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Cher Chepe

Chepe = San José (la capitale du Costa Rica)

Cher Chepe,

Comment pourrais-je t’écrire une lettre d’amour, moi qui suis dans le désamour ? Alors je retourne là où tout commença, sur les lieux où je pris la première photo de toi. Quand j’arrive dans une nouvelle ville, j’adore m’y perdre, y marcher jusqu’à ce que mes pieds demandent grâce. Ce sont toujours vers les parcs, les zones vertes, que je m’oriente pour m’y reposer et poser mon regard sur les alentours. Ce jour-là, je m’arrêtai sur un banc en pierre dans le petit Parque Nacional. C’est de là que je photographiai ce haut bâtiment gris, ce bloc de béton sans fenêtre qui m’intriguait. Peu après, j’envoyai la photo à mes enfants pour leur montrer où j’avais atterri. Mon fils me demanda si c’était une prison. À l’époque j’ignorai encore que c’était le bâtiment où siégeait l’Assemblée Législative du Costa Rica. Je l’appris plus tard par mes étudiants du niveau 8 ; ils en parlaient à chaque fois qu’il fallait évoquer les endroits moches de leur ville. Ils proposaient des solutions pour végétaliser la grisaille et rendre la tour moins hostile. Comme moi, certains ne comprenaient pas pourquoi on avait construit une telle forteresse où abriter les politiques qui dirigent le pays. C’est autour de cette première image que je commençai la construction de ton ossature.

Un autre endroit encore plus critiqué ressortait à chaque session : la Coca Cola. La première fois cela m’a fait sourire, qu’avait cette grande marque américaine à voir avec toi ? Était-ce le sang qui circulait dans tes veines ? Les étudiants m’expliquèrent le démantèlement de l’usine et l’appropriation de la zone par le monde du voyage, gare routière vers de nombreuses destinations, zone malsaine qui pouvait décourager plus d’un voyageur en partance ou à son arrivée.

Je regrette aussi que les habitants déversent leurs ordures dans les boyaux de tes rues et que d’autres les éventrent pour découvrir quelques trésors oubliés. Cela donne une image de toi désolante.

Pardon, cher Chepe, de ne parler que de tes défauts, mais j’aimerais te faire réagir, tout cela n’est pas de ta faute. Pour nous autres les humains, on parle depuis quelques années de « relooking », peut-être est-ce de cela dont tu aurais besoin. Il ne s’agit pas de détruire une personne, mais de la mettre en valeur, de l’aider à se sentir fière et de lui faire découvrir quels sont ses charmes. Je crois que cela pourrait aussi fonctionner pour une ville. Comment ? Choisis-toi un bon coach. Quelqu’un qui t’aime et sache te faire briller. 

Ce qui m’inquiète, c’est que normalement je trouve toujours quelqu’un qui réussit à me faire aimer un lieu en me transmettant la passion avec laquelle il le regarde et en me le faisant voir sous un autre angle. Pourquoi un tel désamour ? Ici je n’ai trouvé personne, tous ceux qui habitent chez toi me parlent d’autres villes bien plus belles que toi. On évoque tes voisines Cartago, Heredia ou Alajuela, mais personne ne te préfère… c’est triste. Allez, trouve-toi un excellent coach qui te permettra de te faire un bon lifting de popularité.

Comme j’aime marcher, je voudrais des trottoirs moins défoncés, des chemins urbains qui offrent quelque chose qui ressemble à ce qu’il y a de plus beau dans ton pays : la nature. J’aimerais un endroit qui me fasse oublier les concerts de klaxons incessants, un espace d’où l’on n’aperçoit pas les lourds camions, ou les bus, qui traînent derrière eux de gros nuages noirs. Ce serait bien de ne plus entendre ces moteurs pétaradants installés sur des vélos. Comment peut-on inventer de telles horreurs dans un pays qui se dit écologique ? Et si le chant des oiseaux égayait tes rues, tes poumons ne seraient-ils pas en meilleur état ? Voilà ce qui ferait ta force et donnerait envie aux touristes de s’arrêter quelques nuits dans tes bras plutôt que de te fuir à peine leur avion atterri. 

