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La poste de Saïgon

Allez, suivez-moi, je vous emmène à la poste de Saïgon, inaugurée en 1863 au temps de l’Indochine. C’est un des plus vieux bâtiments coloniaux de la ville et naïvement je croyais que c’était un musée, tant l’architecture y est impressionnante. Pourtant c’est une vraie poste, la plus grande du pays, d’où l’on peut envoyer lettres et colis. Je me serais volontiers assise sur ces bancs pour écrire quelques missives, mais voilà, plus personne n’écrit de vraies lettres et moi je n’aime pas les correspondances à sens unique, enfin sauf quand je comprends pourquoi on ne me répond pas (comme cette chère Comtesse). La seule personne qui m’écrivait a dû se mettre à la technologie parce que sur ses quatre lettres je n’en ai reçu qu’une seule depuis que je suis dans ce pays.

L’endroit est charmant, mariant l’occident et l’orient et on peut y admirer la fameuse charpente métallique signée par Gustave Eiffel.

C’est peut-être ce que j’ai aimé le plus à Hô Chi Minh Ville, c’est cette capacité à intégrer le passé à la modernité. La preuve avec ces jeunes musiciens et danseurs, vêtus de l’áo dài traditionnel, qui offraient un spectacle électro ultra moderne devant le bâtiment de la poste.

Chère Comtesse

« Chère Comtesse » à Saïgon

Me voici de retour sous le ciel gris d’Hanoï après quelques jours à la découverte d’Hô Chi Minh Ville. La ville a été rebaptisée en 1976 au moment de l’indépendance. Je pensais que seuls les nostalgiques utilisaient le terme de Saïgon, il n’en est rien, les deux noms sont énoncés pour la plus grande ville du Vietnam. Les gens du nord parlent plutôt d’Hô Chi Minh Ville, ainsi que les jeunes, mais au sud on entend aussi beaucoup Saïgon. C’est du reste encore le nom du centre historique et de la rivière qui traverse la ville. Saïgon est souvent un choix pour les projets touristiques à cause de sa brièveté par rapport au nouveau nom.

Cette « Chère Comtesse » était du voyage puisque c’est pour la présenter que j’étais invitée au 2ème festival du livre francophone organisé par l’AFV Saïgon, aux côtés de six autres auteurs. Grand a donc été mon bonheur de voir des amateurs de littérature repartir avec mon livre entre les mains. J’ai ainsi fait voyager Valérie de Gasparin dans un pays qu’elle n’a jamais visité.

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Parler vaudois à Ho Chi Minh Ville

Parlez-vous vaudois ? 

Samedi prochain durant le 2ème festival du livre francophone, je participerai à une table ronde autour des expressions francophones pour représenter la Suisse à Ho Chi Minh, à côté du Québec, de la Provence et du Liban.

À cette occasion, je me suis amusée à reprendre des expressions rescapées du patois vaudois avec lesquelles j’ai écrit un court texte que je lirai devant le public. Pour cela, j’irai repêcher (si l’émotion ne parasite pas le processus) tout au fond de ma mémoire l’accent que j’ai gommé au fil des années. 

Site AFV Saigon :

https://www.afvsaigon.org/salondulivre2023&rdv=756

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Dernière virée à Con Dao

Allez, dernière vue de l’archipel de Con Dao !

Pendant que j’étais assise sur la petite île de Con Son, j’ai passé un cap important. Pour le célébrer, je me suis offerte une journée de liberté grâce aux ailes d’un lointain cousin de mon cher Scooty laissé à Katmandou. Même couleur, même marque, il n’en fallait pas moins pour retrouver la sensation de bonheur d’une virée cheveux au vent. 

Si les routes (peut-être devrais-je plutôt dire la route) sont quasiment désertes, il vaut mieux être prudent car à chaque instant une troupe de singes peut surgir au milieu de la chaussée, puisque les macaques sont habitués à être nourris par des curieux indisciplinés avides de la photo inédite. 

Pour ceux qui suivent mon bavardage depuis un moment, vous savez combien je ne suis guère amie avec ce genre de primate, surtout quand ils montrent leurs dents d’un regard agressif, donc je ne vous offrirai pas leur photo.

Chère Comtesse

2ème Festival du livre francophone AFV Saïgon

Oh comme je me réjouis d’aller promener cette Chère Comtesse à Ho Chi Minh Ville et de la faire connaître aux francophones et francophiles au sud du Vietnam !

