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« Clara sola »

Moi qui n’aime pas ça d’habitude, je ne pensais pas qu’un jour l’odeur de popcorn dans une salle de cinéma pourrait provoquer une si agréable sensation de liberté. On fête aujourd’hui l’abolition de l’armée. Je ne sais pas vraiment comment ils célèbrent l’évènement, si ce n’est que nous avons eu droit à un jour de congé. 

J’ai toujours soif de culture, alors ma curiosité a été titillée quand j’ai lu qu’on annonçait le film « Clara sola » comme le meilleur du cinéma costaricien. Je serai franche, comme je ne connais pas vraiment le 7ème art de ce pays, je n’ai pas de point de comparaison. 

Après avoir vu le film je comprends parfaitement pourquoi il a été sélectionné comme représentant national aux Oscars dans la catégorie du meilleur film international. 

C’est le premier long métrage d’une réalisatrice costaricienne, Nathalie Álvarez, et le rôle de Clara est interprété par une excellente danseuse costaricienne, Wendy Chinchilla, qui est actrice pour la première fois. Le film raconte l’histoire de Clara dans un village isolé du Costa Rica, une femme de 40 ans enfermée dans le rôle que lui attribue sa grand-mère. Elle connaît un éveil sexuel et mystique et va tenter de se libérer des conventions religieuses et sociales répressives qui ont dominé sa vie. Un film dans lequel la nature parle tout autant que les personnages. 

Bon voyage à ce film qui je l’espère rencontrera le succès qu’il mérite !

https://www.youtube.com/watch?v=lKQ3v58kxmQ

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Et pourquoi pas exploratrice ?

Je me souviens du jour où la maîtresse nous avait demandé de dessiner le métier que nous aimerions faire. J’étais en 3ème primaire à Rances avec Mademoiselle Besançon. Ce jour-là ma camarade de classe m’a appris le mot « speakerine », j’avais été impressionnée qu’elle connaisse un mot si savant alors que nous n’avions que 9 ans. Je revois la forme triangulaire des pieds sur mon dessin, eh oui à cette époque, mon ambition était de devenir danseuse et il fallait un triangle pour qu’on comprenne qu’elle était sur les pointes. Encore aujourd’hui je me demande qui avait mis cette idée dans ma petite tête et si quelques-uns de mes compagnons de l’époque font le métier qu’ils avaient dessiné. 

C’est à la banque que j’ai commencé ma carrière professionnelle, un véritable cliché quand on est Suisse. Ce monde-là était passionnant, quoiqu’un peu trop feutré pour combler mes envies de découvertes. La curiosité m’a propulsée vers d’autres métiers : la restauration, les vins, le sport, le tourisme, le voyage, l’assistance à la clientèle, l’éducation, l’hôtellerie (un petit coucou au passage à tous ceux qui ont dormi dans les lits de la pension Attima d’Ascona). Mes deux expériences les plus extrêmes restent les quelques jours dans une fabrique de choucroute (je ne vous dis pas l’odeur) et ceux passés à gainer des câbles pour un électricien devant les futurs frigos de Carrefour à Cheseaux (qui doit avoir disparu depuis – mais peut-être que mes câbles y sont encore).

Finalement, j’ai pu assouvir ma véritable passion depuis que j’ai enfilé le tablier de prof de français, écoutant et enseignant des mots tout en me promenant de ci de là. 

Pourquoi je vous parle de professions aujourd’hui ? Parce que dans chaque métier il y a toujours quelque chose qui nous ennuie. En ce moment, je me noie dans les évaluations, c’est l’époque de tous les examens DELF/DALF et vous le savez déjà je n’aime pas évaluer. J’aime allumer le feu de la passion pour la langue et la partager. Alors ce matin, prise au piège de cette overdoses d’examens, je me demandais si ce n’est pas plutôt une carrière d’exploratrice que j’aurais dû choisir. C’est vrai que les postes sont rares et majoritairement occupés par des hommes, mais on ne sait jamais… L’autre problème c’est que les seules terres qu’il reste à explorer ne sont pas sur cette planète et s’il n’y a personne à rencontrer cela ne m’intéresse pas. 

