Quand on est chez les voisins Français et qu’on leur confesse son origine suisse romande, il y en a toujours un qui lancera la phrase Y’a pas l’feu au lac, avec cette inflexion traînante qui cherche à reproduire la lenteur des Suisses romands (ignorant que les Genevois parlent bien plus vite que les Vaudois). Est-ce pour les contrarier que l’on met le feu au lac de temps à autre ?
Le feu est lumière, chaleur, espoir, célébration, réconfort, cérémonie, souvenir, anniversaire, etc. Je pourrais continuer la liste longtemps tant la flamme a de symboles. Quand on se sent démuni et que l’on cherche à exprimer sa compassion, c’est souvent le seul geste possible : allumer une bougie. Quand on veut fêter le temps qui passe, c’est aussi la flamme d’une bougie que l’on voit briller dans les yeux de ceux qu’on aime.
Quand tout s’éteint, on se rend compte que le FEU n’est pas qu’une flamme. Dans ces moments-là, le plus difficile c’est de savoir comment rallumer l’étincelle.
L’air était frais ce matin-là, pourtant elle avait l’air heureuse. Elle chantonnait un air romantique. Hôtesse de l’air depuis une semaine, elle ne craignait plus les grands airs de l’inspectrice, elle venait d’entrer dans l’ère de sa nouvelle vie.
Le vent est un cri qui m’emporte quelque part. Le vent souffle mais je ne sais pas où je vais. Le vent tourne les pages du passé et m’emmène vers un ailleurs sur ses ailes.
L’AIR, quel étrange élément… impossible de le photographier, impossible de le toucher, et pourtant si on en manque trop longtemps, la mort nous attend.
Je me souviens de l’agitation autour de moi dans une salle de réveil après une opération. Quelqu’un me criait :
Respirez ! Respirez, sinon nous allons devoir vous remettre le masque à oxygène.
Je ne comprenais pas cet état de stress, je me sentais tellement bien, je n’avais pas envie de sortir de cette douceur. Depuis ce jour-là, j’ai toujours pensé que c’était à cela que devait ressembler le chant des sirènes, ce moment où l’on ne respire plus et qui nous donne l’impression de retrouver les sensations d’avant la naissance, de quand on ne respirait pas encore.
Notre adaptation à la vie aérienne est sans doute le premier traumatisme de la vie.
Quand j’étais enfant, un jour de grande chaleur, j’avais été remplir la cruche d’eau jusqu’à la fontaine du milieu du village. On disait que là-bas elle était plus fraiche. J’aime les fontaines, j’aime leur fraîcheur, leur murmure qui s’amplifie la nuit, signe de générosité.
L’eau bue dans la paume ou à même la source fait couler en nous le sel le plus secret de la terre et la pluie du ciel.
Quand mes enfants étaient petits, les jours d’été, dès qu’ils voyaient la pluie, ils voulaient aller courir sous la pluie en maillot de bain. C’était un plaisir de les accompagner et d’oser sauter avec eux dans les flaques d’eau. Moi aussi, j’ai toujours aimé sentir l’effet des gouttes de pluie sur la peau. Je vais encore courir quand il pleut, comme si la pluie sur ma tête avait le pouvoir de régénérer l’énergie et de laver les idées négatives.
La vie est comme un arc-en-ciel : il faut de la pluie et du soleil pour en voir les couleurs.
J’ai envie de parler de l’EAU cette semaine, peut-être parce qu’au Tessin les pluies se font rares ces derniers temps. Malgré cela, les rivières continuent de couler vers le lac Majeur. C’est une chance de vivre dans le pays que l’on surnomme le château d’eau de l’Europe. Le Rhône et le Rhin naissent en terre helvétique, l’un va vers le sud, l’autre vers le nord. Quand on l’écoute, l’eau nous raconte son voyage…
Comme les ruisseaux et les plantes, les âmes ont besoin de la pluie, mais d’une autre sorte : l’espoir, la foi, la raison de vivre. Sinon, même si le corps continue à vivre, l’âme dépérit.
Si tout part et retourne à la terre, je m’étonne que l’on porte autant d’intérêt aux poteries anciennes et se désintéresse de ce que notre génération laissera en héritage.
Tant que nous sommes ici-bas, c’est comme si nous étions dans la main du potier : si le vase tombe de ses mains, il peut y porter remède et le refaire.