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Ne jamais renoncer

Moi, qui habituellement n’aime pas le lundi, je vous promets de changer car celui-ci est un lundi historique. 

Ce matin, j’avais rendez-vous à 8 h. 30 à Wollerau. Alors comme je suis toujours fan des transports publics, je suis allée dormir le dimanche soir à Hurden (un petit village sur la bande de terre qui sépare le lac de Zurich et le Wollensee). Mais voilà que le train avait un peu de retard et l’arrêt du bus avait été déplacé, donc je l’ai loupé et j’ai décidé de monter à pied sur la colline. Malgré ma crainte de ne pas arriver à l’heure, en chemin, j’ai pris le temps de capturer l’instant présent, parce que cette prairie me souriait. 

Après trois voyages dans cette région inconnue, aussi verte que mon espoir, j’ai signé ce matin le contrat pour ma prochaine aventure professionnelle dans une école du canton de Schwytz. Wollerau ne ressemble en rien aux immenses capitales qui ont été le décor de ma vie durant ces dernières années mais je me réjouis de cette nouvelle exploration dans le berceau de la Suisse.

Tout cela est bien la preuve qu’il ne faut jamais abandonner… et toujours continuer d’y croire…

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Solidarité

Journée d’émotion hier. Comme j’avais promis à ma nièce, avant tout ce drame, de monter à Bosco Gurin pour rendre visite au plus jeune habitant et à ses parents, nous avons tenté l’expédition. En voiture jusqu’à Riveo, nous suivons les indications des hommes de la protection civile et stationnons dans le vaste parking. Une camionnette nous emmène jusqu’au pont détruit. 

Même si j’ai déjà vu de nombreuses photos ou vidéos, quand je me trouve devant la réalité de ce désastre, j’en reste sans voix. Quelle chance dans ce malheur que le pont de la piste cyclable (sur lequel passait autrefois le petit train du Val Maggia) ait résisté. Ils sont en train d’y terminer les travaux de renforcement qui permettront de laisser passer aussi les voitures légères et de rétablir un trafic provisoire pour acheminer l’aide la plus urgente. Pour l’instant nous le traversons à pied.

Arrivée de l’autre côté, la première personne que je vois est la propriétaire du charmant petit rustico du Val Bavona où j’aime me ressourcer. C’est en la voyant que je prends conscience que je suis désormais dans le monde du haut et une forte émotion m’envahit avec la même intensité que la rivière est montée, incontrôlable. De ce côté du pont je réalise combien cette vallée est chère à mon cœur et le sentiment de deuil qui règne tout autour de moi.

C’est à la fin des années 80 que j’ai découvert le Val Maggia lors d’un voyage d’études alors que j’étais agente de voyages à Echallens. Les autocaristes romands avaient été invités par l’office du tourisme de la vallée. Nous n’avions pas été très chanceux avec la météo, je crois qu’il avait plu pendant tout notre séjour. Cependant, j’avais tellement aimé que j’avais pensé qu’il devait y avoir quelque chose de particulier dans cette vallée pour autant l’adorer même sous la pluie. Je me souviens des cascades impressionnantes, de ces jolies maisons de pierre qu’on appelle les « rustico », mais il y avait aussi autre chose de difficile à décrire de l’ordre du mystique, une énergie belle et tragique à la fois. Depuis, j’ai eu l’occasion de bien la connaître et de comparer le val Maggia à un long bras qui se divise ensuite depuis Cevio en une main avec les doigts qui sont le val Rovana (qui se redivise plus haut en deux vers Campo et Bosco Gurin), le val Bavona et le val Lavizzara (qui lui aussi se sépare plus haut vers Peccia ou Fusio). 

Vous pouvez donc imaginer combien je suis heureuse de retrouver l’adorable petit Natael au fond du val Rovana (heureusement épargné par la furie des eaux) et de partager quelques heures tous ensembles.  Quand nous devons reprendre le bus pour redescendre à Cevio, je lui promets de revenir la semaine prochaine et de m’installer près de lui pour laisser ses parents participer au monstrueux travail de déblayage. 

Quand j’y repense ce matin, c’est bien ce qui m’a le plus impressionnée, cet incroyable esprit de solidarité qui règne dans tout le haut de la vallée, l’action de chacun et la mise en place naturelle de tout ce qui va servir à la reconstruction. Bravo et courage à tous !

