Normalement pour faire partie de la collection, je dois avoir marché autour du lac, mais comme j’ai passé souvent à côté du lac Ngoc Khánh à moto, il mérite sa place de quinzième vu du ciel.

Normalement pour faire partie de la collection, je dois avoir marché autour du lac, mais comme j’ai passé souvent à côté du lac Ngoc Khánh à moto, il mérite sa place de quinzième vu du ciel.

C’est dingue tout de même les jolies surprises que nous offrent la vie. Figurez-vous qu’après deux ans, je retrouve ma joyeuse voisine et amie du Népal qui vient enseigner elle aussi dans une école d’Hanoï. Alors, entre deux préparations de cours, je lui propose une de mes spécialités : la découverte d’un nouveau lac. Elle accueille une de mes habituelles étourdies avec le sourire, puisque je lui donne rendez-vous à un endroit et l’attend à un autre. Ce n’est pas de ma faute s’il y a deux hôtels avec le même nom… Ok c’est vrai que j’ai oublié d’ajouter le numéro 3 après le nom. Ce n’est pas si grave car je suis aussi devenue experte en géolocalisation. Je mets mon temps mais j’y arrive toujours.
Le lac Thú Lê abrite un petit zoo et un parc d’attractions pour divertir les enfants. N’étant pas une grande fan de zoo, je ne vous ferai pas la liste des animaux vu que nous nous sommes plus approchées des bancs bien ombragés que des cages. Et pour se rafraichir, c’est tout là-haut sur la tour que nous sommes montées admirer la vue.

Lundi matin, c’est mon jour de congé, je sors plus tard pour ma promenade quotidienne autour de mon lac préféré. J’aime bien ce petit pont rouge en bois qui mène au temple Ngoc Son. Son nom : Thê Húc, veut dire « Soleil levant », voilà certainement pourquoi l’énergie y est si bonne tôt le matin. Le pont original datait de 1865, mais il a été reconstruit en 1952 avec une base en ciment. À mes yeux, c’est le petit Golden Gate d’Hanoï.

Intriguée par une de mes collègues qui m’a parlé du lac Hûu Tiêp dans lequel on peut encore voir l’épave du bombardier américain B52 qui a été abattu par les forces nord-vietnamiennes le 27 décembre 1972, je décide de reprendre ma mission photographique des lacs d’Hanoï.
Alors, ce matin je modifie l’itinéraire de mon habituelle promenade autour du lac numéro 1 pour aller voir le numéro 13.
Je me faufile et zigzague sur les trottoirs, finissant souvent sur la route pour contourner les voitures, qui confondent trottoirs et parkings à Hanoï, tout comme les deux roues, ou pour éviter les échoppes devant lesquelles de nombreux Vietnamiens s’installent à n’importe quelle heure de la journée sur des petits tabourets en plastique pour déguster leur soupe de nouilles ou autres, sans compter que c’est aussi dans la rue que des femmes acroupies lavent la vaisselle de tout ce petit monde.
Je finis par arriver au lac Hûu Tiêp… et comme il est petit, j’ai vite fait le tour pour ne rien apercevoir qui pourrait ressembler à la pointe d’une carcasse d’avion.
Et à force de chercher sur internet, je découvre que l’épave du bombardier a été sortie du lac le 3 mai 2021. Elle sera nettoyée et revêtue d’un produit anti-corrosion. Mais depuis plus rien comme article… Vont-ils la replonger dans le lac ? Mystère.

https://e.vnexpress.net/photo/news/hanois-neglected-b52-lake-gets-a-makeover-4267501.html
À force de souffler, la magie opère et le paysage se découvre tout là-haut sur la montagne…
Ainsi je peux admirer le gigantesque Buddha de bronze, une statue de 21,5 mètres de haut inaugurée en 2019 à 3075 mètres d’altitude, qui elle aussi est entrée dans le livre Guiness des records mondiaux.
Encore une fois je reste ébahie par cette capacité du pays à transformer la religion bouddhiste en un incroyable parc d’attractions déserté par les moines.

Bien que charmée par l’ambiance mystique, une fois escaladées toutes les marches vers le sommet, j’invoque tous les esprits des lieux pour m’aider à souffler sur les nuages…

À peine sortie du téléphérique, je regarde avec interrogation la longue file des gens qui ont choisi d’aller jusqu’au sommet avec le funiculaire. Eh oui, il semble que cette masse touristique se protège de tout effort pour atteindre le toit du Vietnam. Je préfère me faufiler dans le brouillard qui insuffle une atmosphère mystique aux lieux. En grimpant sur les hautes marches, je tente d’imaginer le décor…



Le dernier jour de mon séjour à Sapa, j’ai compris pourquoi il y avait une telle explosion de constructions dans la ville. Malgré le temps maussade et une visibilité vraiment pas géniale, j’ai décidé de monter voir ce fameux téléphérique dont tout le monde parlait, pour monter au Fansipan, le toit du Vietnam, haut de 3143 mètres. Bien que la météo ne fût pas au rendez-vous, nous étions nombreux à avoir eu la même idée. Pour arriver au départ des cabines, il faut prendre un funiculaire qui a été construit pour donner l’impression de voyager dans le temps, même si les infrastructures sont super modernes. Un wagon avec des bancs en bois, comme nos chemins de fer de montagne des temps passés, nous hisse jusqu’à la station de départ. Le téléphérique a été inauguré en février 2016. Il montre bien le désir du pays de se propulser en avant sur la scène internationale, puisqu’il cumule deux records du monde du Guinness Book : un pour être le plus long téléphérique à trois câbles sans arrêt du monde, sur 6,3 kilomètres, et l’autre pour la plus grande différence d’altitude (1410 mètres) entre deux stations.



Non seulement la pollution lumineuse m’a déplu à Sapa, mais j’ai aussi été triste d’observer comment certaines familles n’hésitaient pas à exposer leurs petits enfants dans le but de profiter de cet afflux de touristes. C’est vrai qu’elles sont mignonnes ces petites filles dans le costume traditionnelle d’une des minorités ethniques de la région (le nom lui-même de minorité est discriminatoire me semble-t-il). Pourtant si vous aviez vu leur regard triste quand elles essayaient de vendre les quelques bracelets ou autres gadgets artisanaux, vous auriez compris comme moi que ce choix n’était pas le leur. Leur insistance à réciter d’une voix monocorde la même phrase en anglais pour nous inciter à acheter m’a mise très mal à l’aise. Qu’on achète ou qu’on n’achète pas, on risque de se sentir coupable, mais j’ai eu le sentiment d’un beau gâchis. Tout comme le gros billet qu’un touriste a déposé dans les mains d’une petite fille qui ne devait pas avoir six ans. Elle portait sur son dos un bébé et marchait parmi la foule pour susciter ce genre de compassion commerciale.

La ville de Sapa se situe à environ 1500 mètres d’altitude et comme c’est dans les montagnes je m’attendais à quelque chose de bien différent. Si j’ai aimé les alentours, j’avoue ne pas avoir été sous le charme de cette bourgade affolée dont le trafic rappelle presque celui de la capitale. Le prix de l’électricité semble être au-delà de leurs préoccupations, j’ai l’impression que c’est Noël toute l’année là-haut. En observant ces trois bâtiments je me suis demandé s’ils pensaient que l’on choisissait le restaurant où manger en fonction de l’illumination.
