Je n’ai jamais trop aimé attirer la lumière sur moi, je préfère raconter dans l’ombre avec des mots inscrits sur le papier, mais vu l’agenda de ces prochaines semaines autour de cette Chère Comtesse, il va falloir que j’apprenne. Merci d’avance pour votre soutien !
J’aime avoir des habitudes quand je suis quelque part. On pense mieux pendant la routine quotidienne, on voit mieux aussi, même si on est à des milliers de kilomètres de son lieu d’origine. Il n’y a que l’horaire qui varie, le paysage est le même, les figurants ? Vu mon grand handicap qui fait que je ne reconnais pas les gens mais leurs histoires, je ne saurais vous dire si ce sont les mêmes personnages.
Je descends les 7 étages de mon immeuble et me faufile dans la foule, observant chaque mouvement :
Il y a un premier lac proche de chez moi avec ses pêcheurs, ces dames qui se tapent sur les pieds ou sur les jambes assises sur un banc.
Il y a cette petite boutique où chaque matin on confectionne des couronnes de fleurs aux teintes éclatantes. Au début je croyais que c’était des couronnes mortuaires, mais j’ai compris lors de la fête du 1er août organisée par l’ambassade suisse que c’était aussi des ornements pour les célébrations.
Il y a tous ces gens, attablés sur leur petit tabouret en plastique, qui mangent des soupes de nouilles sur les trottoirs. Souvent c’est tellement encombré que je préfère marcher sur le bord de la route.
Il y a de nombreux policiers dans leur uniforme kaki qui surveillent je ne sais quoi devant des petites cabanes en bois.
Il y a tous ces feux de la circulation qui des matins semblent parfaitement en harmonie avec la cadence de mon pas et d’autres matins ils me contrarient en étant obstinément rouges dès que j’arrive.
Il y a chaque matin ce même plaisir quand j’arrive sur les rives du lac Hoam Kiem et que je me lance dans le circuit… toujours dans le sens des aiguilles d’une montre pour me rappeler au bon souvenir de la marche autour du stupa.
Il y a tous ces groupes (surtout des femmes) qui font leur gymnastique quotidienne au rythme de quelque haut-parleur. Chacun a un emplacement spécifique, comme si c’était leur salle de sport. Mon préféré est celui sous le grand arbre car ils me surprennent toujours. Selon les horaires, ils dansent la valse, le tango, la salsa ou des chorégraphies plus locales, plus proches du Thai Chi vietnamien.
Il y a ce petit monsieur un peu âgé qui se promène avec une grosse médaille d’or autour du cou. Une fois il s’est assis à côté de moi sur un banc et il a essayé de communiquer. Comme son anglais n’était guère meilleur que mon vietnamien, je n’ai pas pu savoir dans quelle discipline il avait gagné sa médaille. C’était pendant les jeux asiatiques, je croyais qu’il en faisait partie, mais vu que les jeux sont finis depuis longtemps, il doit y avoir une autre explication puisqu’il est toujours là…
Il y a tous ces photographes avec des super objectifs qui attendent de photographier quelques sujets. Il est vrai que le cadre paisible du lac attire les foules et cela semble un rite de revêtir ses plus beaux habits pour immortaliser un instant de bonheur.
Il y a ces vendeurs d’éventails qui repèrent la sueur sur mon visage et qui m’éventent au passage, persuadés qu’ils vont faire une bonne affaire.
Il y a ce monsieur qui m’a fait croire au début qu’il y avait des oiseaux magnifiques à observer sous les arbres, jusqu’à ce que je comprenne que c’était avec son sifflet qu’il reproduisait ces chants mélodieux.
Il y a souvent des jeunes gens qui me demandent si je peux répondre à quelques questions. C’est un bon moyen pour eux de pratiquer l’anglais qu’ils étudient, ils arrêtent des Occidentaux autour du lac. L’autre jour ce sont deux fillettes d’une dizaine d’années qui m’ont épatée. Elles se débrouillaient tellement bien en anglais que je leur ai demandé si elles étaient dans une école anglophone. Non, m’ont-elles répondu, elles apprennent sur internet. L’une d’elle a même dit, un peu étonnée, qu’elle apprenait mieux toute seule sur internet qu’à l’école. Attention chers professeurs ! Il y a peut-être à creuser du côté de cette réflexion, ai-je pensé.
Il y a ces conducteurs de rickshaw qui m’interpellent au passage, espérant qu’enfin je me fatiguerai de mes longues marches et aurai envie de me reposer dans leur carriole pour qu’ils puissent gagner quelques sous en pédalant.
Il y a toutes sortes de vendeurs qui proposent chacun leur spécialité. Il y a cette femme en particulier qui m’interpelle chaque matin pour tenter de me vendre de l’eau, des cigarettes, un parapluie (quand il pleut) ou autres.
