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Un sommet libre

Ma fille appelait cette montagne le Toblerone; c’est vrai qu’elle ressemble un peu à notre Cervin. Son vrai nom est le Machapuchare (ce qui signifie queue de poisson). Il culmine à 6997 mètres, mais n’espérez pas monter au sommet pour admirer les Annapurna. Pour les Népalais c’est une montagne sacrée, aucun permis n’est délivré pour son ascension. L’unique tentative attestée a eu lieu en 1957 par une équipe britanique. Deux membres de l’expédition grimpèrent jusqu’à environ 50 mètres du sommet mais ne terminèrent pas l’ascension, car ils avaient promis de ne pas mettre pied sur le sommet. J’aime bien cette idée qu’il y ait encore un endroit dans ce pays, libre de toute conquête.

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Un guide formidable

Comme je suis assez douée pour me perdre… la sagesse des années me fait apprécié les qualités d’un guide pour me lancer sur les chemins inconnus. Le nôtre était, comme on dit du côté de Kandersteg : FORMIDABLE. Je ne juge pas les qualités d’un guide par la précision avec laquelle il nous cite le nom de chaque sommet (que j’oublie un peu trop rapidement si je ne les escalade pas), mais par la passion qu’il a pour son métier. Nous n’avons jamais su pourquoi on l’avait surnommé Indra, l’histoire était trop longue à raconter a-t-il précisé. Le matin du 1er janvier, quand on lui a souhaité « Bonne Année ! », il a répondu : « Mais c’était hier la Nouvelle Année ! » Après lui avoir affirmé que non (il faut le comprendre, ici il y a la nouvelle année des Népalais en avril, des Newar en octobre, des Tibétains en février, et sûrement qu’ils fêtent aussi celle des Chinois et d’autres dont je ne suis pas encore au courant), il a dit : « Et bien mince alors, j’ai dit Bonne Année à tout le monde hier, il faudra que je reprenne mes vœux. » Non seulement il provoquait le rire à tout instant, mais il avait un don particulier pour nous faire apprécier des petits riens, comme s’ils représentaient le luxe d’un 5 étoiles, négociant par exemple avec la propriétaire des lieux avant de s’installer dans sa guesthouse : « Est-ce que vous faites le feu ce soir ? » Il faut dire que c’est particulier au Népal, malgré le froid de l’hiver, les maisons avec un fourneau à l’intérieur sont très rares. Alors comme la propriétaire a accepté de faire le feu dans le tonneau en fer tapissé de boue séchée, nous sommes restés. Et Indra a commandé les habituels pop-corn avec le thé avant de jouer au Nepali Gin Rami, un jeu de cartes qu’il nous a enseigné pour nous faire compter en népalais (et qu’il est peut-être le seul à connaître).

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Côté montagne

Là, j’avoue que j’ai eu un petit peu peur… Au moment où j’ai appuyé sur la gâchette pour immortaliser ce troupeau de mulets, j’ai repensé à ce que nous avait dit le guide, soit de toujours se placer côté montagne quand on devait s’arrêter pour laisser passer un animal. Il avait même donné un exemple dramatique, comme aiment le faire les guides, pour être sûr qu’on n’oublie pas ses instructions. En plus, vu son regard, je crois bien que je m’étais arrêtée exactement là où la mule avait décidé de passer… Ouf, si vous voyez cette photo, prise depuis le côté interdit, vous imaginerez sans doute que l’histoire s’est bien terminée…

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Être en route

Il n’y a pas si longtemps, j’avais encore une voiture… Quand j’avais la chance d’avoir mon disc-jockey préféré (ma plus jeune fille) sur le siège passager, il y avait toujours un moment où la chanson « Sur ma route » de Black M résonnait dans l’habitacle et me rappelait (malgré les problèmes) que c’était cela que j’aimais dans la vie : être en route. Quand on est sur un chemin, l’inattendu peut surgir à tout moment et c’est peut-être ce que j’apprécie le plus, quand rien ne ressemble à ce que je connais. Pouvoir marcher sur les sentiers népalais avec ma fille aînée et son ami a était un véritable bonheur… Non seulement pour le plaisir des retrouvailles, mais aussi pour la joie de les guider sur le terrain connu et de découvrir avec eux d’autres endroits, en nous laissant surprendre par les rencontres.

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L’énergie de l’aube

C’est toujours assez magique ce que l’on est capable d’accomplir quand on est en voyage. On nous dit qu’il faut se lever à 4 heures 30 pour aller voir le soleil se lever là-haut sur la montagne (à plus de 3000 mètres)… et on le fait. On fixe sa lampe frontale et on avance sous les étoiles, sûr que la marche va bien vite nous réchauffer. Et personne ne se plaint quand les nuages décident de voiler ce que l’on était venu admirer… Alors on redescend tout ragaillardi par l’énergie que donne l’aube pour déguster un solide petit-déjeuner.

Lever

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Plus c’est haut plus c’est beau

Je ne vais pas oublier comment j’ai commencé l’année 2020. Le programme du trek annonçait une montée de 3000 marches d’escalier. Comme j’aime bien contrôler les informations – non je plaisante, c’était une façon de méditer en marchant, ou plutôt de focaliser mon attention sur autre chose et d’oublier l’effort – je me suis amusée à les compter. Ainsi, je m’arrêtais toutes les 1000 marches (n’ayant pas assez de doigts pour aligner plus de centaines) pour reprendre mon souffle et rythmer l’ascension de notre petit groupe. Arrivée à la pause de midi, j’en avais pas loin de 5000 au compteur… Plus c’est haut plus c’est beau… Sur le chemin, beaucoup de Happy New Year, et même un collier en turquoise qu’une femme d’un petit village m’a vendu à un prix raisonnable en signe de Good luck.

1er janvier 2020