Poussière de décembre
Se pose sur la ville sans neige –
Charrette de plumeaux

Poussière de décembre
Se pose sur la ville sans neige –
Charrette de plumeaux

Mer bleue estivale
Qui caresse le ciel du sud –
Fil du temps qui file

Devinez quelle chanson j’ai dans la tête !

J’ai été à nouveau titillée par l’envie d’aller dormir ailleurs, histoire de profiter de mes deux jours de congé (je lutte contre le gaspillage à ma façon). Alors hier matin, direction Mai Chau : un petit village à 135 kilomètres d’Hanoï peuplé par des Thaï blanc, lointains cousins d’ethnies thaïlandaises. Ce ne sont pas les attractions touristiques qui m’y amènent mais la promesse de sa beauté naturelle. Et c’est exactement ce que j’y ai trouvé, un petit havre de paix au milieu des rizières, un endroit où se laisser bercer par le chant des coqs ou le cancanage des canards, un endroit où alterner le plaisir de dévorer un bon roman et celui de la promenade, un endroit où les sourires bienveillants des femmes me rappellent celui des Thaïlandaises, un endroit où partir se mettre au vert…

Canards au départ ? Canards en livrée ? Canards boiteux ? Pour qu’ils arrêtent de marcher en canard ? Canards à l’orange ? Canards laquais ? Froid de canard ? Vilains petits canards ? Pour que ça glisse comme sur les plumes d’un canard ? Serait-ce pour illustrer la page d’un canard local ? À moins que l’on prenne les enfants du bon Dieu pour des canards sauvages ?
Le mystère reste entier… alors trempez un morceau de sucre dans ce que vous voudrez et faites-vous un canard !

Si je veux de la couleur et des fleurs, c’est toujours autour du lac numéro 1 que je retourne. C’est un sport national que de se faire photographier près du lac Hoan Kiem en habit de cérémonie, surtout les femmes, vêtues d’áo dài (une robe et un pantalon de soie) qui posent devant les objectifs des professionnels ou des amateurs. Le week-end la route qui encercle le lac est fermée à la circulation et il y a chaque fois des animations différentes, cette semaine c’était un festival artistique.

Mes yeux, irrités par la pollution de la grande ville, ont réclamé le regard de la mer. Alors, comme la nomade que je suis aime aller dormir ailleurs, j’ai profité de mes deux jours de congé consécutifs (une rareté à savourer) pour aller aérer mes poumons du côté de Sam Son, une station balnéaire autrefois prisée par les colons français, située à 180 kilomètres au sud de Hanoï. Aujourd’hui, ce lieu est fréquenté uniquement par les Vietnamiens. Les hôtels y sont nombreux le long de la promenade qui a des allures de Miami Beach, mais la majorité étaient fermés, puisqu’ils disent que c’est la saison d’hiver. N’empêche que pour moi cette grande baignoire était à la température idéale, je ne m’en suis pas éloignée et j’ai pu observer le patient travail des pêcheurs. Comme j’y étais l’unique touriste occidentale et que je n’ai guère fait de progrès en vietnamien, les surprises culinaires étaient au rendez-vous. En essayant de traduire le nom d’un plat qui me semblait contenir le mot « thon », Google Traduction me disait « chemise gratuite ». J’ai donc laissé faire le hasard et posé mon doigt sur un plat. C’est une assiette de palourdes qui a été déposée devant moi.
https://www.tourdumonde5continents.com/sam-vietnam-station-balneaire-jb-seul-etranger/

Allez, disons bonjour au lundi ! Prenons le temps de dire au revoir à octobre ! Et saluons le soleil en s’imprégnant d’énergie positive !

Je suis arrivé ainsi jusqu’au « pont Doumer », l’unique pont qui relie Hanoï à l’autre rive du fleuve. Il faut dire que ce pont est un des travaux les plus considérables que nos ingénieurs aient accomplis ici : c’est un pont en fer, aux arcs-boutants énormes et qui mesure plus d’un kilomètre et demi de long ; il porte au centre une voie ferrée et de chaque côté une voie automobilable et des trottoirs pour les piétons. De très loin au-dessus de la campagne plate on voit filer les anneaux de cet immense serpent, léger, gracieux et fort ; il laisse voir à travers ses hautes poutres un horizon pareil à celui de la mer, il semble une frêle construction et cependant il a résisté aux typhons et aux plus terribles inondations. Comme construction de fer il est ce que j’ai vu de plus important après la tour Eiffel. Mais un de ses charmes, non le moindre, est que, suspendu à une hauteur relativement très grande, son tablier est comme une claie traversée par tous les souffles et tous les vents qu’apportent avec eux les flots rapides du fleuve Rouge.
Extraits de Lettre de Hanoï – Jean Tardieu – Gallimard 1997 (lettre à Roger Martin du Gard écrite entre le 22.1.1928 et le 14 mars 1929)
C’est la lecture de ce petit livre qui m’a donné envie d’aller marcher sur ce pont historique qu’on appelle aussi le pont Français ou pont Long Bien. Je n’y ai croisé qu’un piéton et quelques curieux au bout du pont. C’est vrai qu’il n’a pas l’éclatante couleur du Golden Gate et que sa ressemblance avec la structure de la tour Eiffel s’est un peu étiolée, peut-être parce qu’on ne le repeint pas aussi souvent. Malgré cela, la randonnée en valait la peine, j’ai pris le temps de contempler le fleuve Rouge, bien que pas toujours très rassurée de marcher sur ce trottoir qui montrait parfois quelques failles s’ouvrant au-dessus des flots. Le train y circule toujours mais les voitures n’y ont plus accès, seuls les deux roues peuvent le traverser.
https://blocarnetsdasie.com/pont-paul-doumer-hanoi/

Enfin un samedi de libre qui me permet d’aller dans le joli petit théâtre près du lac. Vous le savez, tous ce qui est aquatique m’attire, alors pourquoi pas le théâtre des marionnettes sur l’eau ? Une forme d’art traditionnel avec une identité culturelle spécifique au Vietnam, des scènes de la vie quotidienne des villageois, des légendes, des mythes et des scènes historiques, c’était vraiment charmant.
