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Le chant du confiné

Il s’appelait Confiture… Oh là là c’était il y a si longtemps… Pourtant je me souviens de ce sentiment d’orgueil, d’être assise, seule, sur la selle de ce petit poney. Si j’étais fière, c’était surtout parce que mes deux cousins et ma sœur cadette durent partager leur monture. Je l’aurais voulu un peu plus grand. Ma tête arrivait à peine à la hauteur des étriers des autres cavaliers. C’est vrai que tout le monde se moquait un peu de Confiture, et par la même occasion de moi, surtout quand il trottinait pour dépasser les autres chevaux. J’avais confiance, il était comme moi, petit, mais sa volonté était celle d’un héros. Quand nous étions arrivés au mas, mon père avait dit au gardian en pointant mon oncle du doigt :

  • Il faut lui donner votre meilleur cheval, il était colonel dans la cavalerie.

L’oncle Georges ne confirma pas cette affirmation, néanmoins il eut l’étalon le plus nerveux.

Ce n’était pas la première fois que je montais à cheval, mais découvrir les marais de Camargue sur une monture rendit l’aventure inoubliable et insuffla en moi l’envie de découvrir d’autres natures sauvages. Cependant, encore aujourd’hui, je me dis que je lui aurais volontiers confisqué son trot, afin qu’il s’aperçoive de l’esprit de liberté qu’une allure de galop pouvait lui procurer. Pendant toute la randonnée, il me secoua avec son pas saccadé, ignorant que ses pattes disposaient d’une autre vitesse à enclencher. Comme il était un peu rondouillard, son excès d’énergie le fit transpirer du garrot. À force de me soulever pour suivre son rythme, je me mis aussi à dégouliner, et notre sueur finit par se mélanger, collant sur ma peau comme des fruits confits.

Alors que nous avancions en file indienne sur un sentier étroit, le cheval devant moi s’arrêta soudain. Je tirai sur les rennes, mais Confiture ne voulut rien savoir et décida de surpasser le barrage en se faufilant dans les roseaux. Il dérangea toute une famille de canards, qui s’envolèrent aussitôt. Ma fougueuse monture s’arrêta enfin, sous les rires de toute la compagnie.

Regardant les oiseaux s’éloigner par-dessus les marais, l’oncle Georges mima un geste de chasseur et cria :

  • Pan !
  • Loupé ! dit mon père. Dommage, pas de confit de canard pour le souper.

Sous son large chapeau noir, le gardian s’étonna d’avoir configuré une si joyeuse troupe, lui, habitué aux hordes de touristes de cavaliers inexpérimentés. Il nous emmena plus loin que prévu, vers des terres encore plus sauvages, pour admirer les flamands roses et surprendre les taureaux dans leur baignoire naturelle. Puis brusquement, il fit demi-tour et dit sur un ton confidentiel :

  • Chut… Désolé, on ne peut aller plus loin. Ici, c’est le territoire du Lou Drapé, on risque de le déranger.

Il nous parla de ce cheval fabuleux à voix basse, mais je ne l’entendis pas, car Confiture s’était déjà lancé sur le chemin du retour. Il fallut alors revenir vers les écuries et reprendre la route du camping.

Collante de sueur, confinée dans l’habitacle de la voiture entre mon frère et mes deux sœurs, je regrettais déjà l’esprit de liberté de cette belle aventure.

Aujourd’hui, quand je repense à mon père, je me dis qu’il avait l’âme d’un confiseur, tant il était capable de nous faire goutter les douceurs de la vie en savourant avec nous les joies de la découverte.

*****

Étonnant tout de même cet esprit de liberté que nous donne l’écriture. J’ai composé ce texte afin de rompre l’ennui du confinement. Pour notre atelier d’écriture mensuel, j’avais proposé dix mots (à vous de les trouver) à insérer dans un texte. D’habitude, je n’écris pas avec les participants durant les ateliers en présentiel, de manière à privilégier une meilleure écoute. Comme cette fois, chacun écrivait depuis son confinement, j’avais une tartine de temps à disposition et j’avais moi aussi besoin de m’envoler. Il m’a suffi de regarder au fond des yeux de cette mule (une photo égarée sur mon ordinateur depuis mon trek de janvier) pour ramener un souvenir au bout de ma plume…

Si vous trouvez les dix mots, essayez vous aussi de composer votre chant du confiné… ou votre champ de confiné… et soyez généreux, partagez-le !

