Voici un œuf un peu spécial pour vous souhaiter de Joyeuses fêtes de Pâques ! Promesse d’un demain plus vert je l’espère, parce que ce qui ne nous tombe pas sur la tête peut être le fruit du futur.
Eh bien non, par ici les lapins en chocolat ne courent pas les rues (ni les supermarchés) et je n’ai personne avec qui faire « croquette » pour la traditionnelle salade aux œufs. De toute façon les usages se perdent me direz-vous ! Tant pis, il nous reste les souvenirs des Pâques d’antan. Les œufs, je les ai roulés, lancés et cachés au fil des années, un jour je recommencerai.
L’œuf – depuis longtemps symbole de renaissance, promesse de vie à venir, régénération du cycle de la vie… alors puissent ceux de cette année contenir la promesse de la fin de tout ce cirque et que la jeunesse ait à nouveau le droit à l’insouciance et aux bêtises dignes de son allégresse !
Ma fille me raconte que samedi il n’y avait plus un seul lapin en chocolat dans les magasins, se demandant si c’étaient les touristes (qui ont envahi le Tessin) qui avaient tout pris. Moi, je m’interroge : sont-ils aller faire un tour à la nage du côté du canal de Suez.
Mon fils, lui, me confirme qu’on peut encore skier à Bosco Gurin pendant une semaine, difficile à imaginer quand on vit sous les Tropiques.
À mes amis français pour qui le mot ski résonne comme un film de science-fiction, je leur dis : « Rassurez-vous, d’ici l’hiver prochain, puisqu’il a enfin compris qu’on est mieux dehors que dedans, votre gouvernement aura aussi réalisé que les sports de glisse peuvent aider dans la lutte contre les microbes ».
Me voici de retour dans mon petit chez moi, comme la fraîcheur y est agréable ! J’ai demandé au chauffeur de taxi qui me ramenait du terminal des bus si on pouvait assister à quelque procession pendant ce week-end pascal. « Oui, m’a-t-il répondu, mais virtuel. » Alors il faudra peut-être attendre une année pour voir des traditions plus réelles.
Vu le nombre de Ticos qui se sont déplacés vers les plages du pays pour profiter de ces quelques jours de congé, j’imagine par conséquent qu’une autre forme de procession se déroulera le long des routes du retour vers la capitale dimanche soir.
Pendant ces quelques jours, je crois avoir mieux compris un peu de l’esprit du « pura vida » local : arriver avec sa voiture pleine d’amis ou sa famille jusque sur le bord de la plage, beaucoup de musique, de la bière fraîche, des grillades qui vous mettent en appétit à n’importe quelle heure, des ribambelles d’enfants inondés de sourires, des éclats de rires quand la marée monte et inonde son voisin, des sauts de joie dans les vagues et le bonheur infini de contempler le coucher de soleil tous ensemble. Si la musique du voisin ne plaît pas, on augmente le volume de la sienne, sans craindre la cacophonie pour celui qui se trouve au milieu. J’ai bien aimé me faire chahuter par les vagues, essorer même parfois quand on ne voit pas venir leur violence, ensabler aussi, car la tranquillité n’est que dans le nom du Pacifique, ses courants sont puissants, poussent vers le rivage puis aspirent vers le large.
Je suis à Manuel Antonio à côté du parc national du même nom. Hier, j’ai visité ce dernier dès 7 heures (on vit au rythme du soleil sous ces latitudes), afin de profiter du calme avant l’arrivée de la horde de touristes. La promenade y est agréable et les plages pour s’y tremper nombreuses. Je ne dis pas pour s’y rafraîchir parce qu’on peut y rester une heure, on ne ressent toujours pas le moindre frisson tant l’eau est chaude. L’air chargé d’humidité me rappelle que je suis bien dans un pays tropical, mais ces grosses gouttes de sueur valaient la peine pour les quelques rencontres animalières au milieu de cette végétation luxuriante.
