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Indemini

Quand j’étais enfant, j’ai souvent entendu la phrase :

  • La curiosité est un vilain défaut.

Je ne me souviens pas dans quel contexte on me disait cela, mais mon esprit rebelle est resté curieux. Alors quand je vois le nom d’un village inexploré j’ai envie d’aller voir. Ce qui m’intriguait au sujet d’Indemini, c’est l’itinéraire depuis Gerra : cinq heures à pied pour une heure trente en transports publics…

Me voici installée dans un bus jaune chargé de Suisses-Allemands. Après les interminables contours au-dessus de Vira, les excursionnistes descendent presque tous à l’arrêt de l’Alpe di Neggia pour admirer le paysage que je vous ai conté le 6 juillet dernier…

Nous ne sommes plus que trois, le terminus du bus est à Indemini, dernier village de la vallée de Veddasca à 938 mètres d’altitude, rattaché à la commune de Gambarogno depuis 2010. La route n’y est arrivée qu’en 1917 depuis la Suisse (et seulement en 1966 depuis l’Italie). À l’entrée du village un panneau me le rend encore plus mystérieux, puisqu’un projet a existé de l’échanger avec Campione d’Italia, c’est-à-dire d’intégrer Campione à la Suisse et de donner Indemini à l’Italie. Je vous épargnerai les détails du pourquoi cela ne s’est pas fait, j’ai la fâcheuse réputation d’être trop bavarde à l’écrit…

En découvrant ce village en pierres grises suspendu à la montagne, je suis tout de suite prise d’une euphorie poétique, surtout par ces nombreux balcons offerts au soleil levant. Sur le toit d’une maison en bordure, j’y croise le regard d’un renard… heureusement aucune poule ne se hasarde dans les environs. Plus loin, dans une rue pavée, un serpent mince comme le doigt m’effraie, avant de disparaître dans l’herbe. Dès lors, je regarde où je mets les pieds avant de m’extasier sur la vue… mais la poésie de ces deux rencontres littéraires m’interroge… vais-je rencontrer le Petit prince dans ces ruelles ?

Eh non, c’est un vieux monsieur assis sur un vélomoteur pétaradant remontant la route qui contourne Indemini qui interrompt ma rêverie. Va savoir pourquoi je trouve que le bleu turquoise de son engin donne une image pittoresque à cet instant ! Je croise un autre habitant avec qui je discuterais volontiers du style médiéval ou de l’histoire de ce lieu, mais il ne sait guère dire plus que « Buongiorno » en italien et je n’ai pas envie de papoter en suisse-allemand devant un tel tableau.

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