Nessuna ombra, nessun brillare, nessuna farfalla, niente api, niente frutta, niente fiori, niente foglie, nessun uccello. Novembre!
Thomas Hood
Ombra, brillare, farfalle, api, frutti, fiori, foglie, uccelli. LUCE! COLORI! GIOIA! Novembre in Nepal!

Nessuna ombra, nessun brillare, nessuna farfalla, niente api, niente frutta, niente fiori, niente foglie, nessun uccello. Novembre!
Thomas Hood
Ombra, brillare, farfalle, api, frutti, fiori, foglie, uccelli. LUCE! COLORI! GIOIA! Novembre in Nepal!

L’autre soir le thème de la leçon avec mon étudiante était « C’était mieux avant »… Bien sûr, cela a le mérite de nous faire pratiquer les temps du passé, mais comme les textes étaient teintés de beaucoup de nostalgie, cela m’a un peu agacé de devoir respirer l’air poussiéreux de cette brocante. J’avoue que je ne partage pas du tout cette tendance à croire que c’était mieux avant. On n’arrête pas le temps et c’est tant mieux de pouvoir vivre dans cette époque (qui sera peut-être la Belle Époque pour certains d’ici quelques décennies). Franchement je trouve cela génial en tant que mère qui a dû s’expatrier pour son travail de pouvoir boire mon café chez moi, prenant un bain de soleil sur une terrasse des toits de Katmandou, en regardant une vidéo de mon fils en train de mesurer les vingt-cinq centimètres de neige qui sont tombés à Bosco Gurin ces derniers jours, de partager la joie de ma fille en lisant la lettre qu’elle vient de recevoir, lui annonçant qu’elle a gagné un scooter (cousin de Scooty) à un concours, voir mon autre fille en escapade amoureuse, immortalisés tous les deux devant la fontaine de Trévi, et entendre la voix de ma sœur me donner les dernières nouvelles de la famille… et tout cela grâce au WIFI… gratuitement (enfin grâce au loyer payé). Merci Degachen II ! Non ce n’était pas mieux avant, c’était différent.

Le bonheur est né de l’altruisme et le malheur de l’égoïsme.
Bouddha
Pourquoi est-ce que quand on m’interroge sur ma motivation à écrire cela semble bloquer le processus d’écriture ? Probablement que s’est lié au besoin de se sentir légitime dans cet art… Oui mes ateliers d’écriture me manquent, parce que j’aime découvrir (en écoutant les participants) la graine d’un texte et imaginer ce que cela pourrait devenir.

Il mio spirito d’avventura ha i suoi limiti. Vi prometto che non lascerò mai Scooty portarmi su strade così pericolose, anche se il traffico è meno intenso che nella capitale.
Depuis que je suis motorisée, je suis comme ce petit singe qui admire la ville de Katmandou (en haut à gauche sur la photo), je vois mieux, je comprends mieux, je vole grâce aux ailes de Scooty, et je n’ai plus peur de me perdre. Ce n’est pas de tout repos et la règle la plus importante est de ne jamais contempler le paysage pendant qu’on roule. Il faut beaucoup d’imagination pour anticiper n’importe quelle bêtise ou événement soudain qui pourrait survenir. Derrière mon casque il m’arrive de chanter au milieu du trafic parce que le goût de la liberté donne la banane… Hier c’était « Aux Champs Elysées » en remontant la Ring Road (le périphérique qui fait le tour de la ville), qui pourtant ne ressemble en rien à la célèbre avenue…