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Tortuguero

Il y a quelque temps j’ai eu une agréable surprise. Mon fils avait écrit en secret à ma direction pour mendier deux jours de congé en ma faveur, afin de passer un peu de temps ensemble pendant son séjour au Costa Rica. Quand on travaille du lundi au samedi et qu’on n’a que quatre semaines de vacances, je vous jure qu’on sait profiter de ce genre d’aubaine. Alors il fallait une escapade bien minutée pour profiter de chaque instant et de la joie des retrouvailles : direction El Tortuguero sur la côte Caraïbes, une oasis de nature où on ne peut arriver qu’en bateau. 

Grande est mon admiration pour dame tortue ! Non ce ne sont pas des traces de voiture que vous voyez sur la photo, mais bien le sillage du passage d’une tortue marine pour aller pondre ses œufs avant de s’en retourner vers sa grande baignoire. 

Un soir, notre guide nous a appelés pour nous montrer les bébés tortues qui avaient été récupérés. Alertés parce qu’ils s’étaient égarés dans les jardins de l’hôtel, ils les ont ramenés sur la plage. Impossible de les mettre à l’eau, cela aurait complètement chamboulé leur système d’orientation (GPS naturel), nous a expliqué le guide. Chaque tortue revient pondre sur la plage où elle est née, raison pour laquelle elles doivent absolument mémoriser le lieu exact en arrivant par elles-mêmes jusqu’à la mer. 

Et quand j’ai demandé combien de ces minuscules tortues arriveraient à l’âge adulte, le guide m’a répondu :

  • Une peut-être ou aucune.
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Henrietta

Saviez-vous que la première femme de José Pepe Figueres était américaine. Vu que la plupart d’entre vous ne savent pas qui était ce monsieur, en quoi cela pourrait-il vous intéresser ? … C’est compliqué de raconter des histoires, il faut savoir par quel bout la commencer. 

Pour faire court : J.P. Figueres (Don Pepe) a été le président du Costa Rica à trois reprises. C’est d’ailleurs sous son premier mandat que l’armée du pays a été supprimée en 1948 pour mettre fin définitivement aux guerres. 

Eh oui, la première femme de Don Pepe était une gringa : Henrietta Boggs. Grand a donc été mon étonnement quand j’ai appris que c’était avec la comédie musicale « Henrietta » qu’on avait choisi de célébrer les 200 ans de l’Indépendance du Costa Rica. Je ne voulais pour rien au monde manquer cet évènement au TEATRO NACIONAL. Depuis que je suis arrivée dans ce pays, j’attendais impatiemment de m’asseoir sur les strapontins de cette perle architecturale pour y admirer un spectacle. Même si les restrictions sanitaires ne permettaient pas de remplir complètement la salle, j’étais déjà dans le spectacle avant même que résonne la première note de musique, surtout que l’amitié est toujours la meilleure garantie pour passer un agréable moment. Quelle émotion donc de pouvoir étancher ma soif dans un tel lieu de culture ! Afin de faire durer le plaisir, je vais vous raconter un bout de l’histoire de cette femme plutôt atypique…

Henrietta avait 22 ans quand elle arriva au Costa Rica en 1940. Aînée d’une grande famille protestante, l’aventure l’attirait, elle ne voulait pas du destin tout tracé qu’on lui réservait. Elle quitta donc l’Alabama pour rendre visite à son oncle et sa tante. Elle fit un voyage de huit jours en bateau jusqu’à Limón. Quelques jours après son arrivée, elle rencontra un mystérieux étranger aux yeux bleus perçants. 