 

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La furie des eaux

Afin d’éviter les préoccupations, dans la famille nous avons comme dicton « Pas de nouvelles, bonne nouvelle ». Pourtant ces derniers jours cela a été difficile de s’y tenir. Cela a pris du temps dimanche jusqu’à ce que j’aie su que tout le monde allait bien. Parce que oui, nous ne sommes plus habitués à ne pas pouvoir se joindre.

Heureusement, ce matin un grand ciel bleu irradie le Tessin, cependant le bruit des hélicoptères rappelle la nuit tragique de samedi à dimanche. Les dégâts sont considérables et impressionnants dans de nombreux lieux vus depuis l’autre côté du pont qui a coupé la longue Vallée de la Maggia. Pour cela, depuis le bas, on regarde les informations et on écoute les histoires de ceux qui étaient ou sont encore dans le haut. On voudrait pouvoir faire quelque chose mais on se sent bien impuissant. Je me réjouissais déjà d’aller la semaine prochaine dans le joli petit rustico du magnifique Val Bavona (un des doigts de la vallée), mais vu l’état de la route cela va prendre du temps avant qu’on puisse retrouver la quiétude de cet endroit que j’adore. La vallée qui monte vers Bosco Gurin a heureusement été épargnée. J’espère bientôt pouvoir y aller pour rendre visite au plus jeune habitant du village et à ses parents, parce que mon cœur de grand-mère a besoin de le serrer dans ses bras…

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L’intensité du vert

« On a un bien joli canton… » écrivait le poète Jean Villard Gilles. Alors je ne manque jamais l’occasion pour rôder par monts et par vaux quand je suis en terre vaudoise (ou ailleurs, vous l’avez compris depuis longtemps)… Et vu que cette année la verdure est bien arrosée, l’intensité du vert donne la touche d’espoir nécessaire pour continuer d’y croire.  

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Le tapis vert de la confiance…

Voilà, l’aventure ouzbèke est désormais derrière. Ce matin, en cherchant un indice pour tenter de me souvenir à quand remontait notre dernière rencontre avec une amie de longue date, mon doigt à fait défiler le rouleau de la galerie photos sur mon téléphone, témoin de ma vie de nomade depuis cinq ans. Peu importe la réponse, c’est surtout l’intensité de ce que j’ai vécu ici et ailleurs qui reste attachée à mon cœur. Et comme ce dernier a la tendance de balayer le négatif, je sais que d’ici quelque temps j’aurai oublié la « bataille » actuelle pour tenter de récupérer ce qui m’est dû. Je garderai en mémoire la couleur de ce pays teintée de ce beau turquoise que j’adore, la poussière des paysages désertiques comme la fraîcheur des cascades et des lacs dans les montagnes, ces villes époustouflantes par la grandeur de leur madrasa, ce peuple métissé de temps de siècles sur la route de la soie. Fidèle en amitié, je ne romprai pas le fil avec tous ces gens dont j’ai croisé le chemin et qui ont su m’apprivoiser grâce à ce qui m’est le plus cher : la sincérité.

Et maintenant ? En mélangeant tous les slogans grapillés ici et là, je me concentre sur l’instant présent et cette infatigable envie de le partager. Pour paré à l’épineux problème des transports quand on n’a pas de véhicule, j’ai pris un abonnement général pour un mois. L’investissement me permet de rôder autant que je veux dans le pays et de recharger les batteries, en train, en bus, en bateau ou à pied… Il ne me reste plus qu’à espérer que quelque candidature me portera quelque part, que ce soit ici ou ailleurs… Je n’ai pas d’autre choix, j’ai appris à marcher sur le tapis vert de la confiance et à ne pas trop perdre mon énergie dans les préoccupations du lendemain. 

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La symphonie des montagnes

Ce petit village était déjà cher à mon cœur, mais le caractère précieux de ce paysage s’est enrichi d’un doux bonheur. Là où il n’y a même pas six mois je me lugeais au clair de lune avec mon fils qui venait de m’annoncer que je serai bientôt Grande, j’y suis retournée hier promener mon petit-fils pour renouveler mon permis poussette, avec dans l’âme une joyeuse chansonnette. Et si je vous dis que la prairie était tapissée de boutons d’or et d’autres créations de la nature toutes aussi charmantes, vous comprendrez que les montagnes semblaient avoir tout orchestré pour rendre cette symphonie délicieuse. 

