route, je suis surprise… En continuant ma descente bien restaurée, je ne vois ni sherpa, ni mule, ni âne chargé de bagages, mais je passe sous un fil qui se met à faire du bruit… avant qu’une lourde caisse soit hissée vers le sommet sous mes yeux… chargée probablement de valises à roulettes.
Hier j’ai reçu un colis plein de livres. C’est toujours une émotion particulière de toucher toutes ces heures d’écriture réunies dans un objet. Si vous pensez comme moi qu’il vaut mieux enrichir les libraires plutôt qu’Amazon, vous comprendrez ma difficulté à assurer une bonne campagne de publicité. Je ne suis pas libraire mais si vous le désirez (à condition que vous habitiez en Suisse), je peux vous envoyer le livre « Les vagues de l’échec » (ou un autre) pour Fr. 25.- (frais de port compris). Envoyez-moi un message privé si cela vous intéresse.
La chaleur me ramène aux souvenirs du Vietnam, mais heureusement les nuits ne sont pas aussi étouffantes et le lac invite plus à la baignade que ceux de Hanoï, quelle chance !
Aujourd’hui c’est mon rapport avec la critique qui m’interroge. C’est au moment de publier la photo du début des « Vagues de l’échec » sur ce blog que j’ai eu une réaction horrifiée : malgré les dizaines de relecture (personnelle et d’aimables correcteurs), j’avais laissé la trace d’une erreur de français ! Quelle honte ! Sans attendre une seconde, j’ai bloqué la publication, corrigé et téléchargé le nouveau manuscrit sur Amazon. Pourtant, l’angoisse des potentielles erreurs continue de m’agiter, raison pour laquelle je cherche des mots à associer à la critique et c’est ce cher Winston qui y répond le mieux.
La critique peut être désagréable, mais elle est nécessaire. Elle est comme la douleur pour le corps humain : elle attire l’attention sur ce qui ne va pas. Winston Churchill
J’essaie souvent de comprendre pourquoi je ressens ce besoin d’écrire. En préparant l’atelier d’écriture de cet après-midi, je suis tombée sur la phrase de Cesare Pavese
Il est beau d’écrire parce que cela réunit les deux joies : parler seul et parler à une foule.
Voilà une citation qui explique mon envie de partager ce petit extrait des vagues de l’échec…