Peut-on vivre d’une passion ? Mon interlocutrice me disait récemment que mes yeux brillaient alors que je parlais de mon projet d’atelier d’écriture. Pourtant, il y a des jours où la locomotive s’essouffle et voudrait atteindre une gare où les voyageurs choisiraient de partager son enthousiasme.
Parlando di scrittura con un’amica, mi ha raccontato quanto fosse stata ferita dopo aver scritto le memorie della sua nonna. Attraverso una terza persona, aveva saputo che la sua nonna aveva strappato il manoscritto scritto e illustrato con grande amore. La mia amica si era presa il tempo di registrare sua nonna prima di trascrivere il suo racconto. Apparentemente la nonna non amava la sua voce. In un atelier di scrittura, questa è la fase più delicata: sapere come accogliere (e salutare) un testo senza emettere una critica che rischia di scoraggiare il suo autore; poi bisogna trovare le parole giuste per suggerire di rielaborare il testo in modo che acquisisca una forma più letteraria.
Qu’est-ce qui suscite l’envie d’écrire ? Est-ce que cela part du même endroit que l’envie de lire ? Quand je suis en voyage et que je ne vois personne avec un livre entre les mains, cela me rend triste, cela m’interroge, j’ai l’impression de nager à contre courant avec mon irréfrénable envie d’écrire. En attendant dans le hall de l’aéroport de Milan il y a une dizaine de jours, ne voyant autour de moi que des gens qui pianotaient sur leur téléphone portable, l’absence de l’objet livre dans le paysage m’a conduit à une étrange réflexion : une fois emprisonnés sur la page, les mots écrits sont-ils orphelins de leurs gestes ? Perdent-il de leur intensité ? C’est vrai c’est surprenant combien les Italiens ont besoin des mains quand ils parlent, moi aussi, même si ce n’est pas ma langue maternelle, je me suis surprise plus d’une fois en train de gesticuler quand je parle italien au téléphone.
C’est quoi Facebook exactement ? Soyons honnêtes, j’étais assez sceptique, c’est le prof du cours de Web marketing qui m’a convaincue de son utilité. Depuis le début du mois, je navigue en terres inconnues, j’apprends à facebooker, mais que de surprises. J’ai l’impression d’être entrée dans un pub où il y une immense foule, des anciennes connaissances du monde entier. Je salue les gens au passage, je rétablis le contact, j’aperçois certains de loin, on ne s’arrête jamais longtemps, la vie continue dans le village de la réalité. Les like sont comme des sourires échangés sur la plateforme, les images postées sont des moments de joie, mais surtout on s’écrit, on communique, ce sont les relations épistolaires des temps modernes.
Ieri sera ho finito il corso sul web marketing, social media e commercio elettronico. Non direi che navigo a mio agio in questa giungla, ma capisco meglio ora quanto sarà difficile trovare persone che hanno un po’ di tempo da dedicare alla scrittura. Gestire un sito web, Facebook, Instagram e forse Twitter o altri, queste sono tutte attività che mangiano il tempo. Peccato che l’espressione francese chronophage non esista in italiano – Propongo di inventare la nuova parola cronofago per definire le attività del mondo virtuale.
Je peux dire ce que je veux, je ne trouverai jamais pourquoi on écrit et comment on n’écrit pas.
Marguerite Duras
Le pianiste a besoin de ses gammes pour s’échauffer, comme la gymnaste avant de monter sur la poutre. Aujourd’hui, je m’entraîne avec l’elevator pitch. Elle est sympa cette expression, je la visualise : je monte dans un ascenseur avec un investisseur potentiel, je lui présente mon projet, j’ai quinze secondes pour le convaincre.
Essai elevator pitch 1 :
J’organise des ateliers d’écriture créative que je qualifierais de vacances intelligentes. Durant un week-end ou une semaine, j’offre la possibilité de pratiquer une activité créative au sein d’un groupe, tout en découvrant la région de Locarno. Mon rôle d’animatrice est de donner un élan à chaque participant afin de stimuler son envie d’écrire et d’assurer un climat de bienveillance et d’écoute.
Iniziare un nuovo cammino ci spaventa, ma dopo ogni passo ci rendiamo conto di quanto fosse pericoloso rimanere fermi. Roberto Benigni
Come trasformare una passione in mestiere senza che sia necessaria una vita per riuscirci? Una cara amica mi disse un giorno che le novità hanno bisogno di tempo in Ticino. Mi fece osservare la forma del cantone, paragonandolo ad un imbuto dove entrano molte idee, ma dal quale poche escono realizzate. Diceva che spesso la quantità immessa deborda, principalmente perché l’uscita è più stretta dell’entrata, allora molti se ne vanno, in cerca di terre migliori per le loro idee; oppure pazientano e trovano il modo di emergere dal posto giusto. Ho sceltole vie strette e scosse della pazienza, ho deciso di organizzare atelier di scrittura creativa in Ticino, sperando che mi possa portare i frutti necessari per preparare il pane quotidiano e coltivare i gigli per la mia anima.
Ces quelques mots que j’ai griffonnés sur la page m’aident à comprendre l’effet bienfaisant de l’écriture. Ce voyage au pays des émotions, structuré dans le cadre d’un court texte, oblige à la réflexion, voilà pourquoi je l’ai proposé à des jeunes lycéens. Quand je posais la question :
Qui es-tu ?
chacun commençait par écrire la liste des écoles suivies depuis l’école maternelle jusqu’à la fin de l’école secondaire, et comme tous les étudiants venaient de la même région, cela avait un effet plutôt banal. La plupart finissaient par dire pour quelle équipe ils étaient supporters, et là encore je me lassais assez vite de leur obsession parfois maladive pour l’Ambri-Piotta, l’Inter ou de lire sur leur feuille le nom de Lionel Messi. J’ai donc proposé cet exercice sur leurs souvenirs. En les guidant vers leur enfance, je les aidais à marcher vers leur futur.
Après une semaine de promenade émotionnelle, je décide de me recentrer et de cesser cette dispersion linguistique pour ne parler sur ce blog plus que français ou italien. En effet, la motivation première de ce site est d’inviter de futurs participants à se lancer dans l’acte d’écriture afin qu’ils s’y sentent légitimes.
La mémoire du dégoût est plus grande que la mémoire de la tendresse !
Milan Kundera
C’est samedi, je ne suis pas censée blogger, mais je voulais terminer ce voyage au pays des émotions, je vous épargnerai cependant le texte sur le dégoût…
Il n’est pas de passion plus contagieuse comme celle de la peur.
Michel de Montaigne
C’était un après-midi du mois de juin. Nous étions au milieu d’un champ, quand un orage a éclaté. J’étais avec mon frère, ma sœur et ma grand-mère, je devais avoir autour des neuf ans. La pluie s’est mise à tomber très fort et le ciel était zébré d’éclairs. Le tonnerre grondait bruyamment et soudain j’ai senti sur ma peau des cailloux qui tombaient du ciel. Nous avons hurlé « Il grêle ! » Ce jour-là, nous n’avions pas la voiture et le seul endroit où nous pouvions nous mettre à l’abri était sous le tracteur rouge, car ce dernier n’avait même pas de cabine où se réfugier. Je nous revois encore tous les quatre serrés entre les roues du tracteur. Ce jour-là ce fut surtout la frayeur de ma grand-mère qui me terrorisa car dès qu’elle entendait l’orage, elle avait une peur maladive et contagieuse.