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Mercredi 30 octobre : Bhai Tika

Mercredi 30 octobre : Bhai Tika – Le cinquième jour est celui de la Bhai Tika, la cérémonie que tout le monde attend avec impatience. Les sœurs ainées (Didi) apposent la tika (un mélange de yaourt et de couleurs spécifiques à ce festival) sur le front de leurs frères cadets (Bhai), en leurs offrant des bénédictions. Elles prient Yama pour la croissance, la prospérité et la longévité de leurs benjamins.

Toutes les maisons du pays sont illuminées et décorées avec des bougies, des lampes à huile et des guirlandes électriques. Le Stupa de Swayambunath offre une vue imprenable sur un Katmandou brillant de mille feux. Il est traditionnel d’aller de maison en maison chanter les bénédictions de Tihar, pour lesquelles les habitants de la maison offrent de l’argent. En dépit de l’interdiction gouvernementale des pétards et des feux d’artifice remplissent le ciel.

Là-haut sur la colline

On oublie les épines

Le chevreuil dans le pré

Illumine ma journée

Un oiseau sur la branche

Une joie en moi déclenche

Le vent caresse les feuilles

Je m’arrête sur le seuil

Pour un dernier regard

C’est l’instant du départ

Prenant dans mon bagage

Un conseil de grand sage

 

Never reply when you are angry.

Never make promise when you are happy.

Never make a decision when you are sad.

oznorTO

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Lundi 28 octobre Gai Tihar

Lundi 28 octobre Gai Tihar – Le troisième jour célèbre Gai Tihar et Laxmi Puja. Lors de cette journée, on dédie des prières et on offre de la nourriture à la vache (Gai), symbole de Laxmi. On prie également la déesse à laquelle on offre une Puja (offrande) sophistiquée le soir. Chacun trace devant sa maison un chemin avec des poudres de couleurs, pour que Laxmi trouve l’entrée du foyer. Les portes et les fenêtres restent ouvertes pour elle. Et pour mieux attirer son attention, on place des rangées de lampes le long des fenêtres et des portes.

Voilà trois mois aujourd’hui que j’ai atterri dans ce pays si différent du mien. Pour marquer ce passage, je me suis retirée quelques jours dans ce monastère bouddhiste. Je respire et me ressource dans cette nature qui me rappelle que je la vénère plus que n’importe quelle religion.

Alors que s’installe déjà une certaine routine monastique, rythmée par les repas et la prière de l’après-midi, je prends le temps pour une réflexion sur ce premier trimestre. Heureusement, aujourd’hui je n’ai plus ces crises de découragement qui, au début, me donnaient envie de quitter le pays. Mes expériences passées m’ont aidée à m’adapter à toutes les situations, cela va mieux aujourd’hui, surtout depuis que j’ai les ailes de Scooty. Je m’étonne cependant, alors que j’ai toujours eu comme priorité d’apprendre la langue du lieu où je résidais, de n’avoir pas réussi à apprendre plus de trois mots de népalais (et encore le Namaste je le savais déjà avant de partir). Il faut dire que c’est compliqué. J’enseigne le français dans une école indienne où la langue de communication devrait être l’anglais (un anglais que je ne comprends pas toujours tant l’accent de certains est prononcé), de plus je ne suis pas capable de reconnaître si mes collègues (ou les élèves) parlent le hindi ou le népalais entre eux. Dans ce monastère, les prières sont dites en tibétain, mais je ne sais pas dans quelle langue les moines communiquent entre eux. Dans le quartier où j’habite ils parlent le newari et je sais seulement dire bonjour avec un mot qui sonne comme Jojo Lapin. Je dirais que pour apprendre une langue le facteur le plus important est celui de la motivation, l’envie de communiquer. En observant la vie de ces moines, qui jamais ne cherchent à communiquer avec nous, je me rends compte que c’est aussi pour cela que je ne suis pas motivée à apprendre la langue. Dans ce pays, je rencontre très peu de gens curieux de l’autre, je me sens rarement accueillie quelque part, beaucoup observée, mais sans jamais savoir ce que pensent vraiment les gens. Même dans le petit supermarché où je fais mes courses, on ne nous dit ni bonjour ni au revoir. On ne peut leur en vouloir pour cette nonchalance, c’est ainsi partout. Même le merci n’est pas un mot que l’on prononce beaucoup. Par exemple, quand un élève a son anniversaire (il a le droit de venir à l’école sans être vêtu de l’uniforme) il apporte généralement un sac rempli de douceurs (bonbons, biscuits ou chocolats) qu’il distribue (même aux professeurs) et bien figurez-vous que j’ai beau tendre l’oreille je n’entends pas les merci. Les codes ne sont pas les mêmes, il faut du temps pour les apprendre et les comprendre.