Je viens de discuter avec la femme de ménage qui me disait qu’elle avait peur de faire le vaccin parce qu’elle ne voulait pas mourir. Elle m’a bien fait rire en disant que vu que le plus vieux du pays (qui a 120 ans) vient de recevoir sa deuxième dose, s’il ne meurt pas, ce sera la preuve que ce n’est pas dangereux et elle le fera. J’ai eu beau lui dire qu’il pourrait mourir d’autre chose à son âge, je ne crois pas l’avoir convaincue…
Ce soir, peu avant le coucher de soleil la marée était très haute, la baignade dans le Pacifique était réservée aux plus courageux. J’adore admirer ces champions de la vague qui surfent sur l’eau comme nous le faisons sur la neige. Pour un instant de bonheur ils n’ont pas peur de se faire chahuter dans la violence de cette force marine.
Oui, c’est auprès de cet indomptable océan que je suis venue me ressourcer. La nature y est abondante, la température chaude et humide. Même si on porte le masque pour aller au supermarché, on en oublie presque que tout là-bas ils parlent toujours de confinement et de troisième vague… peut-être parce qu’ici les vagues ne s’arrêtent jamais…
Voilà ! Enfin des vacances ! L’hôtel et le taxi sont réservés… il ne me reste plus que l’étape la plus importante : trouver une place dans un bus qui devrait m’emmener vers la découverte. Rien n’est simple, puisque chaque destination part d’un autre terminal, mais je sais qu’à la fin tout finit toujours par s’arranger sinon c’est que…
Heureusement, mes étudiants m’ont laissé une cinquantaine de copies à corriger, moins lourdes sur l’ordinateur que si je devais les emmener dans mon sac à dos. Eh oui, vous l’aurez compris, au Costa Rica (en tout cas ce que j’en vois dans la capitale), on aime le travail et j’ai la chance d’aimer le mien, ce qui ne m’empêche pas d’être heureuse d’avoir une semaine pour reprendre mon souffle.
J’ai l’impression d’être comme le Petit Prince, mon seul souci est de laisser ma plante seule sur le balcon.
Si je vous ai fait quelque infidélité dimanche dernier, c’est qu’il m’est venu une lubie : aller saluer mon copain le Pacifique, histoire de ne plus penser au travail pendant une journée. Même si je n’étais pas sûre de réussir cette mission du premier coup, je me suis dit qu’il était temps de savoir comment prendre le bus pour sortir de la ville.
Bingo, j’ai mon ticket de bus cinq minutes avant l’heure du départ. À peine plus de deux heures plus tard, je contemplais les rouleaux de ce vieil ami et lui adressais ce petit message :
« Ah mon cher ami Pacifique,
Je t’ai enfin retrouvé ! Que tu sois canadien, américain, mexicain, péruvien, colombien ou costaricien, quel bonheur de respirer ce souffle de liberté. Certes ma visite ne durera que quelques heures, pourtant je ne regrette en rien cette décision impulsive et je sais désormais comment arriver jusqu’à toi. Ton eau est si chaude qu’on se croirait dans une baignoire, mais l’écume sur tes eaux pas du tout pacifiques ramène vite à la réalité de ta puissance… »
Si je n’y suis pas retournée ce week-end, malgré la tentation, c’est parce que tant de gens avaient eu la même idée que moi et le retour a duré plus de quatre heures, alors on attendra les vacances.
Je me suis souvent demandé pourquoi les électriciens tiraient autant de fils dans les rues plutôt qu’un seul. Disons que j’ai eu la réponse cette semaine.
