Lundi matin, c’est mon jour de congé, je sors plus tard pour ma promenade quotidienne autour de mon lac préféré. J’aime bien ce petit pont rouge en bois qui mène au temple Ngoc Son. Son nom : Thê Húc, veut dire « Soleil levant », voilà certainement pourquoi l’énergie y est si bonne tôt le matin. Le pont original datait de 1865, mais il a été reconstruit en 1952 avec une base en ciment. À mes yeux, c’est le petit Golden Gate d’Hanoï.
À force de souffler, la magie opère et le paysage se découvre tout là-haut sur la montagne…
Ainsi je peux admirer le gigantesque Buddha de bronze, une statue de 21,5 mètres de haut inaugurée en 2019 à 3075 mètres d’altitude, qui elle aussi est entrée dans le livre Guiness des records mondiaux.
Encore une fois je reste ébahie par cette capacité du pays à transformer la religion bouddhiste en un incroyable parc d’attractions déserté par les moines.
Bien que charmée par l’ambiance mystique, une fois escaladées toutes les marches vers le sommet, j’invoque tous les esprits des lieux pour m’aider à souffler sur les nuages…
À peine sortie du téléphérique, je regarde avec interrogation la longue file des gens qui ont choisi d’aller jusqu’au sommet avec le funiculaire. Eh oui, il semble que cette masse touristique se protège de tout effort pour atteindre le toit du Vietnam. Je préfère me faufiler dans le brouillard qui insuffle une atmosphère mystique aux lieux. En grimpant sur les hautes marches, je tente d’imaginer le décor…
Le dernier jour de mon séjour à Sapa, j’ai compris pourquoi il y avait une telle explosion de constructions dans la ville. Malgré le temps maussade et une visibilité vraiment pas géniale, j’ai décidé de monter voir ce fameux téléphérique dont tout le monde parlait, pour monter au Fansipan, le toit du Vietnam, haut de 3143 mètres. Bien que la météo ne fût pas au rendez-vous, nous étions nombreux à avoir eu la même idée. Pour arriver au départ des cabines, il faut prendre un funiculaire qui a été construit pour donner l’impression de voyager dans le temps, même si les infrastructures sont super modernes. Un wagon avec des bancs en bois, comme nos chemins de fer de montagne des temps passés, nous hisse jusqu’à la station de départ. Le téléphérique a été inauguré en février 2016. Il montre bien le désir du pays de se propulser en avant sur la scène internationale, puisqu’il cumule deux records du monde du Guinness Book : un pour être le plus long téléphérique à trois câbles sans arrêt du monde, sur 6,3 kilomètres, et l’autre pour la plus grande différence d’altitude (1410 mètres) entre deux stations.
Non seulement la pollution lumineuse m’a déplu à Sapa, mais j’ai aussi été triste d’observer comment certaines familles n’hésitaient pas à exposer leurs petits enfants dans le but de profiter de cet afflux de touristes. C’est vrai qu’elles sont mignonnes ces petites filles dans le costume traditionnelle d’une des minorités ethniques de la région (le nom lui-même de minorité est discriminatoire me semble-t-il). Pourtant si vous aviez vu leur regard triste quand elles essayaient de vendre les quelques bracelets ou autres gadgets artisanaux, vous auriez compris comme moi que ce choix n’était pas le leur. Leur insistance à réciter d’une voix monocorde la même phrase en anglais pour nous inciter à acheter m’a mise très mal à l’aise. Qu’on achète ou qu’on n’achète pas, on risque de se sentir coupable, mais j’ai eu le sentiment d’un beau gâchis. Tout comme le gros billet qu’un touriste a déposé dans les mains d’une petite fille qui ne devait pas avoir six ans. Elle portait sur son dos un bébé et marchait parmi la foule pour susciter ce genre de compassion commerciale.
La ville de Sapa se situe à environ 1500 mètres d’altitude et comme c’est dans les montagnes je m’attendais à quelque chose de bien différent. Si j’ai aimé les alentours, j’avoue ne pas avoir été sous le charme de cette bourgade affolée dont le trafic rappelle presque celui de la capitale. Le prix de l’électricité semble être au-delà de leurs préoccupations, j’ai l’impression que c’est Noël toute l’année là-haut. En observant ces trois bâtiments je me suis demandé s’ils pensaient que l’on choisissait le restaurant où manger en fonction de l’illumination.
Eh oui, j’aime bien faire durer les ondes du voyage, même s’il n’a durer que quatre jours… Elles s’envolent petit à petit quand on se replonge dans la routine, surtout quand le rythme de travail est aussi intense qu’ici, mais c’est comme le son d’un bol tibétain, ça peut résonner longtemps si on sait le frapper au bon endroit.
Ma guide était une jeune femme de 25 ans, native d’un petit village près de Sapa, déjà maman de deux enfants de 6 et 7 ans. C’était très intéressant de découvrir la réalité d’une jeunesse vietnamienne bien différente de ma culture. Fille aînée d’une famille de 11 enfants, elle n’a pas pu continuer l’école au-delà de l’école primaire (jusqu’à 11/12 ans) car elle a dû s’occuper de ses frères et sœurs. Grande a donc été mon admiration devant sa volonté de devenir guide pour aider sa famille et pour ses capacités à apprendre l’anglais pour réaliser ce rêve. Son émancipation passe aussi par le choix de ne pas vouloir plus de deux enfants afin ne pas répéter les injustices dont elle a été victime. Bravo pour cette force féminine qui formera les futures générations dans les villages des montagnes vietnamiennes !