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Ce pays est fait de contrastes temporels et culturels. S’en est parfois étourdissant car on ne sait plus si on est dans un pays moderne, tant il cherche à s’ouvrir à la mondialisation, ou à se réancrer dans son lointain passé.
Cette statue d’Amir Temur (1336-1405) est au milieu de la place centrale de la capitale. Il est devenu héros national et symbole du jeune Ouzbékistan au moment de l’indépendance, suite au démantèlement de l’Union soviétique. Ce grand prince considéré comme le père du pays est souvent représenté comme le protecteur des arts et des lettres, de l’éducation et de l’agriculture. Pourtant, l’histoire rappelle peu sa personnalité d’homme sanguinaire, ses conquêtes ayant occasionnés le massacre de milliers de victimes et il était réputé pour ses pyramides de crânes ennemis.
Et si l’on creuse un peu l’histoire, on voit défiler sur cette place centrale de la ville construite en 1870 (qui est en réalité un grand parc circulaire entouré d’un immense rond-point), se sont succédées de nombreuses statues :
Loin de moi l’idée de me transformer en prof d’histoire ou de vous ennuyer, mais je me dis que peut-être un jour ces informations me seront utiles pour quelque récit… on verra. Ou alors c’est une façon de mieux comprendre ce pays en regardant d’où viennent ses héros.

Lundi matin – l’électricité s’en est de nouveau allée avec sa copine « eau ». Va savoir où elles s’en vont à chaque fois. C’est fatigant à la longue. Même si j’adore marcher, je n’aime pas beaucoup l’idée de devoir descendre les douze étages à pied, surtout que ce sont des doubles étages vu que nos appartements sont sur deux étages.
C’est ce choc de la modernité avec des problèmes d’un autre temps qui me rappelle que je vis dans un pays en voie de développement. Et si j’en juge par le grand nombre d’immeubles en construction dans le quartier où je vis, cela me donne l’impression que cette explosion immobilière cherche à rattraper un retard, calculé sur je ne sais pas quels critères.
Alors il n’y a pas d’autre choix : attendre… ne pas oublier de remplir les réserves d’eau dès que l’or bleu reviendra… et espérer qu’on nous ramène l’électricité avant que mes batteries soient à plat.

Voici pour moi le plus charmant des monuments de Boukhara, un peu à l’écart, perdu dans les ruelles : Tchor Minor (= quatre minarets). Ces quatre tours marquaient l’entrée d’une madrasa, aujourd’hui disparue, construite en 1807 par un riche marchand turkmène.
Certains disent que les éléments de décoration des tours reflètent les quatre religions connues des habitants de l’Asie centrale. On y trouve des éléments rappelant une croix, un motif de poisson chrétien, une roue de prière bouddhiste, ainsi que des motifs zoroastriens et islamiques. Je ne sais pas si c’est vrai, mais j’aime bien l’idée de cette représentation qui invite à la tolérance et à l’acceptation des croyances des autres, en regardant tous le même ciel, surtout en cette période.

En ce lundi, je voudrais rendre hommage à toutes ces femmes qui rendent ce pays si propre. Elles travaillent très souvent en groupe et quand je vois ces armées de balais, mon esprit rêveur imagine une nouvelle adaptation de Mary Poppins.
Comme les ramoneurs dansaient sur les toits, telles de gentilles sorcières, je les imagine s’envolant sur leur balai, poursuivant les feuilles dans leur danse automnale.



J’aime bien flâner dans une ville inconnue, surtout quand elle est généreuse dans son offre de bancs publics. J’avance, je m’assieds, je regarde, j’écris, je lis… Souvent cette pause solitaire intrigue, on me tient compagnie, on me questionne, on échange un moment en cherchant une langue commune. À Boukhara, beaucoup parlent le tadjik, (une variante du persan) mais on y entend toutes les langues et c’est probablement ce qui relie le plus la ville à son passé. À part « merci » (rahmat), j’avoue ne pas avoir fait beaucoup de progrès en ouzbek (qui ressemble parait-il au turc) mais je m’améliore chaque jour en russe. C’est impressionnant la capacité qu’ont les commerçants ou les artisans à repérer la langue parlée par chaque visiteur. Et vu qu’ils sont aussi capables de converser (pour ne pas louper une affaire) en français, j’ai fait part de mon étonnement devant mes collègues (eh oui, j’ai déjà repris le chemin de l’école jeudi), car peu de nos étudiants sont motivés pour apprendre le français. La plupart des jeunes préféreraient apprendre l’anglais car pour eux c’est la langue du futur pour s’ouvrir au monde sur le plan des études, du commerce, du business ou des relations internationales. Probablement que Tashkent manque de véritable stimulation pour apprendre le français, étant donné que la ville n’est pas fréquentée par autant de touristes qu’à Samarcande ou Boukhara.

Si j’ai eu le souffle coupé à la découverte de Samarcande, j’ai été charmée par Boukhara. Autrefois surnommée « La perle de l’Islam », cette ville abrite toutes les splendeurs de l’Orient et ce sont toujours ces immenses coupoles turquoise qui me fascinent le plus.
Des tapis, des couteaux, des bijoux, des habits, des chapeaux, de la céramique, des souvenirs, etc., le choix est vaste car rares sont les monuments où on ne trouve pas d’artisans. Si les caravanes de touristes n’arrivent plus à dos de chameau, c’est toujours un haut-lieu de commerce. J’ai aimé les couleurs et le mouvement des étoffes soufflé par le vent venu du désert.