Alors que l’internet de mon nouvel appartement ne semblait pas assez puissant pour assurer une bonne connexion pendant mes cours en ligne, on a décidé de me faire installer une ligne rien que pour moi. J’aurais bien pris le temps de vous décrire en détail comment ça fonctionne, mais j’ai été quelque peu stressée par le fait qu’ils (les ouvriers de la compagnie, mon aimable collègue qui savait mieux expliquer que moi ce dont j’avais besoin et plus tard la propriétaire) sont arrivés peu de temps avant le début de mon cours. Comme je n’ai pas le droit de percer des trous dans les murs, la question était de savoir comment faire arriver le câble depuis dehors sans avoir à laisser la porte du balcon ouverte (vu que c’est déjà assez bruyant). Inspection des lieux, pendant qu’un autre ouvrier attache le fil miracle aux autres fils de la rue (un de plus un de moins personne ne va rien remarquer). Heureusement, les maisons d’ici ne sont pas aussi hermétiques que dans mon lointain pays et l’ouvrier a réussi à faire entrer le fil (que son collègue venait de lui lancer depuis la rue) par un petit orifice. Comme c’était l’heure de mon cours, je me suis éclipsée dans la pièce d’à côté, ai fixé le casque sur mes oreilles et j’ai retrouvé mes jeunes adolescents pendant que toute la compagnie s’affairait dans mon bureau pour installer ce dont j’avais besoin.
Deux heures plus tard, j’ai trouvé tout installé et les instructions pour m’y connecter. Génial, non ?
Voilà deux missions d’accomplies : ils ont finalement barbouillé tous mes doigts (pas les pieds) d’encre noire pour stocker mes empreintes digitales dans les fichiers du pays, me posant les questions les plus saugrenues possibles. On va enfin pouvoir initier la longue procédure auprès du service d’immigration et tenter d’obtenir la fameuse « cedula » nécessaire pour résider dans ce pays.
L’autre mission n’était pas des moindres : déménager. Non pas que j’aie eu besoin d’un camion de déménageur, parce que quand on a autant la bougeotte que moi on devient forcément minimaliste. J’avais à peine moins d’un kilomètre à parcourir, donc j’ai pu faire plusieurs voyages en laissant rouler mes valises sur la piste cyclable (vu l’état des trottoirs). Cependant, il a fallu le faire entre les plages de cours ou de préparation…
Si l’un de mes films préférés est « A room with a view » j’ai réalisé ce matin la valeur de ce titre, comme si la vue était synonyme de LIBERTÉ. Après presqu’un mois dans un endroit où la lumière et la vue manquaient d’une manière déprimante, me voici installée dans mon nouvel appartement. Alors, je me dis que c’est un sacré luxe de pouvoir contempler le ciel en se réveillant, même si le quartier est un peu bruyant (j’ai vu à Katmandou qu’on s’habitue à tout). Ainsi je pourrai poser mon regard sur autre chose que mon écran entre deux cours…
Quant à la mission bancaire, je me suis réjouie un peu trop vite, il va falloir y retourner, ni mon e-banking ni ma carte bancaire ne fonctionne. Mon jeune collègue vient de me décourager en m’expliquant que lui a dû y aller huit fois avant d’être opérationnel…
Même si on le sait, le plus dur c’est toujours l’attente, le temps que prennent les formalités, l’errance de l’une à l’autre. Bien sûr, me répond la responsable de toute cette paperasserie, j’avais reçu la liste de tous les documents à fournir pour obtenir le visa de travail. Alors c’est sur moi qu’est jetée la responsabilité de ne pas avoir pris rendez-vous tout de suite au bureau chargé de photocopier mes empreintes digitales. Comment lui expliquer que de là où je viens cela ne m’est pas venu à l’esprit ? Alors après presque une semaine, elle m’indique enfin le site sur lequel prendre rendez-vous C’est vrai elle a raison, c’était déjà mentionné dans le mode d’emploi destiné aux nouveaux professeurs, sauf que ce n’était pas inscrit que c’était à moi de deviner comment cela fonctionnait. Quand finalement je vais sur le site en question, tous les rendez-vous sont pris jusqu’à la fin du mois. Le découragement me gagne et je reporte le problème au lendemain. Je ressaie au petit matin et réussis à trouver un rendez-vous pour le 26 février. À peine le temps de noter le numéro à 32 chiffres (des chiffres et des lettres en réalité) sur mon agenda et tout disparaît. J’attends et espère une confirmation par mail… Pour plus de sécurité, je demande à mon jeune collègue, qui a passé sur la même case il y a une semaine, s’il a reçu un mail de confirmation. Oui… Mais le mien n’arrive jamais. Alors ? (je découvrirai dix jours plus tard que le message avait atterri dans la boîte des spams)
Entretemps, il a fallu recontacter mon ambassade pour un autre papier officiel, attestant que je m’étais bien inscrite chez eux. Non, les autorités suisses n’acceptent pas le paiement par carte de crédit. Si je n’ai pas de compte bancaire ici, il faut que j’aille à l’ambassade pour obtenir le document et le payer au comptant.