Il y a toutes ces jardinières au chapeau conique, accroupies dans les plates-bandes qui repiquent, désherbent, arrosent et renouvellent sans cesse les plantations… offrant au regard de beaux tableaux végétaux sous les grands arbres généreux en ombre.
Mais il y a aussi chaque matin quelque chose qui me surprend. Ce matin, c’était ce grand Américain noir sur le chemin du retour. Il avait un immense sac à dos avec les drapeaux de tous les pays. Au fait, je ne sais pas pourquoi je dis qu’il était Américain… Je ne lui ai pas parlé. Quand il a passé à côté d’un de ces policiers (ou soldat) en uniforme kaki, il s’est arrêté pour lui serrer la main. Dans ma tête j’ai construit toute une histoire… c’était peut-être un Américain qui a quelqu’un de sa famille qui a participé à la terrible guerre d’Indochine.
Et oui, je suis bavarde ce matin, me voilà presque libérée de toutes mes obligations professionnelles pour quelques semaines…
C’est lundi, j’ai congé. Je promène mon doigt sur la carte à la recherche d’un nouveau lac… Et c’est vers le lac Yên Só que je pars en exploration avec mon aimable voisine. On décrit le parc qui l’entoure comme le poumon de la ville. Comme tout le monde travaille, c’est vraiment paisible et agréable de se retrouver en pleine nature pour oublier quelques heures le chaos hanoïen.
Ah là là, j’avais presque oublié à quoi ressemblait une sortie culturelle. Eh oui, quand on arrive en fin de session, on est tout étonné d’avoir une soirée de libre… C’est donc sans hésiter que je remplace au pied levé une collègue qui vient de tomber malade et que je prends sa place VIP pour un concert lyrique à l’opéra d’Hanoï. “Nessun dorma, Il mio babbino caro, Carmen, la reine de la nuit”, tous ces airs d’opéra me rappellent combien la musique a ce pouvoir délicieux de nous faire plonger au cœur même de nos émotions profondes.
Ce matin j’ai croisé un adolescent qui marchait sur les trottoirs défoncés d’Hanoï en lisant un livre. Il avait l’air tellement absorbé par sa lecture que j’ai presque eu envie de l’interrompre pour lui demander le titre du roman.
En cette période de rentrée littéraire, cela m’a donné plein d’espoir, comme ces matins où on se lève très tôt et le ciel nous offre une belle promesse de l’aube rougeoyante.
Je crois que le lac des Cygnes va être mon nouveau lac préféré. Bien qu’il soit un peu loin de chez moi (13 kilomètres), la promenade en moto-taxi pour y arriver en valait la peine.
Quiétude, solitude, plénitude… c’était un vrai jour de congé loin de mes habitudes. Enfin un endroit où l’on privilégie et soigne l’environnement.
Pourtant, en observant la poussée des champignons immobiliers dans cet immense Ecopark, vu le peu de promeneurs rencontrés, j’ai l’impression que ce n’est que le début de quelque chose.
Je cherche sur la toile si on y parle de ce projet :
(…) Ecopark a dépassé plus de 10.000 projets immobiliers dans le monde pour remporter le titre de « zone urbaine avec le plus bel aménagement paysager au monde ».
Ce projet est également célèbre pour sa philosophie « Quand le marché va construire des maisons, Ecopark construit l’environnement. Quand le marché vend des maisons, Ecopark vend l’environnement et vend la nature ». C’est cette philosophie qui a créé le grand succès d’Ecopark.
(…) Le lac Thiên Nga (cygnes) s’étendra sur 50 hectares avec une chaîne de 5 jardins japonais avec une échelle de dizaines de milliers de mètres carrés avec des cerisiers et des cascades majestueuses. Des centaines de jardins seront aussi aménagés autour des tours. (…)
Comment les peuples portent-ils leur fardeau à travers le monde ? Si au Népal les sherpas ne cessaient de m’impressionner par leur capacité à porter de lourdes charges avec un simple bandeau autour de la tête, ici ce sont ces frêles femmes qui se faufilent sur les trottoirs encombrés. Ces porteuses de palanches ont l’art d’équilibrer leurs paniers suspendus à une longue tige de bambou et de les transporter sur une épaule sans le moindre balancement.
Eh oui le train passe sur ces rails, mais chaque petit restaurant ou bar affiche l’horaire sur son menu pour éviter les surprises (ou attirer la clientèle). Certes il n’y en a pas autant qu’entre Lausanne et Genève et ils circulent un peu plus lentement. Ici ce ne sont pas les vaches qui regardent passer les trains, on s’installe en terrasse et on attend le train de 19h.15 ou celui de 21h.