Youppie ! Encore un voyage pour découvrir la grande ville du sud, puisque j’aurai la chance de participer au 2ème salon du livre francophone organisé par l’Association des francophones du Vietnam Saïgon Accueil le samedi 25 mars prochain.

https://www.afvsaigon.org/salondulivre2023

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Le culte des ancêtres

Si le reste du monde a oublié ce qu’était le bagne de Poulo Condor, on n’oublie pas sur l’île de Con Son. Le 23 janvier est une date importante : 

Elle s’appelait Vō Thi Sáu. Née en 1933, c’était une combattante de la résistance pendant l’occupation française. Dès l’enfance, elle s’engagea en politique. À l’âge de quatorze ans, elle tua un capitaine français lors d’une attaque à la grenade. En février 1950, lors d’une seconde tentative d’assassinat, on la captura et on la condamna à mort à la prison de Chi Haa à Saigon. N’ayant pas l’âge légal pour l’exécution, elle fut envoyée au bagne de Poulo Condor, où elle mourut le 23 janvier 1952 devant un peloton d’exécution. 

Cette volonté de chasser les envahisseurs à un si jeune âge est impressionnante. J’avoue même que j’y pense souvent quand je suis devant une classe d’adolescents un peu trop apathiques. 

Comment ne pas être chamboulée par de tel destin ? Quelle force habitait cette jeune fille de 14 ans pour décider de lutter activement pour son pays ? 

J’avais déjà visité le cimetière de Hang Duong deux jours plus tôt, mais j’y suis retournée le soir du 23 janvier pour voir comment on commémorait cette héroïne et martyre nationale. J’ai été très impressionnée de voir une telle ferveur autour de la tombe de la jeune fille 71 ans après sa mort. Des gens arrivaient par dizaines chargés d’offrandes composées principalement de fleurs blanches et d’objets dont une jeune fille peut avoir envie, comme des miroirs, des peignes, du rouge à lèvres, des fruits ou autre nourriture. Ils priaient et allumaient des bâtons d’encens. 

Tout était organisé. Un homme réceptionnait les plateaux d’offrandes et les arrangeait au-dessus et à côté de la tombe, créant ainsi une pyramide de fleurs. Le peuple se souvenait et n’oubliait pas le prix que certains avaient payé pour libérer le pays. 

Le culte des ancêtres donne le temps aux blessures de cicatriser et permet aux Vietnamiens d’effectuer un long travail de deuil. 

Ce lieu n’est pas touristique, c’est un lieu du souvenir, je n’y ai croisé aucun visage occidental, je n’ai pas photographié leur intimité. 

Sur les vingt milles prisonniers vietnamiens morts à Con Son, près de deux milles y reposent pour l’éternité, mais seulement 700 tombes portent un nom.

Alors, en souvenir de tous ces anonymes, je suis retournée au milieu des fleurs près de la mer où l’on continuait de fêter le Têt, puisque c’était le 2ème jour de l’année du chat…

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Les cages à tigres

J’ai besoin de vous parler de ces ombres de la barbarie parce que comme le dit un proverbe oriental la mémoire se perd mais l’écriture demeure.

Même si j’en avais beaucoup entendu parler, voir les cages à tigres de Con Dao et me promener en des lieux aussi lugubres a vraiment été un choc.

Elles furent construites en 1940 pour incarcérer près de deux milles prisonniers politiques, dont de nombreuses femmes. Les États-Unis continuèrent à les utiliser de 1960 à 1970. Les prisonniers étaient enfermés et enchaînés dans ces fosses en béton avec des barreaux au plafond. 
Pour visiter les cent-vingt minuscules cellules, on traverse une longue passerelle dans un bâtiment qui en contient une cinquantaine. De là les gardes frappaient les prisonniers et les aspergeaient de chaux vive mélangée à de l’eau. Était-ce pour lutter contre les poux et la vermine ou simplement pour le plaisir sadique ? Cet horrible traitement provoquait des brûlures et la cécité de nombreux détenus. 

Comment pouvait-on pousser la cruauté à un tel point ? Être enfermé dans ces cages devait être bien pire que la mort. Le roman « Riz noir » d’Anna Moï témoigne de cette horreur. 
Pour rendre la scène plus réelle, on y voit des mannequins dans de nombreuses cellules ou en-dessus des barreaux pour représenter les prisonniers et les gardiens.

 Cette honte punitive a été bien cachée et tenue secrète longtemps. Ce n’est que grâce aux témoignages d’un ancien détenu qu’elles ont été découvertes.

