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Un sable étonamment noir

Moi qui aime bien aller voir ce qu’il y a au bout du bout, je crois que je vais m’arrêter là et m’asseoir un instant sur la plage qui s’étend à l’infini. Bercée par la symphonie continue des rouleaux, je contemple l’horizon. Mes poumons se souviendront de l’air que je respire. Mes orteils garderont en mémoire le velours noir de ce sable. Mon palais n’oubliera pas le goût salé de cette dernière baignade. 

Dans cette zone de la côte sud, l’âme de la communauté afro-caribéenne du Costa Rica s’impose. Ici s’établirent les ouvriers-jamaïcains venus au milieu du XIXème siècle pour construire la ligne ferroviaire. Puerto Viejo est une ville festive bien plus agitée que Manzanillo. Dans la rue, on propose des t-shirts Bob Marley et tout ce qui va avec la mode rasta. Vu le nombre de bars, et les petites odeurs dans les rues, cela semble plaire à ceux que nous appelions autrefois les baba-cool. La côte caraïbe est connue aussi pour son spécial « Rice and Beans » qui a un délicieux goût de noix de coco. J’ai trouvé une sympathique Colombienne qui loue des petits bungalows sur la plage et fait des délicieux arepas qui me ramène aux saveurs de la Colombie. 

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Du côte des Caraïbes

C’est la saison des pluies dans les Caraïbes, mais de toute façon c’est toujours très humide.

Quand mes enfants étaient petits, leur plaisir était que je leur donne la permission d’aller en maillot de bain sous la pluie. Alors j’ai fait comme eux hier pour éviter de me mouiller 😍. J’ai marché presque 20’000 pas (non je ne suis pas assez dingue pour les avoir comptés mais mon téléphone m’a félicitée quand je suis rentrée) sur le sable tantôt noir tantôt blanc, pour aller voir comment était le paysage au bout de la baie que j’apercevais.

Sur la plage, l’atmosphère était tellement mystique et solitaire qu’à un moment j’ai cru que j’allais voir débarquer Jack Sparrow et ses pirates des Caraïbes.

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Jolie rencontre

Voilà, j’ai terminé mon contrat à l’Alliance Française du Costa Rica, les ailes de la liberté m’ont conduites du côté des Caraïbes près de la frontière avec le Panama. J’ai rencontré cette élégante aigrette blanche hier soir sur la plage de Manzanillo. Comme un enfant elle attendait la vague et courait vers le rivage pour y échapper, sans même avoir peur de moi.

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Cher Chepe

Chepe = San José (la capitale du Costa Rica)

Cher Chepe,

Comment pourrais-je t’écrire une lettre d’amour, moi qui suis dans le désamour ? Alors je retourne là où tout commença, sur les lieux où je pris la première photo de toi. Quand j’arrive dans une nouvelle ville, j’adore m’y perdre, y marcher jusqu’à ce que mes pieds demandent grâce. Ce sont toujours vers les parcs, les zones vertes, que je m’oriente pour m’y reposer et poser mon regard sur les alentours. Ce jour-là, je m’arrêtai sur un banc en pierre dans le petit Parque Nacional. C’est de là que je photographiai ce haut bâtiment gris, ce bloc de béton sans fenêtre qui m’intriguait. Peu après, j’envoyai la photo à mes enfants pour leur montrer où j’avais atterri. Mon fils me demanda si c’était une prison. À l’époque j’ignorai encore que c’était le bâtiment où siégeait l’Assemblée Législative du Costa Rica. Je l’appris plus tard par mes étudiants du niveau 8 ; ils en parlaient à chaque fois qu’il fallait évoquer les endroits moches de leur ville. Ils proposaient des solutions pour végétaliser la grisaille et rendre la tour moins hostile. Comme moi, certains ne comprenaient pas pourquoi on avait construit une telle forteresse où abriter les politiques qui dirigent le pays. C’est autour de cette première image que je commençai la construction de ton ossature.