EN LE REGARDANT GARER SA MOTO ET SE DIRIGER VERS LE PORCHE, J’ÉTAIS UN PEU DÉÇUE. IL NE CORRESPONDAIT PAS À MES CRITÈRES D’ÉTUDIANTE. IL N’ÉTAIT PAS GRAND, NI BEAU, NI MÊME ATTIRANT AU SENS HABITUEL DU TERME. IL AVAIT UN ÉTRANGE PETIT SOURIRE EN DEMI-LUNE PRESQUE MALICIEUX… LA SEULE CHOSE QUE L’ON REMARQUAIT, C’ÉTAIT SES YEUX, D’UN BLEU SAISISSANT DANS UN VISAGE BRÛLÉ PAR LE SOLEIL.

Married to a Legend (1992) – Henrietta Boggs 

Don Pepe la demanda en mariage lors d’une promenade sur sa Harley Davidson au bord du cratère du volcan Irazú … et elle accepta. Elle découvrit le pays en train, à cheval et à moto, ne craignant pas de scandaliser les gens parce qu’elle préférait porter des pantalons plutôt que des robes. Pourtant sa vie n’eut rien d’un long fleuve tranquille puisque son mari dirigea la révolution costaricienne de 1948. Ils durent même partirent en exil au Mexique. Henrietta passa une partie de la révolution à fuir le danger avec son mari et ses deux enfants, portant le plus jeune dans ses bras pour échapper aux tirs ennemis. À l’âge de 29 ans, elle devint la première dame du Costa Rica et son mari président déclara peu après la suppression de l’armée du pays afin d’éviter de nouveaux bains de sang. Henrietta ne fut pas étrangère à la décision de donner le droit de vote aux femmes en 1950. Elle s’insurgeait auprès de tous ceux qui voulaient bien l’écouter contre cette injustice. Pour elle ce n’était pas normal que la moitié de la population du pays n’ait pas le droit de donner son opinion. 

La fin de l’histoire fut assez soudaine. Tout au long de la Révolution et de la fondation de la Seconde République, une distance s’installa entre Henrietta et son mari. L’attention que Don Pepe portait à sa famille passait après ses préoccupations politiques, et l’opinion de sa femme semblait avoir dès lors peu d’importance. L’homme était résolument marié à son pays et le fossé se creusa entre lui et son épouse. 

Leur relation s’assombrit encore plus lorsque les inquiétudes d’un médecin concernant un éventuel cancer de l’utérus contraignirent Henrietta à l’hospitalisation. Deux jours plus tard, Figueres rendit une visite de dix minutes à sa femme. Il arriva avec deux de ses collaborateurs politiques pour que les trois hommes puissent continuer leurs discussions dans la chambre d’hôpital. 

« C’est peut-être à ce moment-là que j’ai décidé de partir et de rentrer aux États-Unis », dira Henrietta quelques mois plus tard. En 1969, à part son époux, très peu de gens surent que la première dame montait dans un avion avec ses deux enfants pour ne jamais revenir au Costa Rica pendant la présidence de son futur ex-mari.

J’ÉTAIS ALLONGÉE DANS MON LIT D’HÔPITAL ET JE SAVAIS QUE MES JOURS AU COSTA RICA ÉTAIENT COMPTÉS. CETTE DÉCISION ME BRISA LE CŒUR. DEPUIS L’ÂGE DE VINGT-DEUX ANS, JE VIVAIS AU COSTA RICA ET LES SEULS AMIS QUE J’AVAIS ÉTAIENT DANS CE PAYS. DÉMÉNAGER AILLEURS SIGNIFIAIT DÉCHIRER MA VIE…

Married to a Legend (1992) – Henrietta Boggs 

La comédie musicale se termine avec un ballet de souvenirs joyeux qu’elle emporte avec elle de ce pays qui était le sien. Elle aimait dire que tout le monde avait droit à deux pays : celui où il est né et celui qu’il se choisit. 

Au vu des recherches effectuées pour comprendre qui était cette Henrietta avant d’aller voir la comédie musicale, je ne crois pas me tromper en disant que cette femme n’est pas très connue au Costa Rica, l’histoire oublie souvent les femmes… Elle méritait bien cet honneur au Théâtre National.