Allez, la brume se lève, je vais bouger un peu…

rhdr

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Un repas pas comme les autres

Le repas est servi à 19 heures dans le bâtiment blanc, mais comme je ne sais pas où aller, je repère un couple d’Occidentaux et les suis. Le premier réflexe serait de prendre une photo, mais heureusement ici aussi c’est interdit. La scène qui s’offre à mes yeux est spectaculaire et, je vous l’avoue, un peu flippante. Comme dans le monastère, nous avons dû enlever nos chaussures (cette fois j’avais prévu et enfilé des chaussettes dans mes sandales car dès que la nuit tombe la fraîcheur s’installe). Il doit y avoir plus de deux cents moines dans cette grande salle, alignés par douzaine à leur pupitre. La dizaine de visiteurs que nous sommes s’asseyent  également en tailleur derrière des pupitres identiques sur le côté. Le regard droit, j’observe les moines, tous vêtus de leur robe rouge bordeaux. Certains sont encore de jeunes enfants (il y a une école pour les moines dans le monastère qui compte plus de 70 élèves, de la 1ère à la 9ème année, et 12 enseignants, qui sont tous des moines). Ils récitent quelques mantras, créant un brouhaha impressionnant dans cette salle à manger qui ne ressemble à aucun lieu que j’ai connu. Pendant ce temps, on nous distribue une assiette en métal. Deux moines passent avec un gros panier chargé de pains qui n’ont pas l’air complètement cuits, un autre les suit avec un bidon en fer et nous sert une louche de pommes de terre avec des légumes. Je suis rassurée quand je vois arriver une cuiller, car j’avais peur de devoir manger avec les doigts (c’est plutôt liquide). Quand on voit les moines (habitués au rituel) avaler la première bouchée, on peut manger. Je retrouve avec plaisir le goût de coriandre qui me rappelle les sapeurs culinaires de la  Colombie. C’est délicieux… Je mange lentement pour être occupée le plus longtemps possible.

Namobuddha Monastery School

Namobudda

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Samedi 26 octobre

Samedi 26 octobre – Kag Tihar – vénère les corbeaux, les messagers de la mort informateurs de Yama – on leur offre du riz

Guest House du Monastère de Namobuddha : Assise sur un vieux banc à la peinture blanche écaillée, je contemple le panorama depuis la terrasse. Un corbeau croasse, un autre lui répond. Savent-ils qu’on les célèbre aujourd’hui ? Une chèvre bêle, un coq chante, un bruit de moteur en contrebas sur la route cabossée et poussiéreuse. Le soleil caresse encore les sommets enneigés, le soir tombe…

Ça y est Scooty m’a amenée à destination… j’avais pris une bonne marge de temps, pour avoir le temps de me perdre (ce qui n’a pas manqué) car il faut parfois se perdre pour mieux se retrouver. Le dernier bout de route était plutôt sportif et les ornières profondes (presque à me faire regretter la Yamaha enduro de ma jeunesse), mais j’y suis arrivée.

Cela semble irréel d’être dans un tel calme à moins de quarante kilomètres de chez moi (Ok j’en ai fait un peu plus, mais Google Maps disait 37,5 km depuis la maison).

Je viens d’assister à la prière de l’après-midi au monastère. Les visiteurs ont le droit de s’asseoir sur les côtés et de participer à la cérémonie. Observer et écouter tous ces moines, assis en tailleur devant leur pupitre coloré, me plonge dans l’atmosphère du bouddhisme tibétain. Ils prient, ils chantent, ils boivent, ils mangent, ils parlent, ils font danser leur main, et… surprise… on nous offre aussi du gâteau. Les longues trompettes ont plus le son des sirènes que de la mélodie de Jean-Claude Borelly, les immenses gongs font vibrer ma cage thoracique, les cymbales rythment la prière et une petite clochette semble annoncer l’étape successive. Étourdie par cette immense pièce dont la couleur dominante est le rouge, ainsi que par le brouhaha de leur rituel, je regarde et écoute ébahie…

Si vous voulez voir, il vous faudra y aller car les photos sont interdites dans ce lieu sacré… et je trouve que cela devrait être partout ainsi.

