Allez, je m’attarde encore un instant pour profiter du calme et de la sérénité de ce lieu empreint d’histoire.
Pour les Cham (ils sont encore environ 160’000 sur les côtes vietnamiennes), les danses ont une symbolique très importante. C’est le fruit de l’interférence entre le monde réel et supranaturel. Avec les différentes danses, ils implorent les génies pour qu’ils leur apportent la paix, la santé et un temps clément pour des récoltes abondantes.
Il reste quatre tours sur les dix tours Chams de Po Nagar (dédiées à la déesse Yan Po Nagar) à Nha Trang. C’est un patrimoine historique national.
Alors que je suis en train d’écrire, assise sur un petit muret d’où j’observe cette architecture surprenante, une musique provenant de derrière la tour de l’ouest invite à la méditation.
Le royaume du Champa était jadis un état de culture hindouiste, c’est le seul témoignage d’une civilisation disparue dans les tourbillons de l’histoire. En observant la résistance de telles constructions au-delà des siècles, que ce soit pour les temples Mayas, Incas, les Pyramides d’Égypte ou autres, je me demande comment des civilisations aussi puissantes ont pu disparaître.
N’est-ce pas là un signe pour nous rappeler la fragilité de ce que l’on croit voué à une constante croissance et destiné à ne jamais disparaître ?
Selon certains chercheurs, les Cham pourraient descendre de navigateurs malayo-polynésiens provenant de Bornéo et leur langage ressemblait à celui d’une région de Sumatra… ce qui explique pourquoi la musique que j’entends (tam-tam et flûte) me rappelle les sonorités de Bali.
Le royaume du Champa contrôlait le commerce maritime des épices et de la soie entre la Chine, l’Inde, les îles indonésiennes et l’empire abbasside de Bagdad, mais à partir de l’an 1000, il entra dans une lente décadence. De nombreux conflits grignotèrent petit à petit leur territoire. En 1471, ils subirent une défaite fatale face aux Vietnamiens et 120’000 hommes furent tués ou capturés. Le royaume se réduisit alors à la petite enclave de Nha Trang où l’on peut voir aujourd’hui ces quatre tours dans un état de conservation impressionnante. En 1822, après la mort de Gia Long, le réunificateur du Vietnam et fondateur de la dynastie impériale des Nguyên, son fils, Minh Mang, annexa définitivement le Champa. Encore une fois, je remarque combien l’histoire de ce pays est une longue succession de conflits entre des peuples venus de toute part. Cela explique aussi pourquoi le Vietnam recense pas moins de 54 ethnies différentes sur son territoire.
Vu que la ville balnéaire de Nha Trang me faisait plus penser à la longue avenue de Miami le long de la plage, quelle n’a pas été ma surprise d’y découvrir des vestiges de la civilisation Cham aujourd’hui disparue. Probablement à cause de l’aspect spirituel de l’hindouisme, cela m’a rappelé quelques similitudes avec le Népal. Le royaume du Champa s’étendait le long du littoral au centre du Vietnam du IV au XIIème siècle. Alors, je me suis laissé surprendre en m’imprégnant de la douce quiétude des lieux et j’y suis restée jusqu’à la fermeture.
Allez, je vous emmène à la plage, puisque que c’est de là que je reviens. Finalement heureusement que je n’ai pas deux jours de congé consécutifs car chaque fois que cela m’arrive mes ailes se déploient et l’envie de partir à l’aventure me titille.
Fin de la 2ème session, ce qui m’offre un week-end sans cours enfants et adolescents. Et comme mes jours de congé sont le vendredi et le lundi, vous imaginez la veine, on dirait des vacances ! Départ donc pour Nha Trang pour une orgie de ciel bleu.
Une des choses qui frappent l’œil quand on arrive à Hanoï c’est l’étroitesse des maisons. Et c’est encore plus surprenant quand on observe le même phénomène là où l’espace de construction est pourtant plus généreux. Il y a une explication à ce choix architectural. Depuis le XIXème siècle, au temps de la dynastie des Nguyen, la taxe foncière se calculait selon le nombre de mètres linéaires de la façade donnant sur la rue. Cela explique pourquoi les maisons sont toutes étroites et en profondeur.
Le Fort du Canon de Cat Ba a été construit en 1940 par les Japonais qui occupaient l’île. Ils y ont creusé des tunnels et des fossés. Les fondations avaient été posées par les colons français vers 1938. Jusqu’en 1975, la forteresse a été utilisée, soit pendant la deuxième guerre mondiale, la première guerre d’Indochine et la guerre du Vietnam, principalement comme forteresse défensive. Il s’agissait d’un emplacement stratégique idéal permettant de contrôler la baie d’Ha Long et la côte du nord du Vietnam, utilisé successivement par les Japonais, les Français et les Viêt-Cong.