Mercredi 30 octobre : Bhai Tika – Le cinquième jour est celui de la Bhai Tika, la cérémonie que tout le monde attend avec impatience. Les sœurs ainées (Didi) apposent la tika (un mélange de yaourt et de couleurs spécifiques à ce festival) sur le front de leurs frères cadets (Bhai), en leurs offrant des bénédictions. Elles prient Yama pour la croissance, la prospérité et la longévité de leurs benjamins.
Toutes les maisons du pays sont illuminées et décorées avec des bougies, des lampes à huile et des guirlandes électriques. Le Stupa de Swayambunath offre une vue imprenable sur un Katmandou brillant de mille feux. Il est traditionnel d’aller de maison en maison chanter les bénédictions de Tihar, pour lesquelles les habitants de la maison offrent de l’argent. En dépit de l’interdiction gouvernementale des pétards et des feux d’artifice remplissent le ciel.
Là-haut sur la colline
On oublie les épines
Le chevreuil dans le pré
Illumine ma journée
Un oiseau sur la branche
Une joie en moi déclenche
Le vent caresse les feuilles
Je m’arrête sur le seuil
Pour un dernier regard
C’est l’instant du départ
Prenant dans mon bagage
Un conseil de grand sage
Never reply when you are angry.
Never make promise when you are happy.
Never make a decision when you are sad.

Martedì 29 ottobre – Il quarto giorno è dedicato all’animale da tiro, il bue. In questo giorno, i Newari eseguono il Mha Puja, l’offerta che celebra l’essenza di ogni persona, purifica e rafforza l’anima.
Questa mattina, prima di colazione osservo la lezione di danza dei monachi. Iniziano all’alba quando sorge il sole. Sembra che anche Scooty faccia parte dello spettacolo.
Poi vado a colazione pensando che forse oggi è il giorno in cui inizierò ad apprezzare il tè tibetano al burro salato. I miei occhi cadono su un cartello all’entrata della grande sala da pranzo:
If you are still searching for that one person who will change your life, take a look in the mirror.

Lundi 28 octobre Gai Tihar – Le troisième jour célèbre Gai Tihar et Laxmi Puja. Lors de cette journée, on dédie des prières et on offre de la nourriture à la vache (Gai), symbole de Laxmi. On prie également la déesse à laquelle on offre une Puja (offrande) sophistiquée le soir. Chacun trace devant sa maison un chemin avec des poudres de couleurs, pour que Laxmi trouve l’entrée du foyer. Les portes et les fenêtres restent ouvertes pour elle. Et pour mieux attirer son attention, on place des rangées de lampes le long des fenêtres et des portes.
Voilà trois mois aujourd’hui que j’ai atterri dans ce pays si différent du mien. Pour marquer ce passage, je me suis retirée quelques jours dans ce monastère bouddhiste. Je respire et me ressource dans cette nature qui me rappelle que je la vénère plus que n’importe quelle religion.
Alors que s’installe déjà une certaine routine monastique, rythmée par les repas et la prière de l’après-midi, je prends le temps pour une réflexion sur ce premier trimestre. Heureusement, aujourd’hui je n’ai plus ces crises de découragement qui, au début, me donnaient envie de quitter le pays. Mes expériences passées m’ont aidée à m’adapter à toutes les situations, cela va mieux aujourd’hui, surtout depuis que j’ai les ailes de Scooty. Je m’étonne cependant, alors que j’ai toujours eu comme priorité d’apprendre la langue du lieu où je résidais, de n’avoir pas réussi à apprendre plus de trois mots de népalais (et encore le Namaste je le savais déjà avant de partir). Il faut dire que c’est compliqué. J’enseigne le français dans une école indienne où la langue de communication devrait être l’anglais (un anglais que je ne comprends pas toujours tant l’accent de certains est prononcé), de plus je ne suis pas capable de reconnaître si mes collègues (ou les élèves) parlent le hindi ou le népalais entre eux. Dans ce monastère, les prières sont dites en tibétain, mais je ne sais pas dans quelle langue les moines communiquent entre eux. Dans le quartier où j’habite ils parlent le newari et je sais seulement dire bonjour avec un mot qui sonne comme Jojo Lapin. Je dirais que pour apprendre une langue le facteur le plus important est celui de la motivation, l’envie de communiquer. En observant la vie de ces moines, qui jamais ne cherchent à communiquer avec nous, je me rends compte que c’est aussi pour cela que je ne suis pas motivée à apprendre la langue. Dans ce pays, je rencontre très peu de gens curieux de l’autre, je me sens rarement accueillie quelque part, beaucoup observée, mais sans jamais savoir ce que pensent vraiment les gens. Même dans le petit supermarché où je fais mes courses, on ne nous dit ni bonjour ni au revoir. On ne peut leur en vouloir pour cette nonchalance, c’est ainsi partout. Même le merci n’est pas un mot que l’on prononce beaucoup. Par exemple, quand un élève a son anniversaire (il a le droit de venir à l’école sans être vêtu de l’uniforme) il apporte généralement un sac rempli de douceurs (bonbons, biscuits ou chocolats) qu’il distribue (même aux professeurs) et bien figurez-vous que j’ai beau tendre l’oreille je n’entends pas les merci. Les codes ne sont pas les mêmes, il faut du temps pour les apprendre et les comprendre.
Allez, la brume se lève, je vais bouger un peu…

