L’incertitude est le pire de tous les maux jusqu’au moment où la réalité vient nous faire regretter l’incertitude.
Alphonse Karr

L’incertitude est le pire de tous les maux jusqu’au moment où la réalité vient nous faire regretter l’incertitude.
Alphonse Karr

L’instrument qui a joué le rôle le plus important pour conquérir ma liberté dans ce pays si différent du mien est bien sûr ce cher Scooty, dont il va falloir se séparer. Si j’avais eu le courage et l’inconscience de la jeunesse, j’aurais peut-être tenté un retour par monts et par vaux sur mon beau destrier rouge, mais j’ai la sagesse de mon âge, alors j’ai décidé de le vendre.
C’est à cause de cela que j’ai découvert que j’étais hors-la-loi depuis octobre, car je n’ai jamais eu de livret bleu (la carte grise locale) attestant que j’étais propriétaire. C’est en discutant avec mon voisin népalais, qui m’a demandé le petit livret pour voir les détails du véhicule, que j’ai compris que je ne l’avais jamais reçu. Alors hier matin, j’étais chez Honda dès l’ouverture, le petit livret bleu m’attendait depuis octobre… ouf je ne suis plus hors-la-loi (mais n’en dites rien à la police locale). C’est vrai qu’ils m’avaient appelé plusieurs fois depuis le garage, et moi je croyais à chaque fois que c’était pour aller faire le service. Comme toujours ici, tout finit par s’arranger et hier soir j’avais le sourire, Scooty aura une nouvelle cavalière qui, j’en sûre, l’emmènera vers de nouvelles aventures et, je l’espère, me donnera de ses nouvelles.
Oubliés ces longs mois d’enfermement quand je songe aux découvertes vers lesquelles il m’a menée (en me perdant assez souvent), depuis les routes cabossées et poussiéreuses en direction du monastère de Namobuddha, jusqu’aux ornières boueuses menant à Nagarkot.
Quand j’ai la chance d’être quelque part ailleurs, loin de ma routine quotidienne pour regarder l’aube se lever, j’ai l’impression de recevoir un cadeau des Dieux au moment où le Soleil s’apprête à illuminer une nouvelle journée. Même si on l’a déjà vu pointer ses premiers rayons sur un paysage, l’émerveillement est chaque fois nouveau, comme si la lumière arrivait directement sur notre âme. Voici un autre moment magique de Nagarkot.

Et si c’était vraiment la fin de cette aventure népalaise ? Alors vient le moment de réfléchir à ce que je vais emporter dans mes bagages… mais aussi à songer aux habitudes qui me manqueront de cette tranche de vie asiatique. J’ai encore dix jours pour y penser, mais la première qui me vient à l’esprit c’est cette tradition d’allumer des lampes à huile autour des stupas les soirs de pleine lune. J’aime ces flammes d’espoir dans le cercle de la vie. Un ancien proverbe dit
Le soleil voit votre corps. La lune voit votre âme.
Cette énergie cosmique n’est plus guère vénérée dans nos traditions occidentales et je trouve cela dommage, on ne devrait pas allumer des bougies que pour commémorer des victimes de quelque catastrophe… Ici, on sait prendre le temps et se souvenir que nous sommes fait d’ombre et de lumière. Alors, voici le moment magique de ma dernière pleine lune dans les montagnes, avec une assiette de momos, mon plat préféré au Népal. La saveur de ces petits ravioli en forme de demi lune me manquera aussi.

L’avenir, tu n’as pas à le prévoir, mais à le permettre.
Antoine de Saint-Exupéry
Voilà la citation avec laquelle je vais avancer jusqu’à la fin de ce chapitre népalais. Mon vol vers Zurich est programmé pour le 20 août. Je ne sais pas encore quelle sera ma prochaine mission professionnelle, mais j’envoie des candidatures partout où je voudrais permettre un nouveau chapitre, tout en me réjouissant de bientôt revoir les miens.
Je viens de rentrer d’une semaine de vacances en montagne ; j’ai « dû » rester une nuit de plus à Nagarkot car pendant mon séjour le gouvernement a décidé de réintroduire la règle de la circulation pair/impair. Quelle n’a pas été ma surprise quand la direction de l’hôtel m’a offert de déménager dans la suite princière pour cette nuit supplémentaire. Me croirez-vous si je vous dis que j’ai d’abord refusé d’être surclassée ? Ce n’est que la crainte de me faire enguirlander au retour par ma joyeuse voisine qui m’a fait revenir sur ma décision et oser jouer la princesse pour une nuit. Malgré la mousson, j’ai eu droit au spectacle et compris le troisième matin pourquoi il y avait autant d’hôtels sur cette montagne proche de Katmandou.

On risque de pleurer un peu si l’on s’est laissé apprivoiser.
Antoine de Saint-Exupériy