Bien sûr, on a conservé quelques rares bâtiments qui ont du charme. Celui de l’Alliance Française en est un. Avant de commencer à y travailler, j’ignorais que la photo était trompeuse, je pensais qu’il s’agissait d’un quartier de style colonial. Il n’en est rien, puisque cette jolie construction à colonnade verte est coincée entre un parking sans âme et un carrefour à grand trafic. Bien sûr, je comprends que des buildings de vingt et un étages rapportent plus que cette petite maison coloniale… mais tout doit-il absolument avoir un rapport avec l’argent ?

Mon endroit préféré chez toi est le théâtre national. Même si la façade noircie ne paie pas de mine de l’extérieur, l’intérieur est un véritable joyau d’architecture. J’y sens battre ton cœur. Ce haut lieu culturel me fait rêver par tout ce qui a pu s’y jouer ou simplement pour l’amour du beau. Adorable aussi le petit café où j’y entends le susurrement de l’art dans toute sa splendeur.

Par contre, je trouve tellement dommage qu’on ait construit une si belle place de la Culture sans penser à y mettre un peu de verdure pour ombrager. Comme moi, tu préférerais certainement que les gens aient envie d’y flâner et de s’asseoir sur les bancs. Pourtant tout ce béton a l’effet d’une plaque de cuisson dès que le soleil y brille, alors que l’on souhaiterait y voir ton sourire. 

Ce qui m’intrigue le plus chez toi c’est ce train que l’on entend siffler de partout mais que personne ne prend. J’adore voyager en train. Si le voyage en bus est une contrainte, partir sur les rails est une promesse d’aventure. Dans ce pays où on prévoit un parc tout électrique pour 2050, pourquoi ne s’occupe-t-on pas du potentiel de ton système nerveux ? Le rail n’aurait-il pas le pouvoir de désengorger un trafic qui t’étouffe ? 

Je pourrais aussi parler du Marché Central, véritable labyrinthe aux allures de souk, ton cerveau peut-être, on y trouve de tout, mais dans cet endroit c’est moi qui y étouffe…

Voilà cher Chepe, j’espère que ma sincérité ne t’aura pas blessé. Je te souhaite de trouver un bon coach pour te relooker afin qu’on ne dise plus de toi que tu es la ville la plus laide du pays. Si c’est mon désir le plus secret, c’est parce qu’au fond de moi je crois que je t’aime un peu pour tout ce que tu ne montres pas. 

Amicalement, 

Anne-Lise

Et si vous préférez la version audio…

https://soundcloud.com/alianzafrancesacr/cher-chepe?si=5bb3b48b9fef437c8fd5c9f74d7338d5&utm_source=clipboard&utm_medium=text&utm_campaign=social_sharing

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La métamorphose

S’il y a une création de la nature qui me fascine c’est bien la métamorphose de la chenille en papillon. Cette transformation, ou cette renaissance si vous préférez, est le symbole même de l’évolution. Déjà enfant, j’étais ébahie devant ce phénomène et me demandais, un peu naïvement, comment ce minuscule animal comprenait qu’il devait s’enfermer dans ce petit cocon obscur. J’aurais aussi voulu savoir s’il imaginait déjà en quoi il allait se métamorphoser.