Avant de vous en montrer plus, voici un autre moment magique… un lever de soleil sur Namobuddha.

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Bientôt le festival de Tihar

Octobre est le mois des célébrations au Népal. On se prépare à nouveau pour quelques jours de congé à l’occasion de Tihar (appelé aussi Diwali), le festival des lumières et de la couleur. Ici, j’ai souvent l’impression d’apprendre tout autant que les étudiants, car chaque fête apporte son lot de surprises, que ce soit dans la rue, à l’école où là où j’habite. Aujourd’hui, comme l’école sera fermée trois jours, on a organisé une compétition aux teintes éclatantes. Chaque groupe devait créer des tableaux avec de la poudre de couleur. Bien sûr les étudiants étaient ravis de louper quelques cours (moi, je finis pas m’y habituer et par y prendre goût) et d’assister aux danses ou aux chants.

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Festival de Tihar

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Le plus beau voyage

Voilà une semaine que j’ai reconquis ma LIBERTÉ, oui c’est vrai, LE PLUS BEAU VOYAGE EST DE SE PROUVER SA LIBERTÉ. Je vous avais confié dimanche dernier avoir finalement acheté un SCOOTER, grâce à l’énergie retrouvée suite à quelques jours de vacances en dehors de la jungle urbaine. Après presque trois mois dans ce pays, j’avoue qu’il est difficile de revenir en arrière quand on est habitué à l’indépendance. En arrivant au Népal, j’avais l’envie de ne pas contribuer à la pollution, déjà assez grave, de cette grande ville. Voyant que les déplacements avec les transports publics s’avéraient compliqués et très fatigants, deux solutions s’offraient à mon esprit d’Européenne : acheter un scooter ou un vélo électrique. Cependant, ma conscience écologique s’est essoufflée suite à de longues et épuisantes recherches. En effet, après avoir vu que se déplacer à bicyclette dans une ville où la petite reine n’avait pas son royaume, j’ai compris que c’était un projet suicidaire. J’ai alors tenté de m’orienter vers quelque chose de plus motorisé. Là non plus, je n’ai trouvé personne pour me convaincre que le concept du moteur électrique était réalisable dans une ville où les bornes de rechargement n’existaient pas. Apprenant que la seule personne (ancienne prof à l’Alliance) ayant tenté l’expérience avait dû aller jusqu’en Inde pour réparer son scooter électrique et qu’au retour il ne fonctionnait toujours pas, j’ai là aussi déchanté. Le chemin était solitaire, long, semé d’embûches, de découragement et de résignation, mais j’y suis arrivée. C’était le prix à payer pour la conquête de la liberté. Pendant ce temps, j’acquerrais l’expérience du trafic, et comme l’on marche souvent au milieu des motos, cela me donne plus d’assurance. Moi, passionnée de motos il n’y a pas si longtemps, j’ai choisi le scooter pour ne pas mettre la barre trop haut dans ce chaos urbain, car sur la route il y a des fous, des piétons, des vaches, des chiens et pas d’info trafic pour annoncer quand quelqu’un roule à contresens… Seul point négatif : je n’ai plus la joie d’être félicitée par mon téléphone portable pour les 10’000 pas parcourus.

Baktapur3

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Kathina Dan

Intriguée par un long cortège (majoritairement de femmes) défilant ce matin dans la rue devant chez moi, j’ai demandé à mon propriétaire (toujours bienveillant face à ma curiosité) ce qu’elles célébraient. Voici son explication :

Les moines bouddhistes observent chaque année une retraite pendant la saison des pluies, tradition qui se poursuit depuis 2500 ans…le temps du Bouddha Shakyamuni… Quand les trois mois arrivent à leur fin (aujourd’hui), les disciples laïcs montrent leur gratitude aux moines, offrent des robes, font des dons pour le temple…

Voilà pourquoi les gens marchaient ce matin (les femmes portant devant elles des offrandes) vers le temple bouddhiste voisin, pour Kathina Dan.