Je vous parlais de fleur il n’y a pas si longtemps…
Hier, j’ai reçu ce joli bouquet de fleurs virtuel qui montre combien nous sommes capables de nous adapter au changement. Certes, j’aurais préféré un au-revoir loin de nos écrans d’ordinateur et les voir rire entre amis une dernière fois dans la cour de l’école. Heureusement j’ai les souvenirs en tête (et dans ma petite boîte) de ce qu’a été ma mission dans cette école. Il m’est arrivé de dire que j’apprenais plus que les élèves en m’initiant à toutes les cérémonies de chaque culture. Ces longs mois de cours en ligne n’ont pas été aussi divertissants, il a fallu continuer au rythme du tam-tam Zoom.
J’ai beau être habituée aux départs, quand je quitte une classe telle celle-ci, j’ai toujours un léger sentiment de tristesse de les abandonner sur le chemin. Il y a quelque chose de magique d’observer des adolescents. On les connaît dans le cocon de l’enfance et on les voit peu à peu déployer les ailes du papillon qui les emmènera vers leur vie d’adulte. Ce n’est jamais gagné d’avance, il faut apprivoiser leur monde à pas prudents, ne plus les traiter en enfants, mais ne pas exiger d’eux non plus une attitude d’adulte. Déjà en mars, j’ai laissé les plus grands partir sur une nouvelle route, vers leur destin d’étudiant. Comme l’ont si joliment écrit mes élèves « …comme tout ce qui est bon touche à sa fin… »; c’est vrai, on prend le risque de la tristesse dès que l’on se laisse apprivoiser.
Je repense souvent aux paroles de Montaigne « Enseigner, ce n’est pas remplir un vase c’est allumer un feu » et j’espère toujours que le feu brûlera pendant longtemps.
Ce matin, alors que je commence mes vacances, je me demande si notre hymne à nous tous enseignants ne devrait pas être la chanson de Johnny « Allumer le feu ! »
Pour l’instant, c’est peut-être la pluie que Scooty va devoir défier, pour m’emmener quelque part sur la montagne, loin de tous les écrans et du tam-tam de Zoom.
La marche du jeudi m’a manqué ces derniers mois, je vous l’offre…
C’est le temps que tu as perdu pour ta rose qui fait ta rose si importante.
Antoine de Saint-Exupéry
Hier, en début de soirée, l’esprit de soulagement d’être arrivé au vendredi soir flottait dans l’air. Mon voisin népalais a pris sa guitare et entonné quelques airs. Ah combien de thé vert au jasmin ai-je donc bu sur cette mythique terrasse pendant tous ces longs mois de confinement ! J’ai alors placé sur la table le pot de cette jolie petite fleur, elle méritait bien une sérénade après cette longue attente… Il fallait honorer cette naissance.
Ma joyeuse voisine avait reçu d’un ami français un sachet de graines pour faire fleurir des marguerites sous le ciel de Katmandou (d’une hauteur de soixante centimètres, disait-on sur le paquet). En janvier, elle les sema avec minutie sous la meilleure terre, dans deux pots. Il fallait attendre et les repiquer quand elles seraient trop serrées. Elles mirent leur temps à montrer signe de vie. Il fut inutile de se soucier d’acquérir d’autres pots, car la plupart disparurent dans le néant, bien que nous encouragions leurs efforts. C’est long tout de même la naissance d’une fleur… Voilà pourquoi celle-ci méritait bien sa sérénade et que je vous la fasse connaître. Puisse son unique voisine nous réjouir d’un autre moment miraculeux !

Youpi c’est dimanche ! Youpi c’est un jour pair ! Youpi je vais pouvoir aller à la chasse aux images… Le seul problème c’est que c’est un vrai jour de mousson… j’ai testé pour vous durant ma petite balade jusqu’à la banque, il vaut mieux avoir une bonne cape de pluie. Ces déluges sont tellement habituels que les capes de pluie sont faites pour 2 personnes, avec un trou pour chaque tête. Quand je pense qu’au Tessin on me traitait d’inconsciente parce que j’allais à bicyclette avec un parapluie. Ici on voit même des passagers sur les motos avec des parapluies.
Les bus n’ont pas encore recommencé à circuler dans le quartier. Par contre on entend à nouveau les tuk-tuk électriques. Je ne suis jamais montée dans un de ces engins, d’abord un parce que je ne comprends pas comment on sait où ils vont et deuxièmement parce que les gens y sont tellement coincés. Ce sont des tuk-tuk camionnettes à l’intérieur desquels on a mis deux bancs sur les deux côtés de la remorque, qui n’est ouverte qu’à l’arrière, une vraie cage à lapins. Comme c’est le véhicule où les gens sont le plus entassé, je me demande comment ils règlent le problème de la distanciation sociale.

L’espoir est le pilier du monde.
Proverbe africain

L’imagination est plus importante que le savoir.
Albert Einstein
Voilà pourquoi…
Je plonge dans les eaux de la Manche quand je regarde la page d’accueil de mon ordinateur…
Je marche un instant pied nu sur la plage, le cœur léger et sans bagage.
Je respire l’air iodé du large et ouvre mes poumons à ce vent de liberté.
Je sens sur mes lèvres le sel marin et goûte avec plaisir cette larme de joie.
J’entends le bruit des vagues rouler sur les galets et l’écoute comme une symphonie.
Je souhaite à tous ceux qui les commencent DE BONNES VACANCES !!!
En attendant d’arriver sur la plage des miennes pour une page d’insouciance.

Pardonnez-moi mon geste pas très écologique, mais aujourd’hui (jour pair) j’avais besoin de rouler jusqu’à la verdure… mettre en boîte un peu de vert pour reposer mes yeux qui risquent de devenir carrés à force de Zoomer à longueur de journée. Je n’avais même pas peur de me faire arroser par une de ces pluies qui donnent l’impression que quelqu’un là-haut verse des bidons d’eau sur nos têtes. La saison de la mousson n’est définitivement pas ma préférée, soit la chaleur est étouffante, soit les pluies sont torrentielles.
Le trafic revient petit à petit au chaos habituel, mais on avance assez vite, les bus n’ayant pas encore le droit de circuler, les écoliers n’ayant pas repris le chemin de l’école et les touristes n’étant pas encore revenus…