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La tragédie de la mer d’Aral

Le mardi matin une voiture tout terrain nous embarque pour notre expédition vers la mer d’Aral. Le chauffeur ne parle que le russe ou l’ouzbek, mais une des deux Américaines maîtrise très bien les deux langues et ma collègue française le russe. Vers 14 heures, nous traversons une ancienne piste d’atterrissage de l’époque soviétique au milieu du désert. Pas loin de là un petit village poussiéreux, le chauffeur demande son chemin à plusieurs personnes jusqu’à ce qu’il arrête la voiture devant une maison. On nous y accueille et nous invite à nous installer sur les tapis autour d’une grande table bien garnie de spécialités ouzbèkes. Près de là il y a une exploitation d’un gisement de gaz où travaille le mari de notre cuisinière. 

Le paysage est tellement désertique que je demande souvent, par peur de la louper, si nous sommes déjà là où s’étendait la mer d’Aral autrefois. Non, nous sommes encore sur le plateau qui va nous y mener. 

Nous arrivons enfin au bout du plateau en fin d’après-midi. Ce que l’on découvre provoque en moi une étrange sensation. C’est comme quand on va à un enterrement et qu’on voudrait dire des mots importants pour traduire la grande émotion devant le deuil… mais les mots ne viennent pas et le silence s’impose. 

Depuis 1960, la mer d’Aral a perdu 75 % de sa surface, 14 mètres de profondeur et 90 % de son volume. En parler est une chose, mais le voir aide à comprendre l’ampleur d’une telle tragédie.

De là on voit ce qui reste de la mer. On y va même et le chauffeur nous demande si on veut se baigner. Comme il semble suggérer que les gens s’y baignent volontiers, j’en ai l’intention, mais à peine rentrée dans l’eau j’enfonce tellement dans la vase que cela me donne l’impression que je vais être prise dans des sables mouvants et disparaitre, donc je renonce. Le camp de yourtes qui nous héberge pour la nuit offre une vue privilégiée et le ciel étoilé est grandiose. 

Le lendemain, nous traversons la mer asséchée jusqu’à Moynac. Au musée, la tristesse revient devant les tableaux du petit musée de la ville, parce qu’ils montrent des scènes de la vie quotidienne des années 60/70. L’intensité est encore plus forte devant le court film en noir et blanc de l’époque où on pêchait encore du poisson par tonnes. Trop émue devant un tel gâchis, je laisse mes larmes couler et voudrais tant qu’on me dise ce qu’on pourrait faire.

Ma collègue m’a expliqué qu’au temps du soviétisme il y avait un projet de canal depuis un fleuve russe, mais depuis l’indépendance plus personne n’en parle. C’est en imaginant tous les pêcheurs et les femmes qui travaillaient à la conserverie de poissons que l’on réalise combien ce drame a déplacé de population et appauvri toute la région de la petite république du Karakalpakstan. 

Devant Moynac, un triste cimetière de bateaux met fin à l’expédition pour mes trois compagnes de voyage. Elles vont rester ici car il y a un festival de musique techno à l’endroit même où autrefois il y avait le port de la ville.

Puissent toute cette jeunesse ouzbèke et les voyageurs du monde entier qui assisteront aux concerts ou aux conférences faire résonner loin à la ronde le témoignage de ce qui se passe quand l’être humain agit contre la nature.

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La mémoire de l’eau

Depuis Samarcande, je continue mon voyage vers le nord-ouest en direction de Noukous. Cette fois, j’ai réservé la 2ème classe en wagon couchette, non pas que les lits de la 3ème soient inconfortables mais je pars pour 13 heures de train, je préfère être dans un compartiment à 4 plutôt qu’une enfilade de lits à étages. Il fait chaud, le bébé de me ma voisine d’en face me sourit. Quand je perçois une odeur qui pourrait annoncer que sa maman va bientôt le changer, j’accepte avec plaisir de rejoindre ma compagne d’expédition qui est dans le wagon 13 (je suis dans le 5). Nous nous donnons rendez-vous au wagon restaurant qui doit être entre le 8ème et le 9ème. Pour cela, je surmonte ma crainte et passe les points de passage entre chaque wagon avec courage, cela me rappelle les vieux trains CFF de ma jeunesse. On sert du plov au restaurant et le ciel nous offre un magnifique coucher de soleil sur le désert. Le voyage est long mais j’adore dormir dans les trains. Le bébé pleure souvent et interrompt le bercement sonore provoqué par le mouvement du train, mais à l’arrivée j’ai tout de même l’impression d’avoir eu une vraie nuit de sommeil..