Kathina Dan

18.10

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Empowering women of Nepal

Le voyage est toujours synonyme de rencontre. Si j’ai rencontré des personnes avec qui échanger quelques instants sympathiques, à Pokhara, j’allais à la rencontre de Lucky, une femme dont je vous avais déjà parlé à l’occasion de la fête nationale suisse (voir publication du 6 août). Lucky est l’aînée des trois sœurs qui gèrent la compagnie 3 Sisters : une agence de trekking (fondée en 1994) spécialisée dans les treks pour les femmes et par les femmes, la Guest-house 3 Sisters (simple, propre et située près du lac) ainsi que la formation des guides et des assistantes (dont est responsable Lucky). J’ai eu l’honneur de partager la table de cette grande famille, une véritable fourmilière géante (les trois sœurs, les trois frères et toute la grande famille), où chacun a sa tâche en fonction de son talent personnel. Puis Lucky m’a fait visiter les bâtiments où sont formées les futures guides et assistantes, m’expliquant le système d’apprentissage qui ressemble à notre système suisse. Les jeunes filles, qui viennent de familles pauvres dans des villages où elles ont souvent eu très peu accès à l’éducation, suivent différents cours de formation qui les prépareront à leur futur métier. Les cours sont variés : anglais (donné par des bénévoles anglophones en voyage qui consacrent un peu de leur temps libre à l’enseignement), nouvelles technologies, sport, religion, leadership, prévention contre les agressions, premiers secours, etc… La formation est gratuite. Après un mois de cours intensif elles peuvent partir en montagne accompagner des groupes et recevoir un salaire, tout en acquérant de l’expérience. Elles savent que le poids sur leurs épaules est limité (contrairement à leurs collègues masculins qui travaillent pour d’autres compagnies). On ne les appelle pas porteuse, mais assistante car elles ne sont pas là seulement pour porter. Chaque femme apprend à son propre rythme. Le programme dure six mois, alternant pratique et théorie, qu’elles suivront une ou plusieurs fois en fonction de leurs propres capacités, jusqu’à ce qu’elles aient acquis les compétences nécessaires pour devenir une guide qualifiée.

Lucky m’a expliqué qu’elles avaient eu l’idée de créer cette agence de trek, spécialisée dans les treks pour les femmes faits par les femmes, après avoir entendu les plaintes de femmes logées dans leur Guest-house qui avaient subi une agression durant un trek. Lucky a été invitée dans de nombreux pays pour parler de leur projet (elle me raconte un voyage au Pérou et ramène à ma mémoire le trek fantastique sur le chemin de l’Inca).

Je vous dirais honnêtement que je ne suis pas allée voir ce que font les autres agences, mais si vous rêvez de partir en trek au Népal, sachez que vous aiderez des femmes népalaises à améliorer leur statut social en choisissant 3 Sisters. Vous participerez aussi à la réussite de leur slogan : Changing the world, one woman at a time.

Ah j’oubliais, les hommes sont naturellement les bienvenus dans la Guest-house ou sur les treks.

3 SISTERS

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Mission impossible ?

Et si nous parlions ce matin de batterie ? C’est en mettant recharger mon téléphone ce matin que j’y ai pensé. Finalement nous sommes pareils à ces petits jouets électroniques, nous avons nous aussi besoin de recharger les batteries, et plus l’appareil est vieux plus les batteries se déchargent rapidement… Moi, je recharge les batteries dans la nature et les doses sont plutôt rares dans cette grande ville. Voilà pourquoi cette semaine de vacances à Pokhara m’a fait un bien fou. Même en me fatiguant sur les sentiers des alentours, un air plus sain a aéré mes poumons. Si les montagnes étaient encore très pudiques et refusaient souvent de se dénuder de leur voile de nuages, il y avait le lac où laisser voguer mes pensées.

Les célébrations de Dashain se sont terminées hier avec la pleine lune. En bas de chez nous, comme à chaque pleine lune, ils ont allumé des bougies autour du stupa (voir publication du 15 août).

L’énergie accumulée dans mes batteries pendant cette petite escapade m’a permis de réaliser une mission que je considérais dès lors impossible : ACHETER UN SCOOTER. Je l’ai pris rouge, comme le casque et les sandales, me souvenant de mon patron au Canada qui n’achetait que des voitures rouges, disant que statistiquement elles étaient moins souvent impliquées dans des accidents (parce que j’aime le rouge et que le conseil a sa valeur dans le chaos urbain). En regardant brûler les bougies autour du stupa, j’ai offert un verre de rouge à mes sympathiques voisins pour fêter la réussite de cette longue mission et célébrer l’anniversaire de l’un d’eux (plutôt satisfait de ne pas avoir toute la lumière braquée sur son vingt-neuvième anniversaire).

Pokhara