C’est lundi, j’ai congé. Je promène mon doigt sur la carte à la recherche d’un nouveau lac… Et c’est vers le lac Yên Só que je pars en exploration avec mon aimable voisine. On décrit le parc qui l’entoure comme le poumon de la ville. Comme tout le monde travaille, c’est vraiment paisible et agréable de se retrouver en pleine nature pour oublier quelques heures le chaos hanoïen.
Ah là là, j’avais presque oublié à quoi ressemblait une sortie culturelle. Eh oui, quand on arrive en fin de session, on est tout étonné d’avoir une soirée de libre… C’est donc sans hésiter que je remplace au pied levé une collègue qui vient de tomber malade et que je prends sa place VIP pour un concert lyrique à l’opéra d’Hanoï. “Nessun dorma, Il mio babbino caro, Carmen, la reine de la nuit”, tous ces airs d’opéra me rappellent combien la musique a ce pouvoir délicieux de nous faire plonger au cœur même de nos émotions profondes.
Ce matin j’ai croisé un adolescent qui marchait sur les trottoirs défoncés d’Hanoï en lisant un livre. Il avait l’air tellement absorbé par sa lecture que j’ai presque eu envie de l’interrompre pour lui demander le titre du roman.
En cette période de rentrée littéraire, cela m’a donné plein d’espoir, comme ces matins où on se lève très tôt et le ciel nous offre une belle promesse de l’aube rougeoyante.
Je crois que le lac des Cygnes va être mon nouveau lac préféré. Bien qu’il soit un peu loin de chez moi (13 kilomètres), la promenade en moto-taxi pour y arriver en valait la peine.
Quiétude, solitude, plénitude… c’était un vrai jour de congé loin de mes habitudes. Enfin un endroit où l’on privilégie et soigne l’environnement.
Pourtant, en observant la poussée des champignons immobiliers dans cet immense Ecopark, vu le peu de promeneurs rencontrés, j’ai l’impression que ce n’est que le début de quelque chose.
Je cherche sur la toile si on y parle de ce projet :
(…) Ecopark a dépassé plus de 10.000 projets immobiliers dans le monde pour remporter le titre de « zone urbaine avec le plus bel aménagement paysager au monde ».
Ce projet est également célèbre pour sa philosophie « Quand le marché va construire des maisons, Ecopark construit l’environnement. Quand le marché vend des maisons, Ecopark vend l’environnement et vend la nature ». C’est cette philosophie qui a créé le grand succès d’Ecopark.
(…) Le lac Thiên Nga (cygnes) s’étendra sur 50 hectares avec une chaîne de 5 jardins japonais avec une échelle de dizaines de milliers de mètres carrés avec des cerisiers et des cascades majestueuses. Des centaines de jardins seront aussi aménagés autour des tours. (…)
Comment les peuples portent-ils leur fardeau à travers le monde ? Si au Népal les sherpas ne cessaient de m’impressionner par leur capacité à porter de lourdes charges avec un simple bandeau autour de la tête, ici ce sont ces frêles femmes qui se faufilent sur les trottoirs encombrés. Ces porteuses de palanches ont l’art d’équilibrer leurs paniers suspendus à une longue tige de bambou et de les transporter sur une épaule sans le moindre balancement.
Eh oui le train passe sur ces rails, mais chaque petit restaurant ou bar affiche l’horaire sur son menu pour éviter les surprises (ou attirer la clientèle). Certes il n’y en a pas autant qu’entre Lausanne et Genève et ils circulent un peu plus lentement. Ici ce ne sont pas les vaches qui regardent passer les trains, on s’installe en terrasse et on attend le train de 19h.15 ou celui de 21h.
Dans un mois exactement, je serai au Manoir de Valeyres-sous-Rances pour la présentation de mon roman Chère Comtesse – de Katmandou à Valleyres, dans le lieu même où vécut cette femme fascinante. C’est la première fois que j’aurai la chance d’être publiée par un éditeur : les Éditions Mon Village.
Je suis tombée par hasard sur une question : « La première publication, une seconde naissance ? »
Je ne saurais répondre, c’est peut-être la naissance d’une identité, celle de la légitimité d’écrire. C’est en tout cas l’accouchement d’une gestation silencieuse, un dialogue intérieur fait de mots couchés sur des centaines de pages qui vont tout à coup devenir un objet matériel visible au public. Je ne sais pas encore où cela me mènera, mais je n’oublie pas toutes ces années d’écriture, les nombreux refus d’éditeurs. Voilà pourquoi mon étonnement fut grand quand le premier éditeur à qui j’envoyai le manuscrit de cette Chère Comtesse me répondit qu’ils étaient intéressés. Je tenais à ce que ce soient eux, puisque c’est de MON VILLAGE que je parle dans ce roman. Même si je ne sais pas si cela intéressera le public, c’est déjà une immense victoire qu’un éditeur croie qu’il contient quelque chose qui pourrait plaire.
J’y raconte une histoire qui occupe mon esprit depuis plusieurs années. C’est pendant mon séjour au Népal que j’ai commencé à visualiser comment mettre en mots la vie de la comtesse Valérie de Gasparin, une femme étonnante du XIXème siècle, enterrée dans le cimetière de mon petit village natal. Si j’ai associé ce récit à mon aventure népalaise, sous forme de lettres adressées à cette Chère Comtesse, c’était surtout pour essayer de comprendre pourquoi ce personnage me fascinait autant, tout en partageant avec elle quelques réflexions sur la réalité népalaise. Partir est souvent un bon moyen pour mieux voir d’où l’on vient. La persévérance, la patience et la sagesse récoltée près du toit du monde m’ont aidée à croire en ce projet jusqu’au bout.
Plus je vais tôt faire mon tour du lac, plus il y a de l’animation et de Vietnamiens qui bougent autour du lac de la Tortue. Quand j’arrive à y être vers 6h.30 du matin, voici le groupe de femmes qui trouvent leur énergie de la journée sur ce trottoir…