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Une porte pour votre plume

Connaissez-vous Porte-Plume ? Nom évocateur pour les passionnés d’écriture. Alors, comme j’ai toujours dans la tête une lettre pour un destinataire inconnu, le bec de ma plume a tracé quelques lignes pour envoyer un message… Hier, la douce voix de Manuella Maury a renvoyé l’écho de mes mots sur les ondes de la Radio Suisse Romande…

Voici la lettre… un peu plus longue que dans l’émission, car avec ma manie de ne pas lire les instructions je n’avais pas vu qu’il y avait une longueur maximale…

N’hésitez pas, écrivez à vos proches ! Inondez-les de votre courrier ! La technologie ne remplace pas tout, surtout pour nos aînés qui auront peut-être plus de plaisir à recevoir une lettre plutôt qu’un appel, parce qu’ils pourront lire et relire votre lettre, ou simplement la poser à côté de leur verre solitaire.

Katmandou, le 4 avril 2020

Cher condamné de la dernière heure,

Hier j’ai reçu un message Whatsapp de ma sœur, elle me disait « Tu devrais écouter Porte-plume sur RTS, cela parle d’écriture. » Alors j’ai écouté… et j’ai enfin trouvé un moyen pour vous adresser cet ultime message.

Une infinie tristesse m’habite depuis quelque temps quand je pense à tous ceux qui vont fermer leurs yeux sans revoir leurs proches. Je vous écris parce que je me sens si inutile dans ce combat planétaire, alors que je voudrais montrer combien je suis brave au combat. J’ai eu envie de vous envoyer quelques mots, un dernier regard, un clin d’œil depuis le pays qui abrite le toit du monde. De la terrasse où je suis confinée, on aperçoit les sommets enneigés de l’Himalaya. Le monde est beau, le monde est vaste et la nature est aux commandes de cette perfection qu’on oublie trop souvent. Cependant, la terre, mère généreuse, sait aussi faire preuve de violence quand elle explose ou se déchaine, d’injustice quand elle oublie d’arroser les plus pauvres. Et voilà que dans l’infiniment petit, elle a réussi a dosé tous les éléments pour créer un ennemi minuscule, capable de défier la planète entière. Les armées du monde entier restent impuissantes devant le désastre.

Pourtant, vous, condamné de la dernière heure, vous êtes en ce moment entre les mains de soldats dont on chante les mérites chaque soir sur les balcons. Cette armée blanche est particulière puisqu’elle gagne le combat quand elle sauve des vies. Au moment où votre cœur cessera de battre, ils souffriront de n’avoir pu vous délivrer de ce terrible ennemi. En plus de la douleur de ne plus jamais entendre résonner vos pas, vos proches souffriront par l’absence de tous ceux qui vous ont connu, aimé, respecté, rencontré… Malheureusement, c’est la vie, c’est l’histoire du monde, nous ne pouvons que suivre le chemin de la résignation et laisser les engagés continuer la lutte.

Ce n’est pas la première épidémie sur la planète, par contre c’est la première où l’ennemi, royal par sa puissance, peut se vanter et monter sur la scène mondiale pour afficher avec orgueil le nombre de ses victimes.

Le Népal aussi s’est confiné, bien qu’on ne nous annonce que six cas, dont aucun mortel. Comme le peuple népalais est obéissant, il reste chez lui. Le soleil d’avril inonde les toits de Katmandou. On s’interpelle d’une terrasse à l’autre. Les oiseaux sont plus nombreux dans cette capitale habituellement si chaotique et si polluée. Les chiens continuent d’aboyer, mais les caravanes de touristes sont toutes reparties. On observe de loin ce qui se passe en Europe et ailleurs.

Ce matin, je pense à vous, démuni devant l’inconnu, sûrement effrayé par cette vague qui va vous arracher votre dernier souffle.

J’aimerais vous faire sourire au moment de l’instant final, rappeler à votre mémoire quelque moment délicieux, je ne peux que vous conter l’onde d’espoir que demain nous annonce peut-être. Serons-nous meilleurs après ce tsunami ?

Quand mon grand-père est mort, je me souviens des mots du pasteur : « Il est parti rassasié de jours… », comme si la vie était un grand festin. Bien que je l’imagine difficile, c’est cette sérénité que je vous souhaite, parce que la colère fait mal…

Regardez cette jeune infirmière près de vous, donnez-lui le courage de continuer son combat avant de fermer vos yeux une dernière fois.

