Certains jours c’est difficile de choisir les mots, pourtant ils sont toujours là, enfermés dans de gros dictionnaires.
Certains jours c’est difficile de choisir les mots, pourtant ils sont toujours là, enfermés dans de gros dictionnaires.
Difficile de parler d’écriture sans jamais parler de grammaire. Heureusement, ce n’est pas l’objectif d’un atelier d’écriture. Pourtant là aussi, certains font preuve de créativité ; essayez de vous mettre ce rap dans la tête et vous me direz après s’il vous permet de résoudre l’épineux problème de l’accord des participes passés.
Allez, les vacances sont finies, le gazon a poussé, il est temps de reprendre la routine ! Une semaine sans internet, je suis rassurée, je ne suis pas intoxiquée. Cela m’a permis de réfléchir à l’écriture et à mon projet. Pourquoi cette envie de partager ma passion pour l’écriture et inviter les gens à écrire dans des ateliers d’écriture ? Je me rends compte que l’imagination n’est pas distribuée en parts égales à chaque individu. Faire se côtoyer des gens qui ont de l’orthographe (voire même une parfaite maîtrise de la langue) avec des gens rêveurs, qui ont été parfois traumatisés par l’école, mais qui sont capables de raconter des histoires étonnantes, voilà le défi qui m’intéresse. J’ai fait de nombreux métiers, mais je sais qu’on ne décide pas d’être écrivain avec la même légitimité que l’on décide de devenir architecte.
Aujourd’hui je veux dédier cette page à neuf protagonistes d’une belle aventure qui, je l’espère, n’est qu’à son début. Neuf femmes, chacune unique dans sa particularité et sa sensibilité, qui m’ont fait vivre un moment très spécial hier soir dans un des salons du charmant Casa Borgo à Locarno. Depuis l’automne passé, j’organise des ateliers d’écriture avec deux groupes, un en français et un en italien. Afin de tenter une expérience, j’ai proposé un atelier bilingue en réunissant les deux groupes. Unies dans un même élan d’écriture, chaque participante a partagé son jardin intérieur, les voix se sont alternées, tantôt en français, tantôt en italien, les objets autour de nous se sont animés. Quand, dans le silence presque monacal de l’acte d’écriture, une des participantes n’a plus réussi à étouffer son fou-rire (à cause de ce qu’elle était en train d’écrire) cela a été un magnifique cadeau pour l’animatrice que je suis. Toute l’assemblée a suivi le mouvement de son rire avant même d’entendre le texte. Voilà la magie de l’écriture, elle nous emmène sur les chemins de l’imaginaire et est capable de créer la surprise même dans l’esprit de l’auteur. Cette rencontre de deux cultures autour de l’écriture restera gravée dans ma mémoire comme un moment extraordinaire, MERCI.
Peut-on vivre d’une passion ? Mon interlocutrice me disait récemment que mes yeux brillaient alors que je parlais de mon projet d’atelier d’écriture. Pourtant, il y a des jours où la locomotive s’essouffle et voudrait atteindre une gare où les voyageurs choisiraient de partager son enthousiasme.
Qu’est-ce qui suscite l’envie d’écrire ? Est-ce que cela part du même endroit que l’envie de lire ? Quand je suis en voyage et que je ne vois personne avec un livre entre les mains, cela me rend triste, cela m’interroge, j’ai l’impression de nager à contre courant avec mon irréfrénable envie d’écrire. En attendant dans le hall de l’aéroport de Milan il y a une dizaine de jours, ne voyant autour de moi que des gens qui pianotaient sur leur téléphone portable, l’absence de l’objet livre dans le paysage m’a conduit à une étrange réflexion : une fois emprisonnés sur la page, les mots écrits sont-ils orphelins de leurs gestes ? Perdent-il de leur intensité ? C’est vrai c’est surprenant combien les Italiens ont besoin des mains quand ils parlent, moi aussi, même si ce n’est pas ma langue maternelle, je me suis surprise plus d’une fois en train de gesticuler quand je parle italien au téléphone.
C’est quoi Facebook exactement ? Soyons honnêtes, j’étais assez sceptique, c’est le prof du cours de Web marketing qui m’a convaincue de son utilité. Depuis le début du mois, je navigue en terres inconnues, j’apprends à facebooker, mais que de surprises. J’ai l’impression d’être entrée dans un pub où il y une immense foule, des anciennes connaissances du monde entier. Je salue les gens au passage, je rétablis le contact, j’aperçois certains de loin, on ne s’arrête jamais longtemps, la vie continue dans le village de la réalité. Les like sont comme des sourires échangés sur la plateforme, les images postées sont des moments de joie, mais surtout on s’écrit, on communique, ce sont les relations épistolaires des temps modernes.
Je peux dire ce que je veux, je ne trouverai jamais pourquoi on écrit et comment on n’écrit pas.
Marguerite Duras
Le pianiste a besoin de ses gammes pour s’échauffer, comme la gymnaste avant de monter sur la poutre. Aujourd’hui, je m’entraîne avec l’elevator pitch. Elle est sympa cette expression, je la visualise : je monte dans un ascenseur avec un investisseur potentiel, je lui présente mon projet, j’ai quinze secondes pour le convaincre.
Essai elevator pitch 1 :
J’organise des ateliers d’écriture créative que je qualifierais de vacances intelligentes. Durant un week-end ou une semaine, j’offre la possibilité de pratiquer une activité créative au sein d’un groupe, tout en découvrant la région de Locarno. Mon rôle d’animatrice est de donner un élan à chaque participant afin de stimuler son envie d’écrire et d’assurer un climat de bienveillance et d’écoute.
Ces quelques mots que j’ai griffonnés sur la page m’aident à comprendre l’effet bienfaisant de l’écriture. Ce voyage au pays des émotions, structuré dans le cadre d’un court texte, oblige à la réflexion, voilà pourquoi je l’ai proposé à des jeunes lycéens. Quand je posais la question :
chacun commençait par écrire la liste des écoles suivies depuis l’école maternelle jusqu’à la fin de l’école secondaire, et comme tous les étudiants venaient de la même région, cela avait un effet plutôt banal. La plupart finissaient par dire pour quelle équipe ils étaient supporters, et là encore je me lassais assez vite de leur obsession parfois maladive pour l’Ambri-Piotta, l’Inter ou de lire sur leur feuille le nom de Lionel Messi. J’ai donc proposé cet exercice sur leurs souvenirs. En les guidant vers leur enfance, je les aidais à marcher vers leur futur.
Après une semaine de promenade émotionnelle, je décide de me recentrer et de cesser cette dispersion linguistique pour ne parler sur ce blog plus que français ou italien. En effet, la motivation première de ce site est d’inviter de futurs participants à se lancer dans l’acte d’écriture afin qu’ils s’y sentent légitimes.
La mémoire du dégoût est plus grande que la mémoire de la tendresse !
Milan Kundera
C’est samedi, je ne suis pas censée blogger, mais je voulais terminer ce voyage au pays des émotions, je vous épargnerai cependant le texte sur le dégoût…