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Henrietta

Saviez-vous que la première femme de José Pepe Figueres était américaine. Vu que la plupart d’entre vous ne savent pas qui était ce monsieur, en quoi cela pourrait-il vous intéresser ? … C’est compliqué de raconter des histoires, il faut savoir par quel bout la commencer. 

Pour faire court : J.P. Figueres (Don Pepe) a été le président du Costa Rica à trois reprises. C’est d’ailleurs sous son premier mandat que l’armée du pays a été supprimée en 1948 pour mettre fin définitivement aux guerres. 

Eh oui, la première femme de Don Pepe était une gringa : Henrietta Boggs. Grand a donc été mon étonnement quand j’ai appris que c’était avec la comédie musicale « Henrietta » qu’on avait choisi de célébrer les 200 ans de l’Indépendance du Costa Rica. Je ne voulais pour rien au monde manquer cet évènement au TEATRO NACIONAL. Depuis que je suis arrivée dans ce pays, j’attendais impatiemment de m’asseoir sur les strapontins de cette perle architecturale pour y admirer un spectacle. Même si les restrictions sanitaires ne permettaient pas de remplir complètement la salle, j’étais déjà dans le spectacle avant même que résonne la première note de musique, surtout que l’amitié est toujours la meilleure garantie pour passer un agréable moment. Quelle émotion donc de pouvoir étancher ma soif dans un tel lieu de culture ! Afin de faire durer le plaisir, je vais vous raconter un bout de l’histoire de cette femme plutôt atypique…

Henrietta avait 22 ans quand elle arriva au Costa Rica en 1940. Aînée d’une grande famille protestante, l’aventure l’attirait, elle ne voulait pas du destin tout tracé qu’on lui réservait. Elle quitta donc l’Alabama pour rendre visite à son oncle et sa tante. Elle fit un voyage de huit jours en bateau jusqu’à Limón. Quelques jours après son arrivée, elle rencontra un mystérieux étranger aux yeux bleus perçants. 

EN LE REGARDANT GARER SA MOTO ET SE DIRIGER VERS LE PORCHE, J’ÉTAIS UN PEU DÉÇUE. IL NE CORRESPONDAIT PAS À MES CRITÈRES D’ÉTUDIANTE. IL N’ÉTAIT PAS GRAND, NI BEAU, NI MÊME ATTIRANT AU SENS HABITUEL DU TERME. IL AVAIT UN ÉTRANGE PETIT SOURIRE EN DEMI-LUNE PRESQUE MALICIEUX… LA SEULE CHOSE QUE L’ON REMARQUAIT, C’ÉTAIT SES YEUX, D’UN BLEU SAISISSANT DANS UN VISAGE BRÛLÉ PAR LE SOLEIL.

Married to a Legend (1992) – Henrietta Boggs 

Don Pepe la demanda en mariage lors d’une promenade sur sa Harley Davidson au bord du cratère du volcan Irazú … et elle accepta. Elle découvrit le pays en train, à cheval et à moto, ne craignant pas de scandaliser les gens parce qu’elle préférait porter des pantalons plutôt que des robes. Pourtant sa vie n’eut rien d’un long fleuve tranquille puisque son mari dirigea la révolution costaricienne de 1948. Ils durent même partirent en exil au Mexique. Henrietta passa une partie de la révolution à fuir le danger avec son mari et ses deux enfants, portant le plus jeune dans ses bras pour échapper aux tirs ennemis. À l’âge de 29 ans, elle devint la première dame du Costa Rica et son mari président déclara peu après la suppression de l’armée du pays afin d’éviter de nouveaux bains de sang. Henrietta ne fut pas étrangère à la décision de donner le droit de vote aux femmes en 1950. Elle s’insurgeait auprès de tous ceux qui voulaient bien l’écouter contre cette injustice. Pour elle ce n’était pas normal que la moitié de la population du pays n’ait pas le droit de donner son opinion. 

La fin de l’histoire fut assez soudaine. Tout au long de la Révolution et de la fondation de la Seconde République, une distance s’installa entre Henrietta et son mari. L’attention que Don Pepe portait à sa famille passait après ses préoccupations politiques, et l’opinion de sa femme semblait avoir dès lors peu d’importance. L’homme était résolument marié à son pays et le fossé se creusa entre lui et son épouse. 

Leur relation s’assombrit encore plus lorsque les inquiétudes d’un médecin concernant un éventuel cancer de l’utérus contraignirent Henrietta à l’hospitalisation. Deux jours plus tard, Figueres rendit une visite de dix minutes à sa femme. Il arriva avec deux de ses collaborateurs politiques pour que les trois hommes puissent continuer leurs discussions dans la chambre d’hôpital. 

« C’est peut-être à ce moment-là que j’ai décidé de partir et de rentrer aux États-Unis », dira Henrietta quelques mois plus tard. En 1969, à part son époux, très peu de gens surent que la première dame montait dans un avion avec ses deux enfants pour ne jamais revenir au Costa Rica pendant la présidence de son futur ex-mari.

J’ÉTAIS ALLONGÉE DANS MON LIT D’HÔPITAL ET JE SAVAIS QUE MES JOURS AU COSTA RICA ÉTAIENT COMPTÉS. CETTE DÉCISION ME BRISA LE CŒUR. DEPUIS L’ÂGE DE VINGT-DEUX ANS, JE VIVAIS AU COSTA RICA ET LES SEULS AMIS QUE J’AVAIS ÉTAIENT DANS CE PAYS. DÉMÉNAGER AILLEURS SIGNIFIAIT DÉCHIRER MA VIE…

Married to a Legend (1992) – Henrietta Boggs 

La comédie musicale se termine avec un ballet de souvenirs joyeux qu’elle emporte avec elle de ce pays qui était le sien. Elle aimait dire que tout le monde avait droit à deux pays : celui où il est né et celui qu’il se choisit. 

Au vu des recherches effectuées pour comprendre qui était cette Henrietta avant d’aller voir la comédie musicale, je ne crois pas me tromper en disant que cette femme n’est pas très connue au Costa Rica, l’histoire oublie souvent les femmes… Elle méritait bien cet honneur au Théâtre National.

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