Je me souviens de mon père très malade qui craignait ce douloureux passage vers un ailleurs inconnu. Je lui récitai alors la phrase de Mallarmé : « Qui sut se faire aimer ne meurt pas tout entier. » Son visage s’éclaira et il me dit : « Elle est bien ta combine, redis-la-voir. »

« Qui sut se faire aimer ne meurt pas tout entier. » C’est ce que je vous souhaite, cher condamné de la dernière heure.

Puisse la barque qui vous emportera vous emmener vers une rive paisible.

Avec toute mon affection,
Anne-Lise Ravey

(à partir de la minute 9.00)

 

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2077

Nous voici déjà sur la case du deuxième jour de l’an 2077, puisque hier on fêtait le nouvel an népalais. À part les chants joyeux de mes voisins (qui sonnaient quelque peu détonné à mes oreilles d’Occidentale), je ne peux vous relater comment on le célèbre, puisque je n’ai point vu l’énorme char transportant la statue du dieu Bhairava dont on m’a parlé. Cependant, j’en profite pour m’arrêter un instant sur la traduction de l’hymne national parce que sa poésie vaut la peine d’être partagée.

Jaya Jaya Nepala !

Les cent fleurs

Nous sommes les cent fleurs 
d’une seule guirlande, le Népal
Souverain, il s’étend 
de Mechi à Mahakali.

Conservant l’héritage éternel 
de la nature versé
Par le sang des braves libres 
et indestructibles.

Terre de connaissance, de paix, 
de Téraï, de collines, de montagnes
Notre bien-aimée 
et indivisible terre patrie, le Népal.

Notre population, notre langue, 
notre religion, notre culture sont si grandes
Notre nation si riche, longue vie, 
longue vie au Népal.

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Fêtes pascales

                                                                                                         Katmandou, le 12 avril 2020

Cher Pascal,

On vous dit être de lumière avec une âme de sauveur. Pour vous, les cloches sonnent ce matin. De retour de Rome, elles vous raconteront les désastres causés par ce terrible diable. Les pâquerettes ont mis leur collerette pour tenter d’égayer l’assemblée. Pourtant, pas tout le monde ne peut les apercevoir. Difficile en effet de voir un coin de verdure quand on est cloisonné au cinquième étage ou condamné sur un lit d’hôpital.

Votre grand âge appelle le respect. Malgré cela, j’aimerais vous interpeller et vous demander des explications. Étiez-vous fatigué par tous ces gens qui s’agglutinaient sur les routes en votre nom ? Pardonnez-moi, c’est comme si je vous accusais de toute cette catastrophe.

Je ne veux pas vous parler de religion, ce n’est pas mon sujet favori, et je risquerais de toutes les accuser pour leurs trop nombreux massacres. Je préférerais qu’elles aient toutes l’humilité de répondre par « On ne sait pas… ». J’aime plus les doutes que les certitudes.

Puisque je vis désormais dans un pays où la religion est omniprésente et qu’elle est intégrée à la vie de tous les jours, comme une respiration du peuple, dans le respect et la tolérance, je ne peux que m’interroger sur la spiritualité.

Si la spiritualité commence là où la lumière de l’intelligence et de la réflexion commence à poindre, il n’est pas nécessaire de l’associer à la religion. Dans ce cas, la spiritualité ne nous permet-elle pas simplement d’atteindre le bien-être intérieur ? S’occuper de son esprit ? N’est-ce pas cela que recherchent les personnes qui vont dans une église, une mosquée, une synagogue ou autres lieux saints ?

En ce temps de crise, on parle beaucoup des morts, mais jamais de la mort. C’est un peu comme si on refusait de voir l’hiver puisque tout est mort. Alors, même si beaucoup de gens de nos sociétés modernes ne croient plus en rien, je me demande si ce ne serait pas le moment de se tourner vers une citation que j’ai dans la tête depuis le siècle dernier :

Le XXIème siècle sera spirituel ou ne sera pas.

C’est surtout ce …ou ne sera pas… qui m’intrigue. Si j’ai pensé vous écrire ce matin c’est que je m’interroge : ne serait-il pas temps de replacer les valeurs ailleurs ? À l’heure où tant de gens craignent de perdre un de leurs proches, n’est-ce pas le moment de se tourner vers sa propre lumière intérieure ?