Domenica 27 ottobre : Kukur Tihar, è dedicato al culto dei cani, agenti di Yama, guardiani delle porte della morte, a cui offriamo dolciumi e corone di fiori.
La colazione è servita alle 07.00 con lo stesso cerimoniale di ieri. Mi siedo accanto ad una giovane e simpatica Italiana conosciuta ieri sera. Mi fa piacere chiacchierare con lei e ritrovare la spontaneità di una lingua che non parlo più da quando sono partita dalla Svizzera.
Menu: lo stesso pane di ieri, non proprio cotto ma mi piace, e un piatto di fagioli rossi con cipolle e qualche pezzo di patate. Non ho mai avuto problemi a mangiare salato al mattino, ma la bevanda, che pensavo fosse tè con latte, è molto più difficile da inghiottire. Dopo un sorso, mi dico, peccato, non ce la faccio. Quando decido di non bere, i miei occhi cadono sul cartello:
If you think of wasting food think of someone who has nothing to eat.
Vedo alcuni dei giovani monaci che hanno già mangiato tutto e leccano il loro piatto. Faccio un respiro profondo e mi dico: « Forza, c’è la farò! ». Scoprirò dopo, da una giovane Americana, che era il famoso tè Tibetano al burro salato. Effettivamente sembra strano all’inizio, ma sarà già più facile berlo dalla seconda mattina.

Le repas est servi à 19 heures dans le bâtiment blanc, mais comme je ne sais pas où aller, je repère un couple d’Occidentaux et les suis. Le premier réflexe serait de prendre une photo, mais heureusement ici aussi c’est interdit. La scène qui s’offre à mes yeux est spectaculaire et, je vous l’avoue, un peu flippante. Comme dans le monastère, nous avons dû enlever nos chaussures (cette fois j’avais prévu et enfilé des chaussettes dans mes sandales car dès que la nuit tombe la fraîcheur s’installe). Il doit y avoir plus de deux cents moines dans cette grande salle, alignés par douzaine à leur pupitre. La dizaine de visiteurs que nous sommes s’asseyent également en tailleur derrière des pupitres identiques sur le côté. Le regard droit, j’observe les moines, tous vêtus de leur robe rouge bordeaux. Certains sont encore de jeunes enfants (il y a une école pour les moines dans le monastère qui compte plus de 70 élèves, de la 1ère à la 9ème année, et 12 enseignants, qui sont tous des moines). Ils récitent quelques mantras, créant un brouhaha impressionnant dans cette salle à manger qui ne ressemble à aucun lieu que j’ai connu. Pendant ce temps, on nous distribue une assiette en métal. Deux moines passent avec un gros panier chargé de pains qui n’ont pas l’air complètement cuits, un autre les suit avec un bidon en fer et nous sert une louche de pommes de terre avec des légumes. Je suis rassurée quand je vois arriver une cuiller, car j’avais peur de devoir manger avec les doigts (c’est plutôt liquide). Quand on voit les moines (habitués au rituel) avaler la première bouchée, on peut manger. Je retrouve avec plaisir le goût de coriandre qui me rappelle les sapeurs culinaires de la Colombie. C’est délicieux… Je mange lentement pour être occupée le plus longtemps possible.