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Question de point de vue

Tout n’est-il pas qu’une simple question de regard ? Un point de vue ou un angle particulier ? J’aime la photographie, mais je n’aime pas les Selfie, le regard est toujours le même… 

Le Costa Rica s’apprête à élire un nouveau président et ce ne sont pas moins de 25 candidatures qui tapissent le paysage politique du pays. Ce week-end, les klaxons étaient encore plus nombreux dans les rues et les couleurs des drapeaux des différents partis (ou candidats) flottaient aux fenêtres de longs cortèges de voitures. On prépare le premier tour électoral du week-end prochain. Impossible pour moi de connaître le point de vue de chaque candidat, je n’aime pas assez la politique pour cela, mais cela m’intrigue, pourquoi autant de personnes pensent avoir la solution idéale pour son pays ? N’est-ce pas aussi un peu comme cela du côté de chez les Gaulois ? Quand j’aperçois le drapeau bleu et rouge, c’est au Tessin que je pense, mais ici il représente un parti politique, j’ignore la couleur de leurs idées…

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Ah l’aventure !

J’accepte la grande aventure d’être moi.

Simone de Beauvoir (Cahiers de jeunesse)

J’irai au bout du monde assise dans un kayak. Bon c’est vrai que quand on connaît des gens dans tous les coins du monde, le bout du monde n’existe plus. Toutes ces expressions ne sont-elles pas un peu ridicules puisque qu’il n’y a ni extrémité ni coin dans cette grande boule ?

Cela n’empêche que l’aventure m’attire quand je peux pagayer, comme si elle réveillait mon cœur de Pocahontas. Surprendre un oiseau sur sa branche, se laisser glisser sous les arbres, explorer jusqu’à ce que la végétation stoppe la frêle embarcation, écouter une nature intacte, oser aller là où personne ne va, se laisser bercer par le calme des lieux… J’adore.

Et quand nous revenons à la base navale, je me laisse surprendre d’autant de différences entre les êtres humains, puisque le plaisir d’autres est de partir assis sur un scooter des mers (même si nous sommes sur un lac) en écoutant de la musique à fond et la puissance du moteur, sans oublier d’emmener quelques bières pour que le moment ressemble à un vrai moment de bonheur. 

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Passion chocolat ?

Guidés par notre passion pour le chocolat, nous voici immergés dans une ferme où on en produit de manière artisanale. Nous commençons par visiter la finca de Don Juan, le premier à avoir cultivé le cacao sur les terres volcaniques de l’Arenal. C’est toujours intéressant d’écouter les gens passionnés par ce qu’ils font. Le guide réussit même à nous faire aimer les moustiques, acteurs de la pollinisation de certaines plantes. Il nous montre à quoi ressemble l’arbre sur lequel on trouve la vanille (le fruit d’une orchidée) et nous fait comprendre sa valeur ; il gratte un peu la tige d’une plante pour nous aider à reconnaître l’odeur de la cannelle ; il ouvre devant nous le fruit du cacao et nous donne à sucer quelques fèves. Je regarde ma fille pour voir si cela éveille en elle un lointain souvenir, puisqu’elle aimait sucer ce genre de bonbon quand elle était petite et que nous vivions en Colombie. Non, les souvenirs sont trop lointains.

Nous écoutons avec attention toutes les explications et admirons la plantation qui ressemble plus à un immense jardin qu’à un champ. Je suis sous le charme des nombreux colibris qui profitent de cette diversité abondante.

Puis vient enfin l’atelier chocolat où nous allons fabriquer nos propres chocolats. Que se passe-t-il quand trois petits Suisses se mettent à fabriquer du chocolat au Costa Rica ? Disons que je préfère faire confiance aux spécialistes. Si ma fille était assez contente du sien, le mien était tellement amer que je ne l’ai pas encore tout mangé. C’est probablement une question de dosage, mais celui au fruit de la passion que j’ai acheté dans la boutique n’avait aucun point de comparaison avec ma petite cuisine. 

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Le pont des crocodiles

J’avais déjà passé plusieurs fois sur ce pont, mais ce jour-là j’ai compris pourquoi il y avait souvent des embouteillages à cet endroit et pourquoi les gens s’y arrêtaient. Ce que je n’ai pas compris par contre c’est comment ils faisaient pour qu’il y ait toujours autant de crocodiles juste en-dessous du pont. Est-ce qu’on y lance de temps en temps quelques touristes trop agressifs pour nourrir ces grosses bêtes ?