Un autre endroit encore plus critiqué ressortait à chaque session : la Coca Cola. La première fois cela m’a fait sourire, qu’avait cette grande marque américaine à voir avec toi ? Était-ce le sang qui circulait dans tes veines ? Les étudiants m’expliquèrent le démantèlement de l’usine et l’appropriation de la zone par le monde du voyage, gare routière vers de nombreuses destinations, zone malsaine qui pouvait décourager plus d’un voyageur en partance ou à son arrivée.

Je regrette aussi que les habitants déversent leurs ordures dans les boyaux de tes rues et que d’autres les éventrent pour découvrir quelques trésors oubliés. Cela donne une image de toi désolante.

Pardon, cher Chepe, de ne parler que de tes défauts, mais j’aimerais te faire réagir, tout cela n’est pas de ta faute. Pour nous autres les humains, on parle depuis quelques années de « relooking », peut-être est-ce de cela dont tu aurais besoin. Il ne s’agit pas de détruire une personne, mais de la mettre en valeur, de l’aider à se sentir fière et de lui faire découvrir quels sont ses charmes. Je crois que cela pourrait aussi fonctionner pour une ville. Comment ? Choisis-toi un bon coach. Quelqu’un qui t’aime et sache te faire briller. 

Ce qui m’inquiète, c’est que normalement je trouve toujours quelqu’un qui réussit à me faire aimer un lieu en me transmettant la passion avec laquelle il le regarde et en me le faisant voir sous un autre angle. Pourquoi un tel désamour ? Ici je n’ai trouvé personne, tous ceux qui habitent chez toi me parlent d’autres villes bien plus belles que toi. On évoque tes voisines Cartago, Heredia ou Alajuela, mais personne ne te préfère… c’est triste. Allez, trouve-toi un excellent coach qui te permettra de te faire un bon lifting de popularité.

Comme j’aime marcher, je voudrais des trottoirs moins défoncés, des chemins urbains qui offrent quelque chose qui ressemble à ce qu’il y a de plus beau dans ton pays : la nature. J’aimerais un endroit qui me fasse oublier les concerts de klaxons incessants, un espace d’où l’on n’aperçoit pas les lourds camions, ou les bus, qui traînent derrière eux de gros nuages noirs. Ce serait bien de ne plus entendre ces moteurs pétaradants installés sur des vélos. Comment peut-on inventer de telles horreurs dans un pays qui se dit écologique ? Et si le chant des oiseaux égayait tes rues, tes poumons ne seraient-ils pas en meilleur état ? Voilà ce qui ferait ta force et donnerait envie aux touristes de s’arrêter quelques nuits dans tes bras plutôt que de te fuir à peine leur avion atterri. 

Bien sûr, on a conservé quelques rares bâtiments qui ont du charme. Celui de l’Alliance Française en est un. Avant de commencer à y travailler, j’ignorais que la photo était trompeuse, je pensais qu’il s’agissait d’un quartier de style colonial. Il n’en est rien, puisque cette jolie construction à colonnade verte est coincée entre un parking sans âme et un carrefour à grand trafic. Bien sûr, je comprends que des buildings de vingt et un étages rapportent plus que cette petite maison coloniale… mais tout doit-il absolument avoir un rapport avec l’argent ?

Mon endroit préféré chez toi est le théâtre national. Même si la façade noircie ne paie pas de mine de l’extérieur, l’intérieur est un véritable joyau d’architecture. J’y sens battre ton cœur. Ce haut lieu culturel me fait rêver par tout ce qui a pu s’y jouer ou simplement pour l’amour du beau. Adorable aussi le petit café où j’y entends le susurrement de l’art dans toute sa splendeur.

Par contre, je trouve tellement dommage qu’on ait construit une si belle place de la Culture sans penser à y mettre un peu de verdure pour ombrager. Comme moi, tu préférerais certainement que les gens aient envie d’y flâner et de s’asseoir sur les bancs. Pourtant tout ce béton a l’effet d’une plaque de cuisson dès que le soleil y brille, alors que l’on souhaiterait y voir ton sourire. 

