Qui parmi les moins jeunes se souvient des dimanches sans voiture en 1973 ?
C’est marrant parfois comme les souvenirs remontent. J’y ai pensé ce week-end… Comme il était interdit de circuler en voiture, nous avions parcouru à pied les huit kilomètres jusqu’à Arnex chez mes grands-parents maternels, pour notre visite dominicale. Il fallut revenir en taxi, qui eux avaient l’autorisation de circuler, afin d’être de retour pour l’heure de la traite. L’image de toute la famille entassée dans le taxi de cette lointaine cousine s’est gravée dans ma mémoire.
On parlait beaucoup à l’époque de ce premier choc pétrolier, sans savoir qu’il y en aurait d’autres. Face aux risques de pénurie d’essence, le conseil fédéral avait imposé une interdiction de circulation automobile pendant plusieurs dimanches. Le but était de sensibiliser la population au risque de pénurie et d’économiser le carburant. Déjà en ces temps-là, une guerre au Proche-Orient était à l’origine de la crise. Les pays producteurs de pétrole avaient décrété un embargo et provoqué une explosion des prix.
Au collège, on m’enseigna ce qu’était l’OR NOIR. Cinq ans plus tard, les citoyens suisses votèrent pour ou contre une initiative populaire fédérale qui proposait d’imposer douze dimanches par année sans véhicules à moteur ni avions. Ce n’était encore que le balbutiement des mouvements écologiques, dont j’ignorais tout, mais je me souviens que j’aurais bien voulu que cela soit accepté par les Suisses, car j’avais le souvenir de l’ambiance festive de ces dimanches sans voiture. Par crainte de l’impact économique et des retombées sur le tourisme, le peuple rejeta l’initiative à 63,7%.
Je sais bien que dès que l’on écrit plus de trois lignes, on a peu de chances d’être lu, mais ceux qui ont risqué leurs yeux jusqu’ici pourraient se demander pourquoi j’ai pensé à cela ce week-end. La violence en France ? La 5ème crise pétrolière ?
Non, le déclencheur a été le fait d’oublier mon téléphone vendredi à Einsiedeln jusqu’à ce soir.
Alors, une idée saugrenue est apparue « Et si on imposait à tous une journée (24 heures) sans téléphone portable ou toute autre connexion à internet ? Et si on gravait des souvenirs à vie dans la mémoire de toute une génération, comme les dimanches sans voiture dans la mienne ? » Complètement insensé comme initiative, je vous l’accorde, mais je confesse avoir eu pas mal de temps ce week-end pour laisser courir la plume et oser de telles excentricités.
Au jour d’aujourd’hui, je ne crois pas vraiment au pouvoir de la manif, parce que malheureusement, comme on peut l’observer chez nos voisins français, les casseurs font oublier les vraies raisons de ces rassemblements. À mon avis, il est trop facile d’agiter des marionnettes en balançant des idées de violence et d’invitation au pillage sur les réseaux sociaux.
Dans mon métier, c’est un combat de tous les jours : apprendre aux jeunes à penser par eux-mêmes… Je voudrais qu’ils comprennent qu’ils n’ont pas besoin de consulter l’avis d’un influenceur avant de répondre à la question
« Et toi ? qu’est-ce que tu en penses ? »…
J’aimerais qu’ils connaissent le risque qu’ils encourent s’ils se contentent d’interroger l’intelligence artificielle. L’art du débat est ce que je préfère dans la langue française, puisque quand il est bien pratiqué il permet d’exposer ses arguments, d’écouter ceux des autres et de rétorquer quand on n’est pas d’accord. Une bataille de mots plutôt qu’une violence gratuite. N’est-ce pas le plus grand défi pour la jeunesse ?