Si les gens vont à Noukous, c’est principalement pour la visite du musée Savitsky. Pas de chance, c’est fermé le lundi et nous sommes lundi. Ma perspicacité et mon entêtement me conduisent tout de même devant le musée, juste pour voir… Et comme des gens sortent du musée avec des valises (peut-être qu’ils étaient là pour un séminaire), je tente ma chance en les interpellant. Et c’est ainsi qu’une Française, une Américaine et une Suissesse se retrouvent les seules visiteuses de la journée au musée de Noukous en acceptant de payer le double du prix habituel… Igor Savitsky a réuni là une collection impressionnante d’œuvres d’art de l’URSS jugée anti-soviétique. N’étant pas des spécialistes, il nous est difficile de comprendre qu’est-ce qui était contre le régime dans ce que nous observons.  C’est l’exposition « Mémoire de l’eau » qui provoque en moi la plus grande émotion car c’est la raison principale du voyage, demain nous partirons en direction de la mer d’Aral. 

Les artistes du 20ème siècle exposés sont unis par le thème de la « grande eau ». Leurs tableaux représentent soit le fleuve Amu Darya, qui coule à flots, soit la mer d’Aral, qui se profile à l’infini. Grâce à l’art des peintres, on comprend combien l’eau faisait partie intégrante de la vie de nombreux habitants de la région de la mer d’Aral. Cependant, comme on sait ce qu’on sait de cette terrible catastrophe écologique, la mémoire de cette eau qui n’est plus là annonce une incommensurable tristesse avant même de commencer notre aventure. Le monde familier s’est effondré, détruisant l’harmonie entre l’homme, la terre et l’eau. En exposant ces peintures, on cherche à attirer l’attention de la jeune génération, qui n’a jamais vu la « Grande eau » telle qu’elle était autrefois, et leur rappeler qu’ils doivent garder la mémoire de l’eau et agir pour qu’une nouvelle tragédie ne vienne pas frapper à nouveau. 

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Les larmes des 7 filles

Dernière virée en Asie centrale – Je suis retournée m’attabler autour de la grande table du petit-déjeuner de Samarcande, là où l’on rencontre toujours quelques voyageurs désireux de partager une aventure. Et comme c’était vers le Tadjikistan que j’avais envie d’aller, me voici partie avec une jeune Allemande pour une excursion vers les 7 lacs de ce pays inconnu. 

C’est déjà toute une expédition de traverser la frontière à pied, puisque le guide nous attend de l’autre côté. Je pense avoir montré mon passeport en tout cas 7 fois parce que quand on arrive à l’autre bout de ce long « No mans land », le fonctionnaire ne veut pas nous laisser passer, il nous manque un tampon sur le passeport. Alors retour en arrière jusqu’à l’étape que nous avons loupée.

Un autre fonctionnaire m’interpelle, j’ai eu la mauvaise idée de photographier le bâtiment des douanes qui était en arrière-plan des roses orange. Je dois lui montrer la photo prise. Je lui explique que ce n’était pas le bâtiment officiel que je voulais photographier mais les fleurs que je trouve magnifiques. Hm, montrez-moi, me dit-il en russe. C’est vrai que c’est une jolie photo acquièsce-t-il (mais vous ne la verrez pas, je ne veux pas avoir d’ennuis).

Nous retrouvons notre guide tadjik sans difficultés parmi les nombreux hommes qui attendent et nous montons dans le 4/4 qui va affronter la piste cabossée vers les merveilles lacustres.

Voici la légende de ces 7 lacs tadjiks :

Un forgeron avait 7 filles. La plus jeune était la plus belle. Le gouverneur local passa devant la maison et tomba fou amoureux de la cadette. N’ayant pas vraiment le choix, elle accepta de l’épouser à condition qu’il lui construise un château tout en haut sur le plus haut rocher surplombant le lac. La première nuit après le mariage, elle se précipita depuis la fenêtre du château et mourut dans le lac. Accablées par le chagrin, les 6 sœurs de la cadette pleurèrent tant que leurs larmes formèrent les six autres lacs.

Le premier lac se situe à 1640 mètres d’altitude et le dernier à 2400. Nous longeons le 7ème jusque de l’autre côté pour pique-niquer sur un pont au-dessus d’une rivière asséchée. Deux chèvres nous tiennent compagnie pour admirer un paysage baigné par le silence. Les larmes de ces belles jeunes filles amoureuses donnent une respiration spirituelle que je ne suis pas prête d’oublier.