Ce qui m’intrigue le plus chez toi c’est ce train que l’on entend siffler de partout mais que personne ne prend. J’adore voyager en train. Si le voyage en bus est une contrainte, partir sur les rails est une promesse d’aventure. Dans ce pays où on prévoit un parc tout électrique pour 2050, pourquoi ne s’occupe-t-on pas du potentiel de ton système nerveux ? Le rail n’aurait-il pas le pouvoir de désengorger un trafic qui t’étouffe ? 

Je pourrais aussi parler du Marché Central, véritable labyrinthe aux allures de souk, ton cerveau peut-être, on y trouve de tout, mais dans cet endroit c’est moi qui y étouffe…

Voilà cher Chepe, j’espère que ma sincérité ne t’aura pas blessé. Je te souhaite de trouver un bon coach pour te relooker afin qu’on ne dise plus de toi que tu es la ville la plus laide du pays. Si c’est mon désir le plus secret, c’est parce qu’au fond de moi je crois que je t’aime un peu pour tout ce que tu ne montres pas. 

Amicalement, 

Anne-Lise

Et si vous préférez la version audio…

https://soundcloud.com/alianzafrancesacr/cher-chepe?si=5bb3b48b9fef437c8fd5c9f74d7338d5&utm_source=clipboard&utm_medium=text&utm_campaign=social_sharing

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La métamorphose

S’il y a une création de la nature qui me fascine c’est bien la métamorphose de la chenille en papillon. Cette transformation, ou cette renaissance si vous préférez, est le symbole même de l’évolution. Déjà enfant, j’étais ébahie devant ce phénomène et me demandais, un peu naïvement, comment ce minuscule animal comprenait qu’il devait s’enfermer dans ce petit cocon obscur. J’aurais aussi voulu savoir s’il imaginait déjà en quoi il allait se métamorphoser.

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Question de point de vue

Tout n’est-il pas qu’une simple question de regard ? Un point de vue ou un angle particulier ? J’aime la photographie, mais je n’aime pas les Selfie, le regard est toujours le même… 

Le Costa Rica s’apprête à élire un nouveau président et ce ne sont pas moins de 25 candidatures qui tapissent le paysage politique du pays. Ce week-end, les klaxons étaient encore plus nombreux dans les rues et les couleurs des drapeaux des différents partis (ou candidats) flottaient aux fenêtres de longs cortèges de voitures. On prépare le premier tour électoral du week-end prochain. Impossible pour moi de connaître le point de vue de chaque candidat, je n’aime pas assez la politique pour cela, mais cela m’intrigue, pourquoi autant de personnes pensent avoir la solution idéale pour son pays ? N’est-ce pas aussi un peu comme cela du côté de chez les Gaulois ? Quand j’aperçois le drapeau bleu et rouge, c’est au Tessin que je pense, mais ici il représente un parti politique, j’ignore la couleur de leurs idées…

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Ah l’aventure !

J’accepte la grande aventure d’être moi.

Simone de Beauvoir (Cahiers de jeunesse)

J’irai au bout du monde assise dans un kayak. Bon c’est vrai que quand on connaît des gens dans tous les coins du monde, le bout du monde n’existe plus. Toutes ces expressions ne sont-elles pas un peu ridicules puisque qu’il n’y a ni extrémité ni coin dans cette grande boule ?

Cela n’empêche que l’aventure m’attire quand je peux pagayer, comme si elle réveillait mon cœur de Pocahontas. Surprendre un oiseau sur sa branche, se laisser glisser sous les arbres, explorer jusqu’à ce que la végétation stoppe la frêle embarcation, écouter une nature intacte, oser aller là où personne ne va, se laisser bercer par le calme des lieux… J’adore.

Et quand nous revenons à la base navale, je me laisse surprendre d’autant de différences entre les êtres humains, puisque le plaisir d’autres est de partir assis sur un scooter des mers (même si nous sommes sur un lac) en écoutant de la musique à fond et la puissance du moteur, sans oublier d’emmener quelques bières pour que le moment ressemble à un vrai moment de bonheur.