Chaque matin, je bois mon café dehors en observant le mouvement sur les toits alentours. Toutes les maisons se terminent en terrasses et comme, selon la croyance locale, la présence du divin se situe toujours dans l’endroit le plus élevé de la maison, c’est sur les hauteurs que l’on pratique les rituels religieux. Je les vois lancer un peu d’eau aux quatre points cardinaux, allumer un bâton d’encens ou une bougie, faire quelque prière, respirer… Leur respiration spirituelle me fait du bien, elle apaise. Ils nourrissent aussi les oiseaux par des offrandes journalières. Ici on vénère les corbeaux, si nombreux dans le ciel de Katmandou, ils sont les messagers de la mort. Avant, cet oiseau me faisait un peu peur, comme s’il était de mauvais augure. Je m’y suis habituée, il me rappelle notre bref passage sur cette planète. Sur les mêmes terrasses, on voit aussi des gens qui pratiquent un peu de sport, surtout depuis le confinement. Alors cela évoque en moi la citation qui remonte à la spiritualité antique :

Mens sana in corpore sano.

Avoir un esprit sain dans un corps sain, cela ne signifie-t-il pas qu’il est de la responsabilité de chacun de s’occuper non seulement de son corps mais aussi de son esprit ?

Cher Pascal, si je voulais vous écrire aujourd’hui, c’est également parce que vous symbolisez le renouveau, la vigueur de la nature qui renaît, l’humilité qui accepte que la vie ne commence qu’à la condition qu’elle finisse un jour. Si les saisons sont réconfortantes, c’est parce qu’on sait plus ou moins quand elles commencent et quand elles finissent. Je n’ai pas peur de la mort, mon chemin me l’a fait rencontrer à des moments où ce n’était pas la saison. Bien sûr elle m’a fait pleurer, mais une lumière intérieure m’a aidée à accepter et à chaque fois j’ai pu renaître avec un nouveau soleil dans le cœur.

Si je regrette de ne pouvoir vous fêter avec les miens cette année, c’est parce que je vais devoir me priver de ce que je préfère le jour où on vous célèbre : la salade aux œufs. Non, cette année je n’aurai pas ma salade aux œufs, avec l’amertume des premières dents-de-lion, arrosée de l’huile de noix parfumée par le goût du terroir d’où je viens. L’œuf est un symbole universel qui représente la naissance du monde pour tant de peuples (Celtes, Grecs, Egyptiens, Phéniciens, Tibétains, Hindous, Chinois, Sibériens et j’en oublie). Alors, je me contenterai des souvenirs, depuis celui où je gobai un œuf en cachette quand j’allais ramasser les œufs au poulailler, jusqu’à celui où mes grands enfants cachèrent encore les œufs dans notre immense jardin. Je n’aurai pas non plus le plaisir de boire le vin extrait de la vigne qui pousse sur la terre de mes ancêtres. Cependant, même si je n’étais alors qu’une enfant, je n’ai pas oublié le goût d’interdit de celui que je buvais secrètement quand je descendais à la cave remplir le pot au tonneau pour mes parents.

Un proverbe russe dit que regretter le passé c’est courir après le vent. Je ne regrette pas du tout le passé, je suis trop impatiente de vivre le présent, mais je m’en nourris, parce que je suis reconnaissante de ce qu’il m’a donné.

Cher Pascal, j’espère qu’à votre façon vous répondrez à mes questions et que vous saurez vous contenter de ces hommages virtuels qu’on vous rendra aujourd’hui… en attendant que chacun puisse retrouver la lumière de sa liberté.

Avec toute mon affection,

Anne-Lise

Pâq

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Jour 18

Coucou me revoilou !

Comme je ne trouvais pas de poisson d’avril à vous faire, j’ai décidé de quitter les lumières de la scène un moment… histoire de me décontaminer et de voir si c’était devenu une addiction. Me voici rassurée…

En réalité, je me suis imposée cet absentéisme pour mieux réfléchir, pour mieux me confiner dans le confinement. Il est bon de s’ennuyer un peu pour être plus créatif. Peut-être que tout cela a été provoqué par la phrase

If you can’t go outside, go inside.