(…)
Voilà ce que j’avais commencé à vous écrire il y a déjà quelque temps alors que j’attendais dans je ne sais plus quelle file d’attente. Après avoir pris rendez-vous, j’ai donc été à mon ambassade pour récupérer le bout de papier A4 nécessaire, payant comptant les 28’000 colones (environ Frs 41.-) exigé. Mon regard n’était pas très content, puisqu’une fois de plus j’ai découvert que le même document est gratuit à l’Ambassade de France pour mes collègues de l’Hexagone. Finalement, j’essaie d’être philosophe et de me dire que ce n’est pas forcément moi qui suis malchanceuse (eh oui il faut assumer le fait que je viens d’un pays capitaliste), mais plutôt les Français qui ne réalisent pas la chance qu’ils ont de ne jamais avoir à payer pour les documents officiels…
À part cela, j’essaie de m’adapter au rythme endiablé des cours en ligne, posant plus le regard sur l’écran de mon ordinateur que sur les paysages du Costa Rica. Je franchis pas à pas les étapes de l’adaptation. D’ici le 1er mars, j’aurai peut-être mon nouvel appartement…
Cette semaine, j’ai réussi à ouvrir mon compte en banque… C’était la première fois qu’un employeur m’attribuait un guide local pour cette opération. Au deuxième rendez-vous, j’ai tout de même réussi à y aller seule. J’ai dû tellement attendre que j’ai pensé que cela allait encore foirer, à cause de mon visa qui expirait le jour-même où je venais retirer ma carte bancaire. La jeune employée, qui s’était occupée de moi à la première visite, a refilé mon cas à son collègue du guichet d’à côté, un charmant jeune homme. Je n’avais pas à me plaindre, j’étais assise et avais tout le loisir d’écrire entre deux questions. Il aurait bien voulu connaître la neige, alors on a un peu discuté. Il est tombé instantanément amoureux de mon passeport qu’il feuilletait avec admiration. Eh oui, j’étais sa première cliente suisse. Puis il est parti, me disant qu’il allait faire la carte. Comme ça prenait du temps, je me résignais déjà à l’idée de devoir revenir une troisième fois pour obtenir le petit bout de plastique.Quand il a enfin réapparu, le sympathique banquier s’est excusé, disant que c’était la faute à mon passeport. En effet, tous ses collègues avaient voulu feuilleter ce surprenant petit livre rouge à croix blanche. Je lui ai tout pardonné, puisque comprenant instinctivement que je n’étais pas trop douée avec la technologie, c’est lui qui a installé l’application nécessaire sur mon téléphone afin que je puisse avoir l’e-banking et consulter mon solde. Certes mon solde était à zéro, parce que tout sympathique qu’il était, il n’avait pas versé de montant initial sur mon compte, a-t-il précisé en souriant. Ouf une autre étape de franchie et avec un banquier tellement plus bienveillant que celui qui me faisait peur en Allemagne (à cause de son impatience devant mon ignorance).Tenez-moi les pouces pour que vendredi ils acceptent d’imprimer mes empreintes digitales sur les documents officiels bien que mon visa sera échu depuis une semaine. On a bien essayé de me prendre un rendez-vous au bureau d’immigration pour le renouveler, mais la première date disponible était en août. Ne vous inquiétez pas si vous n’y comprenez rien, je garde en tête la meilleure philosophie des Népalais : « À la fin tout finit toujours par s’arranger… Si ça ne s’arrange pas, c’est que ce n’est pas la fin. »