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Le pont Long Bien

Je suis arrivé ainsi jusqu’au « pont Doumer », l’unique pont qui relie Hanoï à l’autre rive du fleuve. Il faut dire que ce pont est un des travaux les plus considérables que nos ingénieurs aient accomplis ici : c’est un pont en fer, aux arcs-boutants énormes et qui mesure plus d’un kilomètre et demi de long ; il porte au centre une voie ferrée et de chaque côté une voie automobilable et des trottoirs pour les piétons. De très loin au-dessus de la campagne plate on voit filer les anneaux de cet immense serpent, léger, gracieux et fort ; il laisse voir à travers ses hautes poutres un horizon pareil à celui de la mer, il semble une frêle construction et cependant il a résisté aux typhons et aux plus terribles inondations. Comme construction de fer il est ce que j’ai vu de plus important après la tour Eiffel. Mais un de ses charmes, non le moindre, est que, suspendu à une hauteur relativement très grande, son tablier est comme une claie traversée par tous les souffles et tous les vents qu’apportent avec eux les flots rapides du fleuve Rouge. 

Extraits de Lettre de Hanoï – Jean Tardieu – Gallimard 1997 (lettre à Roger Martin du Gard écrite entre le 22.1.1928 et le 14 mars 1929) 

C’est la lecture de ce petit livre qui m’a donné envie d’aller marcher sur ce pont historique qu’on appelle aussi le pont Français ou pont Long Bien. Je n’y ai croisé qu’un piéton et quelques curieux au bout du pont. C’est vrai qu’il n’a pas l’éclatante couleur du Golden Gate et que sa ressemblance avec la structure de la tour Eiffel s’est un peu étiolée, peut-être parce qu’on ne le repeint pas aussi souvent. Malgré cela, la randonnée en valait la peine, j’ai pris le temps de contempler le fleuve Rouge, bien que pas toujours très rassurée de marcher sur ce trottoir qui montrait parfois quelques failles s’ouvrant au-dessus des flots. Le train y circule toujours mais les voitures n’y ont plus accès, seuls les deux roues peuvent le traverser.

https://blocarnetsdasie.com/pont-paul-doumer-hanoi/

 

Les lacs d'Hanoï

24. Hô Tai Trâu

Hô Tai Trâu ressemble plus à une rivière qu’à un lac tant il est allongé et étroit. Je n’y ai trouvé aucun banc où laisser flâner une humeur poétique. De plus, il n’a pas été facile à dénicher tellement il est coincé entre les habitations. Ce n’est que quand j’ai vu passer un homme avec une canne à pêche sur l’épaule que j’ai su que je marchais dans la bonne direction. Eh oui, aussi petits que soient les lacs, la pêche est une passion dans cette bruyante capitale. Pourtant je vous assure que cela ne me donne pas autant envie de manger des filets de perche que quand je me promène au bord du Léman ou du lac de Neuchâtel, parce que la clarté des eaux n’y invite guère. 

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Théâtre aquatique

Enfin un samedi de libre qui me permet d’aller dans le joli petit théâtre près du lac. Vous le savez, tous ce qui est aquatique m’attire, alors pourquoi pas le théâtre des marionnettes sur l’eau ? Une forme d’art traditionnel avec une identité culturelle spécifique au Vietnam, des scènes de la vie quotidienne des villageois, des légendes, des mythes et des scènes historiques, c’était vraiment charmant.  

Les lacs d'Hanoï

23. Hô Giang Vô

– Ce n’est pas grave de pleurer au bord d’un lac, c’est mieux que dans le désert.

Au moment où elle lui dit cette phrase, elle ne comprit pas d’où venait cette idée. Elle chercha à se justifier en ajoutant que le lac avait assez d’eau, un peu de plus ne gênerait pas ; tandis que dans le désert le sel des larmes assécherait encore plus la terre aride. Elle s’empêtrait dans ses mots, elle les aurait voulus consolateurs, plein de compassion, alors elle ne sut plus quoi dire… Et le lac Giang Vô resta dans sa mémoire comme le lac du jus de mangue. Elle eut envie de parler du symbole de ce fruit : l’amour et la fertilité, mais elle préféra y penser très fort et le lui souhaiter. 

Les lacs d'Hanoï

21. Hô Ngoc Ha 

Dans cette capitale, il ne faut pas forcément se fier au nombre de touristes pour juger de l’intérêt d’un site. C’est ma curiosité pour les lacs qui m’amène dans des lieux improbables. C’est grâce aussi à mon copain Maps.me qui me permet d’oser me lancer dans des labyrinthes de rues où seuls quelques véhicules à deux roues réussissent à se faufiler. 

Ainsi je suis tombée par hasard sur le tout petit lac Ngoc Ha, au cœur d’un des plus vieux quartiers de la capitale. Tout semblait presque endormi autour de ce plan d’eau. J’ai fait le tour du lac en visitant l’extérieur du charmant temple bouddhiste Dinh Ngoc Ha avant de méditer un instant sur l’un des nombreux bancs. Quel calme ! On arrive même à oublier les obsédants coups de klaxon de la grande ville. 

Les lacs d'Hanoï

20. Hô B52

Errare humanum est… 

Peut-être que certains se souviennent du lac numéro 13, sur lequel je racontais que j’étais à la recherche de l’épave du bombardier tombé en 1972 pendant la guerre du Vietnam. 

Mon obsession pour les lacs commence à se savoir. Ainsi une de mes collègues (à qui j’avais confié ma déception de ne pas avoir vu l’épave puisqu’ils l’avaient sortie du lac pour restauration) m’a montré la photo qu’elle avait prise pour me convaincre qu’elle existait bien. 

Alors, je suis retournée dans la zone du lac Hûu Tiêp et effectivement je m’étais trompée de lac. L’épave était visible dans le petit lac qui porte le nom de B52, nom de l’avion américain. J’y ai trouvé ce monsieur occupé à nettoyer les eaux vertes qui l’entourent. Par contre si on ne sait pas ce que c’est, il est vrai qu’il aurait été difficile de reconnaître la forme d’un avion.

Les lacs d'Hanoï

19. Hô Thành Công

Ici les petites robes d’été sont encore d’actualité mais ces jours il faut bien calculer pour passer entre les gouttes des grosses averses.

Une de mes collègues m’a demandé pourquoi j’étais tant attirée par les lacs – « Est-ce parce que tu es Suisse ? » C’est vrai, me suis-je dit en arrivant en avion sur la Suisse, que le jour où je pourrais à nouveau élire domicile chez les Helvètes, ce pourrait être une jolie collection. Une chose est sûre, il faudra plus de temps pour en faire le tour.

Le lac Thành Công est très paisible puisque la promenade qui l’encercle (à peine un kilomètre) n’est pas autorisée aux moteurs. C’est aussi un parc, le parc Indira Gandhi. Alors c’est un songeant à cette grande dame, symbole pour moi de grand courage, que je recharge les batteries avant de retourner dans le chaos urbain.