Alors, si vous y passez plus de temps qu’avant le confinement, vous saurez les richesses qu’on peut trouver dans son jardin intérieur, une véritable cinémathèque…

À Katmandou, tout est paisible, nous sommes dans notre troisième semaine de confinement et je crois que je suis devenue une bonne « confineuse ». Quant au Covid 19, les cas signalés sont passés à neuf, dont toujours aucun de mortel. Pourquoi alors rester confiné me demanderez-vous ? Peut-être parce que l’on craint encore une bombe à retardement. Probablement parce que notre modèle est celui de l’Inde et tant qu’ils resteront confinés, nous risquons de l’être aussi. Pourquoi l’épidémie semble-t-elle épargner le Népal jusqu’à aujourd’hui ? Une protection du Buddha ? Il y a plusieurs hypothèses, je pencherais plutôt pour celle de l’hygiène ou celle du BCG…

Voici la traduction d’un extrait d’un article du Nepali Times paru le 6 avril

Nepali Time

(…)

Selon les experts en santé publique, l’une des raisons est que les pays les plus pauvres n’ont tout simplement pas assez de matériel pour dépister les populations à risque. Mais d’autres soutiennent que même s’il y avait beaucoup de personnes infectées dans les environs, le coronavirus ne se propagerait pas dans le sous-continent de manière aussi agressive qu’ailleurs.

De nombreuses théories circulent pour expliquer ce phénomène, notamment l’hypothèse de l’hygiène » qui semble montrer que les Sud-Asiatiques ont développé une résistance aux nouveaux virus parce que l’environnement n’est pas aussi stérile que dans les pays industrialisés. D’autres scientifiques ont émis l’hypothèse que les pays à forte incidence de malaria semblent être relativement moins touchés, et ont même proposé la chloroquine comme remède.

Une théorie qui semble plus plausible est que les habitants des pays qui administrent le vaccin antituberculeux BCG (Bacillus Calmette-Guerin) semblent être moins sensibles au COVID-19. Même avant cette pandémie, des études épidémiologiques avaient indiqué des niveaux immunitaires plus élevés chez les personnes ayant reçu le BCG contre les maladies transmissibles, y compris les infections virales.

Le nombre étonnamment faible de cas de nouveaux cas de coronavirus au Népal pourrait-il être attribué au vaccin BCG qui a été largement utilisé dans la population au cours des cinq dernières décennies ? La campagne de vaccination du BCG a débuté au Népal en 1979 dans le cadre du Programme élargi de vaccination de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), et depuis lors, des millions de Népalais ont été vaccinés avec ce vaccin.

Les taux de morbidité et de mortalité liés au COVID-19 varient considérablement dans les différentes régions du monde, et les scientifiques ont essayé de comprendre pourquoi. Par exemple, des pays comme l’Italie, les Pays-Bas et les États-Unis, qui n’ont jamais eu de programme complet de vaccination par le BCG, semblent avoir été immergés de manière disproportionnée. Des tests sont actuellement en cours dans plusieurs laboratoires en Europe pour vérifier si cela est effectivement vrai.

(…)

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L’art de la patience

Il faut être patient, on nous a annoncé une deuxième semaine de confinement. Hier, j’ai osé m’aventurer jusqu’au centre de ravitaillement. Au début, les gens dans la rue me rassuraient, certes ils étaient beaucoup moins nombreux que d’habitude et toutes les échoppes étaient fermées. Par contre, marcher le long d’une route déserte, où je me faufile normalement avec Scooty au milieu du trafic chaotique, avait un effet presque inquiétant, comme dans les westerns au moment quand le danger est imminent… Au grand rond-point près du zoo, des militaires surveillaient, armés de leur bâton ou d’un fusil. Qui est donc l’ennemi ? me suis-je demandé. Aucun problème pour traverser la route là où normalement il faut un acte de courage pour affronter la jungle urbaine. Le vigile devant le portail du supermarché m’a fait un grand signe pour m’ordonner d’enfiler un masque. Heureusement, j’avais emporté celui que j’utilise sous mon casque pour me protéger de la poussière. Une fois masquée, il m’a aspergé les mains de son produit qui ressemblait plus à du produit à vaisselle qu’à un gel désinfectant. Je n’étais pas la seule à avoir osé m’aventurer jusque là, mais heureusement les rayons étaient encore bien fournis. Une fois tout calé dans mon sac de montagne, j’ai été dire bonjour à la marchande de fruits et légumes, la seule commerçante ici qui me dit bonjour et demande comment je vais. Sa petite boutique était plus encombrée que d’habitude. Elle aussi se protégeait derrière un masque, mais j’ai vu l’éclat de son sourire dans ses yeux. Elle m’a rempli un gros sac de provision et je me suis remise en route.