Tout au long de mon escalade de la colline menant au Fort du Canon, j’étais escortée par des centaines de papillons aux longues ailes multicolores. Cet insecte me fascine par sa légèreté et le symbole de transformation qu’il représente. Alors je m’obstine à essayer de les photographier, même si la photo ne leur rend pas toute leur splendeur. En voir autant dans un lieu qui autrefois était un point important sur le plan militaire, m’a fait comprendre ce que signifiait le mot PAIX dans un pays si longtemps ravagé par la guerre.
Cette pétole de joie placée sur mon chemin a réjoui mon regard. Elle avait le courage et la curiosité de la chèvre de monsieur Seguin, mais heureusement le loup n’était pas sur la montagne et sa mère veillait à distance.
Quelle chance ! Enfin un week-end de congé ! Je viens de rentrer d’une escapade du côté de l’île de Cat Ba, la plus grande des 1969 îles de la région d’Ha Long, me voici rechargée d’énergie par la lumière de l’ailleurs.
Voilà que je deviens aussi silencieuse que mes étudiants. Oui, je l’avoue, même après une année au Vietnam, le lourd silence de ces étudiants que l’on interroge et qui ne répondent pas me met mal à l’aise. On dirait presque que l’acte de parole est un risque, une mise à nu interdite. Il faut de l’énergie et j’ai appris à me contenter de petits progrès.
Parlons plutôt de mon long silence, de cette perte d’envie de bavarder à l’écrit. Vous me connaissez, mon langage est toujours celui de la sincérité. Je n’ai pas peur d’oser dire la vérité. Alors voici la raison de cette paralysie créative.
Fr. 202,05… Quel est donc ce chiffre que je ne digère pas ?
Bien sûr que je savais que 5 % sur 29 francs ne promettait pas une fortune, mais quand j’ai connu le montant correspondant aux droits d’auteur pour les 143 copies vendues par mon éditeur en 8 mois, cela a été un choc.
Repensant au long parcours solitaire, aux interminables recherches, aux moments de doutes, de découragement et d’espoir… la seule question qui me hantait était « Tout ça pour ça ? »
J’ai alors été assaillie par toutes les émotions négatives dont mon cerveau a le secret. D’abord déçue, dégoûtée, puis honteuse, après je partais vers la tristesse avant d’osciller vers la colère avec quelques pointes de jalousie, ensuite s’entremêlaient quelques instants d’angoisse, de peur de ne pas être à la hauteur, il y avait même comme une douleur physique, et ensuite je recommençais le cercle de ce tourbillon émotif.
Voyant mon désarroi, ma fille a demandé
Ça aurait été mieux de ne pas publier ?
Et la question a bien sûr eu son effet.
Alors je me suis souvenue de mon émotion préférée la JOIE. J’ai réécouté quelques conférences du philosophe Frédéric Lenoir sur le sujet pour me rassurer et retrouver mes convictions. Ainsi un matin, une petite fleur sur mon chemin m’a offert sa beauté et ramenée sur la route de l’éternelle optimiste que je suis, parce que malgré les cailloux semés sur les sentiers parcourus j’ai toujours choisi de dire oui à la vie.
Et me voilà repartie avec cette conviction dictée par deux grands philosophes.
Si vous voulez être MALHEUREUX, comparez-vous et vous trouverez toujours quelqu’un qui a quelque chose de plus que vous – Sénèque
Le BONHEUR c’est de continuer à désirer ce qu’on possède déjà – Saint Augustin
Quel que soit l’endroit où vous êtes à Hô Chi Minh, vous la voyez :
Voici la plus haute tour du Vietnam d’une hauteur de 461 mètres, le gratte-ciel Landmark 81. L’idée de l’architecte était de reproduire l’image du bambou qui pousse au bord de l’eau. Il paraît que son centre commercial est une adresse de shopping très animée et que tout là-haut un système de verre transparent permet aux visiteurs de jouis d’une vue époustouflante, de jour comme de nuit. Si vous avez envie d’investir dans l’immobilier, vous y trouverez des appartement de luxe (5 ou 6 étoiles) d’une superficie de 400 mètres carrés.
Je n’y suis pas montée, l’eau m’attire plus que le béton, j’ai préféré une promenade sur la rivière Saïgon.