Français

La vie c’est plus marrant en chantant

Allez, c’est lundi, on s’assied à la rame et on reprend le rythme ! Je n’ai jamais compris si l’intensité du brouillard dépendait de l’intensité du week-end ; et comme je suis rentrée tard cette nuit de mon sixième week-end de formation à Paris, j’ai toutes les raisons d’avoir la tête prise dans les nuages. Peu importe, avec le temps on apprend à devenir stratégique, c’est à chaque fois un recommencement. J’ai assez fait de publicité la semaine dernière pour la poste, j’ai envie que cette semaine soit musicale : une chanson par langue. Est-ce qu’on chante encore dans les chaumières ? J’ai toujours aimé chanter, j’ai même fait partie du « Petit Chœur » dans mon collège, j’avais une jolie jupe plissée et un chemisier blanc. Aujourd’hui, je chante seule, dans ma cuisine (Merci Option Musique !) ou dans l’habitacle insonorisé de ma voiture. Incroyable tout de même le pouvoir d’une chanson, les fenêtres s’ouvrent dans la mémoire et projettent des scènes de vie, comme au cinéma.

Je vais donc partager avec vous le voyage linguistique des chansons qui trottent dans ma tête. J’aurais pu choisir La Bohème, de Charles Aznavour, puisque c’est la seule que j’ai chantée avec un micro dans les mains, pourtant je choisirai San Francisco, de Maxime Leforestier. Depuis aussi loin que remontent mes souvenirs, cette maison bleue m’a toujours emmenée en voyage. Je n’ai jamais envié les années hippies, cependant la ville de San Francisco est accrochée à mon esprit, comme un lieu de respiration intense. Ce sont des fragments de vie qui viennent du passé et qui sont sans cesse ravivés par le présent, la preuve en est, la semaine dernière j’ai entendu Maxime Leforestier à la radio, il nous rappelait l’odyssée de cette chanson. Il y a aussi l’histoire d’un de mes anciens étudiants, un jeune homme qui ne démontrait aucun intérêt pour l’apprentissage du français. Il arrivait fréquemment en retard et inventait à chaque fois des excuses rocambolesques. En classe, il perturbait sans cesse le cours. Un jour, j’ai proposé une activité sur la chanson San Francisco. Cette musique a eu l’effet d’un petit miracle sur lui. Depuis ce jour-là, il est devenu assidu en classe. Un matin, il m’a arrêtée au milieu des escaliers. Il m’a tendu un de ses écouteurs, il voulait que j’entende la musique qu’il se repassait en boucle. Il avait téléchargé la chanson San Francisco et la chantait à tue-tête sur son scooter. Pendant le cours, il chantonnait sans cesse, me ramenant à l’image de cette maison bleue adossée à la colline et à tout ce qu’évoquait la liberté de San Francisco. Je m’y revoyais dans les rues, sur les collines, la petite école où j’enseignais, j’y respirais le souffle du Pacifique. Le jeune homme, qui avait des capacités intellectuelles, était simplement un grand paresseux. Cette chanson avait réveillé quelque chose en lui et sans devenir le meilleur de la classe, il a commencé à étudier, il voulait me montrer de quoi il était capable. Pourquoi la chanson de Maxime le Forestier a-t-elle eu cet effet sur lui, plus de cinquante ans après sa création ? Je l’ignore, mais j’en ai encaissé les bénéfices.

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