En transportant mon lourd chargement, j’ai eu tout le loisir de réfléchir sur cette étrange sensation que provoque en nous le confinement. J’aurais voulu prendre plaisir pendant cette marche silencieuse, apprécier la tranquillité et admirer les arbres le long du trottoir, enfin débarrassés de la poussière générée par la circulation. Même si mon esprit reste libre dans ce confinement, c’est difficile, car ma vraie richesse c’est ma liberté d’action et les ailes de Scooty me manque.

Le soir j’ai reçu un message de mon amie qui vit dans le nord de l’Italie, en confinement depuis un mois… Après m’avoir parlé de la situation dramatique du pays, elle me disait que là-bas ils n’envisageaient une reprise partielle que vers la mi-mai. À nouveau, je me suis sentie tellement impuissante, parce que je ne peux aider dans ce combat.

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L’art de s’ennuyer

Je me demande si l’art d’écrire ne repose pas sur la capacité que l’on a à s’ennuyer. Rien ne vient quand on est dans la frénésie, dans l’action… Si en Colombie, c’était en laissant mes pensées voler dans mon jardin que les mots sortaient de la plume, ici c’est en contemplant le monde d’en haut… les terrasse sur les toits. En cette période de confinement, le temps coule à profusion pour s’ennuyer… Hier, j’ai pris une photo du monde d’en haut et me suis souvenue d’un dimanche du mois d’août où j’écrivais :

Droit devant moi, je surveille la construction d’une maison de six ou sept étages. Aucun échafaudage, on élève les murs et les escaliers et la maison pousse vers le ciel. Une femme descend avec un bidon. Un homme monte avec un sac (du ciment ?) Chacun s’affaire. Au sommet, deux femmes sont assises, mais je ne vois pas ce qu’elles font. L’autre femme est remontée avec un plateau contenant je ne sais quoi et l’a versé… oui, c’est ça, ils font du ciment. Un homme redescend avec deux bidons. La femme déroule une corde à laquelle (à l’étage inférieur) l’homme accroche un sceau d’eau. C’est bizarre qu’ils n’aient pas construit les murs sur le côté. Un homme transporte du béton frais et le verse dans le trou. La femme le tasse avec une perche en bambou. Une des femmes assises s’est levée, elle semble avoir des courbatures. Tout le monde surveille les travaux… même moi… c’est vrai, j’ai du temps à perdre… et le lecteur aussi.

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Les sommets

La réunion au sommet d’hier a tourné autour de la gastronomie internationale. La France a mis en avant ses fromages, le Népal a défendu ses momos devant la Chine qui pensait que la cuisine népalaise pourrait s’inspirer un peu plus de l’art culinaire chinois. La Suisse est restée neutre, pensant discrètement à sa maigre réserve de chocolat. Pourtant, quand le débat à tourner autour des instruments à utiliser pour manger (baguettes, doigts ou fourchette ?), elle tentait d’imaginer l’un ou l’autre en train de manger une fondue avec ses baguettes ou ses doigts, impossible de détrôner la fourchette. Et c’est finalement grâce à un exploit français que nous avons dégusté, avec nos doigts, une grande première d’une apprentie cuisinière, une délicieuse pizza, un peu végétarienne, un peu au poulet.

Voilà, ce cinquième jour de confinement était plutôt sympa. Assis sur notre terrasse, nous avons admiré les montagnes. Elles étaient là toute la journée… à me narguer sous leur ciel bleu… Elles éclataient de blancheur… enfin dénudées de leur voile de nuages après des semaines à se cacher pudiquement… semblant rigoler de ma déception de ne pouvoir les toucher… Mais non, allez, ne soyons pas parano, elles me disaient simplement que j’avais rudement bien choisi la date de mon départ en trek. Elles me disaient que le monde était beau, qu’elles étaient éternelles, qu’elles seraient toujours là.

Le soir avant de me coucher, j’aurais voulu envoyer l’image de ce ciel serein à tous ces gens aspirés par la maladie, à ceux dont les yeux se fermeraient sans avoir revu un être aimé.

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