En 1970, une délégation américaine s’est rendue au Sud-Vietnam. Lorsqu’ils arrivèrent sur l’île, Frank Walton, le directeur de la sécurité publique, se vanta que l’inspection révélerait un établissement offrant de meilleures conditions que les prisons de son pays. Cependant, Tom Harkin, un assistant du Congrès, avait appris d’un ancien prisonnier comment localiser la zone cachée de la prison où se trouvaient les cages à tigres. Ils s’écartèrent de la visite prévue pour la délégation. Quand il vit la porte d’accès bien cachée derrière un potager, il demanda à leur guide ce qu’il y avait derrière. Celui-ci voulut nier en disant qu’il n’y avait rien, mais le geôlier à l’intérieur, habitué au signal de sa voix, ouvrit la porte sur l’horreur des cages à tigres.  
Malgré cela le rapport officiel de la délégation sur le voyage minimisa les conditions de détention abusives. Harkin décida alors de divulguer les photos qu’il avait prises durant la visite. Révolté par ce « blanchiment », il se sentit obligé de témoigner des violations qu’il avait constatées. Les photos tristement célèbres furent publiées dans le magazine « Life » en 1970.
Heureusement, aujourd’hui sur cette charmante île c’est un vent de quiétude qui la caresse et c’est en plongeant dans la mer que l’on retrouve la magie de l’instant présent. 

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La barbarie

Même si cela me faisait un peu peur, je suis allée visiter la prison de Phu Hai, la plus ancienne et la plus grande des onze prisons sur l’île de Con Son. Elle a été construite par les Français en 1862. 

À l’entrée, il y avait un panneau avec une flèche pour indiquer où prendre le ticket. Je n’ai trouvé personne au lieu indiqué, alors je suis entrée dans l’immense cour de la prison. C’était macabre, parce que mon imagination est trop florissante, elle me faisait voir le film de ce qu’avaient été ces lieux. 

Les bâtiments s’étalent sur plus de douze mille mètres carrés. J’ai jeté un œil dans les dix grandes cellules, sursautant à chaque fois que mon regard y trouvait des mannequins enchaînés tant ils semblaient plus vrais que nature. Dans certaines on enfermait jusqu’à deux cent personnes. Des milliers de personnes étaient détenues en ces sinistres lieux, les prisonniers politiques et de droit commun y étaient mélangés. À l’époque des Français, tous les prisonniers étaient nus, enchaînés les uns aux autres, une petite boîte servait de toilettes à des centaines de personnes. Leur seule nourriture se composait d’une petite boulette de riz. Les pires tortures y étaient pratiquées, on voulait faire taire l’ennemi.

Heureusement, le temps efface les odeurs, mais c’était tout de même oppressant comme sensation. Si j’avais la peur au ventre, c’est aussi parce que j’étais complètement seule, je n’y ai croisé aucun autre visiteur, ni garde susceptible de me demander le billet que je n’avais pas pu acheter. Je craignais alors de me trouver devant une porte close quand je voudrais sortir. 

Tout au fond de la prison, il y avait une vingtaine de salles d’isolement destinées aux prisonniers particulièrement dangereux. Les cellules ne devaient faire guère plus de deux mètres sur trois, pourtant on réussissait à y enfermer jusqu’à soixante-trois détenus. Ils y étaient tellement serrés qu’ils n’avaient même pas la place pour s’allonger. 

Heureusement, j’ai retrouvé ma liberté et la belle plage de sable blanc m’attendait pour y noyer l’incompréhension de toute cette barbarie infligée à un peuple qui ne demandait qu’à être libre. 

Quel gâchis ! Pourquoi ce pays a-t-il été la scène d’autant de violence ? Le pire c’est que l’histoire oublie vite les actes inhumains et leurs conséquences. 

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Le bagne de Poulo Condor

Ouvrir la porte du passé de Con Dao s’est se heurter à quelque chose dont les Occidentaux ont peu de quoi être fier. 

Les Français, au temps de l’Indochine, puis les Américains pendant la guerre jusqu’en 1975 y ont enfermé des milliers de prisonniers. 

Autrefois appelées les îles Poulo Condor (= l’île aux courges en malais), l’archipel donna son nom au tristement célèbre bagne de Poulo Condor. Le lieu rappelle les atrocités du bagne de Cayenne en Guyanne, dont la notoriété est encore plus grande. La multiplication des prisonniers politiques enfermés sur cette île a probablement été le germe qui a préparé le peuple à la révolution et aux deux longues guerres qui secouèrent le pays pendant des décennies. 

La beauté d’un lieu a-t-elle le pouvoir d’effacer les horreurs dont sont capables les êtres humains ? Pour l’instant c’est encore trop proche pour le dire. C’est probablement pour cela que les onze prisons sont désormais des musées que l’on peut visiter parce que l’on ne veut pas oublier. C’est un lieu de mémoire où beaucoup de familles viennent pour honorer leurs disparus. Peu importe les convictions religieuses, le point commun de tous les Vietnamiens c’est le culte des ancêtres qui se pratique dans la sphère privée comme dans les communautés.  

https://fr.wikipedia.org/wiki/Bagne_de_Poulo_Condor