De retour dans la fournaise d’Hanoï, rien ne m’empêche de retourner en pensée sur l’île de Phu Quoc pour vous parler de la magnifique pagode Ho Quoc. Située sur une colline verdoyante, elle surplombe la mer et c’est un lieu empreint d’une grande sérénité. Je suis toujours étonnée de la jeunesse des sites religieux dans ce pays, puisqu’elle ne date que de 2012 et qu’elle est encore en construction.
J’aime bien le petit temple de Dinh Cau à Duong Hong. Dédié à la déesse de la mer Thien Hau, il protège les sorties en mer des nombreux pêcheurs qu’on voit défiler le long des rochers qui l’encerclent. C’est une charmante association avec ce phare qui orientaient autrefois les marins pendant les nuits de tempêtes.
Le voyage passe immanquablement par l’estomac. Et comme ici ce n’est pas moi qui cuisine, l’exploration est une grande joie, surtout quand la cuisinière aime fidéliser sa clientèle avec des plats telle cette mousse à l’avocat sur patates douces, décorée avec le fruit du dragon, des pistaches et des noix de cajou, un vrai régal ! Tout comme hier la salade de fruits mélangés aux légumes et un œuf était aussi surprenante que délicieuse.
Quand on vit dans un pays qui côtoie autant de plages, on a le choix pour se prélasser sous les cocotiers. Après un mois de juin plus qu’intensif, je reprends mon souffle sur la plus grande île du Vietnam : Phu Quoc, à seulement 15 kilomètres du Cambodge dans le golfe de Thaïllande. Ici aussi, l’histoire me rappelle combien les frontières ont été dessinées par certains et qu’elles peuvent être l’objet de désaccord. En effet, je lis que le Cambodge revendique Phu Quoc car elle a été offerte par les Français au Vietnam en 1949 lors de l’annexion du delta du Mékong. Allez, je ne suis pas ici pour parler politique, alors partons laisser quelques empreintes éphémères sur la plage. C’est vraiment surprenant comme la nature prend possession de ce qu’elle rencontre. Ici une noix de coco retapissée, mais on y voit aussi des bouteilles (en plastique ou en verre) avec la même décoration.
Quelle chance j’ai d’habiter si près du poumon vert de Hanoï, le parc Thông Nhât, ce qui signifie Réunification. Ce lieu est né de la volonté d’unifier le Vietnam, il a été aménagé à partir de 1958 et inauguré en 1960 pour exprimer l’espoir de réunifier le peuple vietnamien. Depuis que l’accès y est gratuit, c’est mon lieu de promenade favori. Ici, un groupe qui apprend une danse qui ressemble au tcha tcha tcha sur la piste des auto-tamponneuses. Quelle fierté de comprendre ce qu’ils disent, puisque j’ai enfin appris à compter jusqu’à 10… même si le prof de danse s’arrête toujours à 8. Sur l’immense terrain de basket, une troupe d’une centaine de soldats (ou policiers ?) pratique un art martial avec une grande précision géométrique. Plus loin, une équipe dispute une partie de dá câu (plumfoot), un sport surprenant qui se joue avec un volant de badminton en utilisant toutes les parties du corps, sauf les bras. Près du lac, les hanches des couples se balancent sur la chanson Guantanamera dans un style très latino qui me ramène en Colombie. Sous un immense arbre, je vois souvent ce monsieur qui joue de la batterie, accompagné par la sono d’un orchestre fictif et je me demande s’il est là à cause de voisins peu tolérants ou simplement pour jouir de cette scène privilégiée face au lac. Près des colonnes turquoise, c’est le lieu de rendez-vous de ceux qui pratiquent un art martial avec une épée ou un sabre… mon manque de culture dans ce domaine ne saurait vous dire son nom. Deux cent mètres après, c’est Lasciatemi cantare de Toto Cotugno qui me donne envie de chanter. On voit aussi des gens qui méditent ou font du yoga, seuls ou en groupe. Sur les rives du lac, des pêcheurs patientent au bout de leur canne à pêche. Il y a même quelques courageux nageurs. Courageux non pas à cause de la température mais vu que les eaux sont plutôt troubles et que de nombreux poissons morts flottent à la surface. Certains préfèrent le romantisme de ces grands cygnes travestis en pédalos pour déambuler sur les flots et aller faire le tour de la petite île. Les gens courent, marchent, jouent au badminton, se rafraichissent dans les buvettes, chantent au karaoké… pendant que les jardiniers nettoient, taillent, arrachent, plantent, arrosent et bichonnent les plates-bandes. Le week-end, un train circule autour du parc, le long duquel on a construit des gares miniatures avec le nom des grandes villes du pays, symbole de cette réunification réussie.